150 ans d'archéologie dans l'Ain

Le développement de l’archéologie dans l’Ain est, comme partout ailleurs en France, directement lié à l’essor des sociétés savantes. Si l’une des premières fouilles du département est entreprise dès 1813 sur le temple gallo-romain d’Izernore par la Société d’Émulation de l’Ain, c’est cependant à partir du milieu du 19e siècle que les recherches se multiplient. 

Illustration J.-E. Valentin-Smith (1888) : céramique de l’âge du Bronze (jpg - 4416 Ko)

Illustration J.-E. Valentin-Smith, datée de ( 1888) : céramique de l’âge du Bronze (tumulus de Saint-Bernard)

L'archéologie bénévole

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Stratigraphie de la grotte du Gardon à Ambérieu-en-Bugey (époque néolithique).

Parmi les recherches entreprises au 19e siècle se remarquent les travaux entrepris par Joannès-Erhard Valentin-Smith (membre fondateur de la Société littéraire, historique et archéologique du département de l'Ain), qui fait fouiller pas moins de 18 tertres funéraires protohistoriques à Château-Gaillard entre le 6 et le 9 octobre 1862.

Á cette époque, aucun texte officiel ne vient réglementer les recherches et il faut attendre la loi du 27 septembre 1941 pour que celles-ci soient conditionnées à une autorisation délivrée par l’État. La loi du 21 janvier 1942 crée en outre les Circonscriptions des Antiquités, à la tête desquelles un directeur est chargé d’encadrer ce dispositif.

Les années 1950-1980 voient le développement de l’archéologie bénévole, avec notamment l’exploration des grottes du Bas-Bugey par les membres de la société La Physiophilie ou bien les fouilles de la nécropole du Bas-Empire et du haut Moyen Âge de Saint-Martin-du-Fresne par le Groupe Spéléologique d’Hauteville-Lompnes.

À partir de la fin des années 1980 se développe un contrôle scientifique accru des chantiers de fouilles, concrétisé par la création des Commissions Interrégionales de la Recherche Archéologique (CIRA) en 1994. Les chercheurs issus du milieu universitaire prennent donc progressivement une part de plus en plus importante dans la recherche locale : c’est ainsi que Jean-Michel Poisson explore entre 1988 et 1991 la motte castrale médiévale de Villars-les-Dombes, tandis qu’entre 1985 et 2000 Jean-Louis Voruz révèle les niveaux d’occupation préhistoriques et protohistoriques de la grotte du Gardon, qui est devenue depuis lors un gisement de référence au niveau européen.

Ces dernières années, les fouilles faisant appel à des bénévoles sont moins nombreuses qu’auparavant dans le département de l’Ain. Le milieu bénévole et associatif reste toutefois très actif en ce qui concerne la restauration et la mise en valeur des sites, tout particulièrement les vestiges des châteaux médiévaux dont le département est particulièrement riche. Parmi ces derniers, citons le Cercle Amical de Songieu (forteresse de Châteauneuf à Songieu), les Amis du Château et de René de Lucinge (château des Allymes à Ambérieu-en-Bugey) ainsi que les Amis de Saint-Germain (château de Saint-Germain sur la même commune). Il convient également de mentionner la Société d’Histoire et d’Archéologie de Briord et des Environs, qui gère depuis 1960 le musée archéologique consacré aux découvertes faites sur divers sites datant du Mésolithique au Moyen Âge et qui a obtenu en 2003 le label « Musée de France ».


Naissance de l'archéologie préventive

Vase globulaire, Béligneux (1er siècle après J.C.) (jpg - 9584 Ko)

Vase en verre bleu outremer, camp de Chânes à Béligneux (1er siècle après J.C.)

La nomination en 1979 de Jacques Lasfargues au poste de Directeur des Antiquités Historiques de la région Rhône-Alpes marque un tournant capital dans l’histoire de l’archéologie régionale et même nationale. Contrairement à beaucoup de ses homologues de l’époque, Jacques Lasfargues a compris la nécessité d’anticiper les grands projets d’aménagement du territoire.

Auparavant, on en était généralement réduit à grappiller lors de modestes fouilles dites « de sauvetage » quelques débris échappés aux bulldozers. Désormais, cette intervention se fera en amont des travaux et sera dotée des moyens nécessaires : l’archéologie préventive vient de naître. Le département de l’Ain constitue l’un des laboratoires de cette nouvelle méthode, d’autant plus révolutionnaire qu’elle débouche sur le recrutement d’archéologues sous contrat par l’Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales (AFAN) et donc sur une véritable professionnalisation.

