Cours d'eau et bassins-versants

Le département de l’Ain est délimité au sud par le fleuve Rhône et à l’ouest par son affluent principal, la Saône. L’eau courante revêt donc une place importante dans la géographie locale. Le réseau hydrographique du département est développé et varié.

Puisque l’eau des rivières hérite des caractéristiques du substratum qu’elle parcourt, il se distingue facilement deux familles de cours d’eau en fonction de leur situation.

D’une part, les cours d’eau de plaine circulant sur les dépôts fluvioglaciaires de la plaine de Bresse, plateau de la Dombes et d’autre part, les cours d’eau circulant sur les reliefs plissés du Jura méridional dénommé Bugey.

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Les cours d'eau de plaine

Les cours d’eau de l’ouest du département circulent sur des sédiments fins déposés à l’ère tertiaire dans l’ancien lac de Bresse, des argiles, des sables, des limons, et des sédiments plus grossiers apportés par d’anciennes formes fluviales.

Cet ensemble peut être redécoupé en 3 sous-ensembles géologiques :

  • La Bresse qui constitue l’ancien fond du lac de Bresse,
  • La Dombes qui correspond à une zone d’accumulation des sédiments déposés par les glaciers Alpins, venant mourir ici, sur les sédiments du lac de Bresse après son retrait,
  • Le couloir de Certines, entaille d’érosion produite par une forme fluviale puissante probablement issue de la fonte des glaciers Alpins lors de leur retrait à la fin de l’époque Würmienne.


Ces éléments de géomorphologie catégorisent et explique l’orientation des cours d’eau de plaine du département :

  • La Bresse est parcourue par des cours d’eau avec peu de pente, donc très lent, qui s’écoulent sur des substrats fins, Reyssouze, Sâne Vive et Sâne Morte, Sevron et Solnan. Ces cours d’eau ont une orientation similaire qui respecte la forme de l’ancienne cuvette lacustre. C’est-à-dire qu’ils s’écoulent depuis le bord du lac, marqué par le premier relief du Jura appelé le « Revermont » vers l’ancien fond aujourd’hui drainé par la Saône.
  • Le couloir de Certines, compressé entre le massif Jura et les dépôts de la Dombes, oriente les écoulements de surface, Léchères et Reyssouze amont, depuis l’emplacement des anciens glaciers vers la seule sortie possible, l’ancienne cuvette lacustre de la Bresse.
  • Le dépôt glaciaire de la Dombes oriente les écoulements en éventail depuis le point culminant, Chalamont, vers la Saône. Ces cours d’eau circulent sur des galets noyés dans une gangue d’argile ou de sable issue de l’érosion des Alpes par les glaciers.

Les cours d'eau de moyenne montagne

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Rivière de l'Arvière

Lorsque l’on parle du Jura, peu de personnes savent que l’extrémité méridionale de ce massif vient chercher appui contre le fossé Rhodanien jusqu’aux portes des Savoie (massif de l’Epine et dent du Chat). Longtemps disputé entre Savoyards, Dauphinois et Français, le Bugey et la haute chaîne du Jura représente le Jura méridional. Il constitue la partie est du département de l’Ain, lové dans le méandre du Rhône à Brégnier-Cordon.

Il regroupe 3 entités géologiques toutes rattachées au massif calcaire plissé du Jura :

  • Le Jura interne, qui représente la colonne vertébrale du massif. Constitué d’anticlinaux et de synclinaux de grandes amplitudes, il regroupe les plus hauts sommets du Jura comme le Crêt de la Neige, les balcons du Léman, le Colombier, le plateau de Retord et le haut-Bugey. 
  • Le Jura externe qui recouvre des faciès peu élevés mais très fracturés, le Revermont et la petite Montagne à l’est et le bas-Bugey au sud.


