Cuivrerie de Cerdon

Propriété du Département de l’Ain depuis mars 2018, un projet architectural et scénographique est en cours de réalisation pour transmettre cet héritage emblématique au public.

Ce projet ambitieux a retenu l'attention de la mission Bern. Le Cuivrerie fait partie des 121 monuments sélectionné pour le loto du patrimoine.

La Cuivrerie est fermée au public pendant la durée des travaux. Ouverture envisagée à l’été 2022.

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Roue à aube actionnant la presse américaine

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L'histoire continue...

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Presse à emboutir, de marque Bliss venant des États-Unis. installée en 1924.

La cuivrerie de Cerdon est un élément du patrimoine français à la croisée des chemins entre le patrimoine industriel, le patrimoine ethnologique et le patrimoine immatériel lié aux techniques et aux savoir-faire.

Le concept muséographique envisagé par le Département prévoit une visite immersive au sein de la cuivrerie de Cerdon en activité à différentes époques via des dispositifs de réalité augmentée et divers procédés audiovisuels. La situation actuelle des machines dans les bâtiments permet la création d’un parcours historique relativement cohérent. La scénographie proposée prendra en compte l’ensemble des installations techniques (machines-outils et mécanismes de transmission) ainsi que les objets liés à des postes de travail précis.

Certains espaces correspondront donc à une période donnée de la cuivrerie et en restitueront l’ambiance via les machines historiques, l’ajout d’éventuels décors et un procédé de médiation immersif. La dimension humaine et sociale de l’entreprise, ainsi que les savoir-faire des ouvriers, seront également abordés à travers ces restitutions.

Les objets liés à la production occuperont une place centrale dans la présentation et la compréhension du lieu.

Ce projet ambitieux a retenu l'attention de la mission Bern. Le Cuivrerie fait partie des 121 monuments sélectionné pour le Loto du Patrimoine. Une souscription publique est ouverte avec le soutien de la Fondation du patrimoine.

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Le projet en images


Les débuts du cuivre

Pièce de la cuivrerie avec beaucoup d'outillage (jpg - 6225 Ko)

Collection d'outillage

L’aventure cerdonnaise de Charles-Eugène Main débute en 1836, au bord de la rivière de la Suisse, non pas dans le lieu qu’on connait aujourd’hui mais dans un bâtiment plus en amont. Associé à Louis Carrier, il se lance dans l’ouverture d’une fabrique de plateaux de balance et autres ustensiles en cuivre. Jacques Loisel, papetier influent de Cerdon, va les soutenir financièrement dans cette entreprise. En 1849, les deux chaudronniers reçoivent le prix de la médaille d’argent première classe, lors de l’exposition des Produits des Arts et de l’Industrie initiée par la société d’Emulation de l’arrondissement de Nantua. Ils sont alors récompensés pour la présentation d’un appareil à filer la soie, novateur pour l’époque.

Malgré une bonne entente, Charles-Eugène Main décide de fonder sa propre société, sous la raison sociale « Main et fils » en 1852. Ses trois fils, Joseph-Fleury, Victor et Jules-Eugène, vont travailler avec lui. Ce n’est que le 30 mars 1867 que les Main achètent le moulin Brunod (bâtiment actuel), pour installer leur fabrique. En 1869, Victor se sépare de ses frères et ouvre sa propre fabrique d’ustensiles en cuivre à l’entrée de Cerdon, à Pont de Préau. A partir de cette date, Cerdon va avoir deux sociétés de fabrique du cuivre concurrentes, tenues par les Main.

Charles-Eugène Main décède le 13 avril 1879 à 80 ans.


Deux sociétés concurrentes

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Papier en-tête de la société française des plateaux de balance

Les deux sociétés poursuivent leur propre chemin respectif. En 1885, Eugène prend la succession de son père et devient l’associé de son oncle Jules-Eugène. Ils vont tous deux racheter la fabrique de Carrier (ancien associé de Charles-Eugène) ainsi que le bâtiment de l’ancienne papèterie Loisel. Ils continuent de s’étendre. De son côté, Victor intègre son fils Francisque dans sa société en 1886. Mais l’entente ne dure pas.

Le 28 novembre 1895, le dernier fils de Charles-Eugène, Jules-Eugène, décède. Les petits-enfants, cousins, prennent le relais de leurs aînés. Les deux sociétés Main coexistent toujours mais se rapprochent physiquement. En effet, Francisque achète, en 1896, une papèterie bien en amont du village, sur la Suisse, et la transforme en fabrique de maillechort. De son côté, Eugène poursuit l’activité de « Main et fils ». Malgré la concurrence entre les deux entreprises, elles créent ensemble la société Française des Plateaux de Balances, le 13 juin 1905.