En 1980, une convention est signée entre le Ministère de la Culture et la société SAPRR pour les interventions archéologiques préventives sur les futures autoroutes A 40 et A 42, dont les tracés traversent tous les deux le département de l’Ain. Les résultats sont à la hauteur des attentes, puisque ces fouilles mettent au jour des gisements jamais appréhendés auparavant dans la région, comme la ferme gallo-romaine précoce de Béligneux ou bien l’habitat rural du haut Moyen Âge de Château-Gaillard.


Traitement systématique lors des grands travaux

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Temple d'Isarnodurum, l'un des rares vestiges monumentaux d'époque gallo-romaine dans l'Ain.

En 1991, les Directions des Antiquités Historiques et Préhistoriques sont fondues au sein des Services Régionaux de l’Archéologie (SRA). La loi du 17 janvier 2001 et l’entrée en vigueur du Code du Patrimoine en 2004 viennent ensuite conforter le système des fouilles préventives. Les nouveaux textes réglementaires créent notamment des zones de présomption à l’intérieur desquelles le SRA peut se saisir de tout projet d’aménagement susceptible de porter atteinte au patrimoine enfoui.

Dans l’Ain, ce sont 27 communes choisies pour leur richesse archéologique remarquable qui ont été ainsi distinguées ; parmi elles Ambérieu-en-Bugey, Bourg-en-Bresse, Divonne-les-Bains, Izernore, Trévoux, Pérouges et Villars-les-Dombes. Bien que d’un grand intérêt pour la préservation des vestiges des communes concernées, ce dispositif a cependant conduit dans un premier temps à focaliser l’attention sur des zones de faible superficie, représentant seulement 1,36 % du territoire départemental. Ces dernières, tout en étant les mieux renseignées par la carte archéologique, n’étaient cependant pas nécessairement les seules à mériter l’attention des chercheurs. La carte archéologique ne constitue en effet qu’un état des connaissances, où les secteurs les plus prospectés par les archéologues sont logiquement les mieux représentés.

Un nécessaire rééquilibrage au bénéfice des opérations d’aménagement du territoire situées dans les zones moins bien connues a donc été effectué à partir de 2014. Désormais, tous les travaux importants affectant le sous-sol sur l’ensemble du territoire du département de l’Ain (routes, zones industrielles, carrières) font systématiquement l’objet de sondages de diagnostic archéologique prescrits par le SRA et réalisés par l’Institut National d’Archéologie Préventive (l’INRAP, établissement public qui a succédé à l’AFAN). En cas de découverte de vestiges lors des sondages, des fouilles sont alors prescrites par arrêté préfectoral.

Suite à l’entrée en vigueur de la loi du 1er août 2003, ces fouilles peuvent être réalisées par des opérateurs publics (INRAP, services de collectivités territoriales) ou bien par des opérateurs privés agréés par l’État, sous le contrôle scientifique du Service Régional de l’Archéologie.


Une multiplication des découvertes

Eglise mérovingienne découverte au Mont-Châtel (Val-Revermont) (jpg - 377 Ko)

Les fouilles du Mont-Châtel (Val-Revermont) ont révélé des vestiges mérovingiens exceptionnels.

Cette politique de gestion a donné d’excellents résultats et des découvertes spectaculaires ont été réalisées ces dernières années, y compris dans des secteurs que l’on pensait au départ peu susceptibles de recèler des vestiges. C’est ainsi qu’une importante nécropole du Néolithique moyen (vers 4500 avant notre ère) a été exhumée en 2016 sur la commune de Saint-Vulbas. Cette zone funéraire, qui se caractérise par la présence d’enclos rituels munis de palissades pouvant atteindre une centaine de mètres de long, constitue un gisement unique au niveau régional.

Les périodes plus récentes ne sont pas en reste, avec par exemple la mise au jour de deux fermes gauloises à Civrieux ou bien de fours de tuiliers gallo-romains à Meximieux. Ces gisements sont d’autant plus intéressants à observer qu’ils peuvent être décapés sur de grande surface, ce qui permet de mieux comprendre leur fonctionnement dans l’espace. La fouille archéologique préventive du site de Civrieux atteint ainsi 4 hectares, soit la superficie d’une demi-douzaine de terrains de football !