Les cours d’eau du Jura interne empreintent de longues vallées synclinales linéaires axées nord/sud, vallée de la Valserine au pied du balcon du Léman, Le Séran qui descend du Valromey au pied du Grand Colombier, Le Lange et l’Oignin qui longe le Berthiand.
Les autres empruntent des vallées plus chaotiques, marquées par la fracturation importante du Jura externe : Riez, Oiselon, Albarine, Brivaz, Pernaz
Ainsi, le relief détermine que quasiment tous les cours d’eau de l’est du département s’écoulent du Nord vers le Sud, sauf l’Oignin qui lui file à l’inverse, de la Combe de Vaux au sud, vers Izernore - Matafelon au nord.


Bassin versant et cohérence hydrogéologique

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Carte de Cassini, 18e siècle

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Carte d'Etat Major, 1850

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Carte IGN, 2015

Au-delà de ces différences structurelles liées à la géomorphologie, les cours d’eau de l'est du département partagent le point commun de circuler sur un substrat calcaire soluble par l’eau. A la faveur des multiples fractures créées par le soulèvement du Jura, l’eau traverse la roche, la dissout et forme ainsi de véritable réseaux d’écoulement souterrain. Ce phénomène qui donne naissance aux gouffres et aux grottes s’appelle « le karst ». Il se traduit sur le terrain par des écoulements superficiels moins denses mais plus puissants (comparativement à des secteurs plus imperméables tel que la Bresse). En effet, avant d’arriver à la surface, les rivières karstiques ont déjà eu l’occasion de se gonfler d’affluents lors de leur circulation souterraine.

Avec le Doubs et la Loue, l’Ain constitue un drain important du massif Jurassien. En ce sens il récolte et évacue les produits de l’érosion du massif, raboté par les éléments. A sa sortie du massif, l’Ain perd sa pente et, par conséquent, sa puissance. Il n’a plus la force suffisante pour transporter l’importante masse de sédiments qui se dépose pour former sa plaine. Cette zone caractéristique qui fait le pont entre la montagne et la plaine s’appelle le « piémont », du même nom que la région italienne au pied des Alpes. Aujourd’hui, l’évolution du bassin versant (progression de la forêt) et l’implantation d’ouvrages bloquant le transport des sédiments participent au tarissement du transit sédimentaire de l’Ain. La modification des équilibres entre le débit liquide et le débit solide influence la dynamique fluviale de la rivière qui évolue d’un style dit « en tresse » vers un style méandriforme. Un tel bouleversement entraîne des conséquences importantes. La rivière creuse son lit, elle s’incise, se déconnecte de ces annexes alluviales, draîne sa nappe, affouille et fragilise les ponts, etc.

L’Ain conserve cependant une dynamique fluviale importante. Son tracé change rapidement et ses évolutions se remarquent très bien sur les cartographies anciennes : carte de Cassini au 18e siècle, carte d’Etat-major du 19e siècle et carte IGN contemporaine. Les anciens tracés abandonnés restent en eau et forment des milieux aquatiques particuliers appelés localement des « lônes ». En formant des milieux aquatiques stagnant à proximité d’une rivière courante, les lônes abritent des espèces spécifiques et participent beaucoup à la biodiversité de la plaine du département.



Les mots à comprendre

Substratum : socle rocheux sain de surface, recouvert d'une épaisseur variable de sédiments.

Dépôts fluvioglaciaires : on parle de processus fluvio-glaciaires lorsque des dépôts glaciaires sont remodelés par les eaux de fonte.

Ere tertiaire : ère géologique s'étendant de - 66 millions d'années à - 2,58 millions d'années.

Fluviale : relatif aux fleuves, aux rivières.

Géomorphologie : étude scientifique des reliefs et des processus qui les façonnent.

Lacustre : qui vit, qui est situé sur les bords ou dans les eaux de lacs.

Anticlinal :  pli convexe dont le centre est occupé par les couches géologiques les plus anciennes.

Synclinal : pli concave dont le centre est occupé par les couches géologiques les plus jeunes.

Epoque Würmienne : plus explicitement glaciation de Würm, est le nom donné aux manifestations de la dernière période glaciaire globale du Pléistocène dans les Alpes.

Karst : structure géomorphologique résultant de l'érosion hydrochimique et hydraulique de toutes roches solubles, principalement de roches carbonatées dont essentiellement des calcaires.