Sans l’intervention des archéologues avant les travaux, d’innombrables et précieux éléments du passé du département de l’Ain seraient donc irrémédiablement perdus. Ce qui montre bien, s’il en était besoin, la nécessité de prendre en compte le patrimoine enfoui dans le cadre de l’aménagement du territoire.

Jean-Pierre Legendre
Conservateur Général du Patrimoine
Service Régional de l’Archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes



Contact

Département de l'Ain
Service Patrimoine culturel
04.74.32.76.10
service.patrimoine@ain.fr

Les mots à comprendre

Tertre funéraire : désigne une éminence artificielle, circulaire ou non, recouvrant une sépulture. Un tertre n'est fait que de terre, alors qu'un tumulus est fait de terre et de pierres.

Motte castrale : type particulier d'ouvrage fortifié en terre, nommé "poype" en Rhône-Alpes, qui a connu une large diffusion au Moyen-Âge. Elle est composée d'un tertre artificiel, le plus souvent entouré de fossés, et accueillant un château de bois en son sommet. Voir l'article Poypes de Bresse et Dombes.

 

Ailleurs sur le web

Service Régional de l'Archéologie
Direction régionale des Affaires Culturelles Auvergne Rhône-Alpes
Le Grenier d'Abondance
6, quai Saint-Vincent
69283 Lyon Cedex 01

Tel. : +33 (0)4 72 00 44 72

Référent pour le département de l'Ain : Jean-Pierre Legendre

 

Des actualités et des ressources sur le site de INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) 

 

Autres opérateurs en archéologie préventive :

Archeodunum

Hadès archéologie

Eveha

 

Site dédié aux Journées nationales de l'Archéologie

A lire sur le sujet

Mottes castrales de Dombes : éléments pour un atlas, André Bazzana, G. David, A. Gonnet, Jean-Michel Poisson. Direction des Antiquités Historiques, Lyon, 1986, 106 p.

Carte archéologique de la Gaule. L’Ain, A. Buisson. Académie de Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 1990, 192 p.

Pré proto gallo méro : Histoire de l’Ain en archéo, M.-C. Frère-Sautot (dir.). Catalogue d’exposition, musée de Brou, Bourg-en-Bresse, 1998, 143 p.

Archéologie en Rhône-Alpes, Protohistoire et monde gallo-romain, dix ans de recherches, J. Lasfargues (dir.). Catalogue d’exposition, Musée de la Civilisation gallo-Romaine, Lyon, 1984, 176 p.

Naissance de l’archéologie préventive en Rhône-Alpes dans La fabrique de l’archéologie en France, J. Lasfargues, J.-P. Demoule, C. Landes (dir.). La Découverte, Paris, 2009, pp. 178-188.

La villa des Grandes Terres à Beynost (Ain), organisation spatiale et techniques de construction, Sylvain Motte, Georges Vicherd. Revue Archéologique de l’Est, tome 57, 2008, pp. 267-288.

Ain autoroute archéologie, M.-F. Poiret, Georges Vicherd (dir.). Catalogue d’exposition, musée de Brou, Bourg-en-Bresse, 1982, 176 p.

La villa des « Vernes » à La Boisse (Ain), T. Silvino, F. Blaizot, G. Maza. Revue Archéologique de l’Est, tome 60, 2011, pp. 217-290.

Des premiers paysans à la conquête de la Gaule. Néolithique et Protohistoire dans l’Ain, Jean-Michel Treffort. Collection Patrimoine des Pays de l’Ain, n° 3, Bourg-en-Bresse, 2007, 108 p.

Fouilles dans la vallée du Formans (Ain) en 1862. Documents pour servir à l’histoire de la campagne de Jules César contre les Helvètes, J.-E. Valentin-Smith. Librairie ancienne d’Auguste Brun, Lyon, 1888, 153 p.

Un vaste établissement de type « ferme indigène » à Béligneux, Georges Vicherd. Revue Archéologique de l’Est, tome 35, 1984, pp. 366-367.

Château Gaillard, dans Vivre à la campagne au Moyen Âge. L’habitat rural du Ve au XIIe siècle (Bresse, Lyonnais, Dauphiné) d’après les données archéologiques, Georges Vicherd, C. Duvette, E. Faure-Boucharlat (dir), M. Paulin, V. Forest, J.-L. Gisclon. Le Recourbe. Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, 21, ALPARA, Lyon, 2001, pp. 177-224.

La grotte du Gardon (Ain). Le site et la séquence néolithique des couches 60 à 47, Jean-Louis Voruz (dir.). Archives d’Ecologie Préhistorique, Toulouse, 2009, 564 p.