Un siècle tumultueux

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Coupure de presse sur la Cuivrerie de Cerdon

La famille Main va payer un lourd tribu à la première guerre mondiale. Les deux successeurs Main, les fils de Francisque et Eugène, sont tués. La veuve de Francisque Main vend son usine de maillechort. La société « Main et fils » reste la seule fabrique d’ustensiles en cuivre sur Cerdon. Ce sont deux femmes, Louise et Amélie qui poursuivent l’activité. Louise épouse Paul Bertrand et ils vont gérer ensemble cette affaire familiale. Leurs fils, Louis, va permettre à l’entreprise de perdurer jusqu’en 1972.

Après un intermède malheureux, Maurice Goy sauve la cuivrerie en 1980. Les machines sont remises en route et le site est ouvert au public. En 2007, il obtient le label national « Entreprise du patrimoine vivant », attribué aux entreprises illustrant « l’identité économique et culturelle française ». Cette aventure se termine en octobre 2010. La cuivrerie et ses machines sont protégées au titre des monuments historiques en octobre 2013. L’ensemble du site est acheté en mars 2018 par le Département de l’Ain.


De Cerdon vers le Japon

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Moulin à soie Joshu Tomioka - Yosai Saikuni

En 1858, la France et le Japon engagent leurs premières relations officielles par la signature le 9 octobre d’un traité de paix, d’amitié et de commerce. L’archipel nippon s’ouvre au monde après 250 ans d’isolement volontaire et le début de sa modernisation accélérée.

Entre 1855 et 1860, deux maladies des vers à soie, la pébrine et la flacherie qui attaquent et tuent le ver à soie, se répandent en France et déciment les élevages ; c’est une véritable catastrophe nationale. L’industrie de la soie lyonnaise, mondialement réputée, est durement touchée. Les soyeux vont alors se tourner vers le Japon pour l’approvisionnement en vers à soie résistants à la maladie. En été 1865, le gouvernement shôgunal libéralise définitivement le commerce des graines.

Le Japon s’engage dans un processus de modernisation en s’inspirant de l’Europe et plus particulièrement de la France. Pour édifier la plus grande filature de l’époque dans le monde, le gouvernement Japonais recrute l’ingénieur français Paul Brunat (1840-1908) de la société Hecht-Lilienthal, originaire de Bourg-de-Péage.

Brunat part en France au début de l’année 1871 pour commander tous les équipements nécessaires. Il parcourt la région de Lyon visitant de nombreuses entreprises. Les 300 bassines à dévider et filer les cocons sont commandées à la maison Main et Fils de Cerdon dans l’Ain (aujourd’hui La Cuivrerie de Cerdon). Le contrat en plusieurs articles est négocié et signé le 6 décembre 1871 entre la société Hecht Lilienthal et la maison Main et fils ; deux missions : d’une part, fourniture de trois cents machines de dévidage et de filage et, d’autre part, détachement d’un technicien compétent capable de monter ces machines et de les faire marcher. Il s’agit de Jules Chatron, né le 30 avril 1845 dans un petit village près de Cerdon (Ain), entré chez Main et fils en 1855, parti au Japon en janvier 1872, arrivé le 12 février et rentré en France le 25 novembre 1873.

Symbole de l’entrée du Japon dans le monde moderne industrialisé, la Filature de Tomioka a été inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en juin 2014 et classée Trésor National du Japon en octobre 2014.


Des exportations de par le monde...

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En-tête type de courrier Main et fils - 1899

En 150 ans, la Maison Main et Fils deviendra une référence dans le monde du métal. On retrouve ses productions dans le monde entier, des grands magasins parisiens aux souks du Maghreb.

A ses débuts l’entreprise fait des travaux de chaudronnerie. Travaillant régulièrement avec les soieries Bonnet pour divers travaux, la maison Main est amenée à mettre au point une machine de filature sur banque métallique en laiton équipée de bassines en cuivre. Ce nouvel appareil pour l’extraction des fils du cocon, ou dévidage, révolutionne le travail de filature en le mécanisant. Cette production devient une spécialité de l’entreprise, vendue dans les régions séricicoles de France, en Espagne et au Japon.
Toutefois la conception de plateaux de balance et l’orfèvrerie seront les deux productions principales de Main et Fils. De l’usine de Cerdon sortiront plusieurs dizaines de milliers de plateaux par an qui seront exportés dans toute l’Europe. La forte croissance de la demande pousse la famille Main à filialisé cette activité sous le nom de Société Française des plateaux de balances.

En 1870, l’entreprise se lance donc dans les pièces d’orfèvrerie hôtelière en maillechort. Les ustensiles réalisés se retrouvent sur la table des grands restaurants de France, les palaces ou à bord des paquebots. Une autre activité de la maison Main est celle des articles pour l’Orient fabriqués en grande quantité pour la marché des pays d’Afrique du Nord, du Proche et Moyen Orient. Les produits Main se vendent dans toutes les métropoles d’Europe de l’Ouest (Paris, Londres, Madrid, Genève, Berlin, Milan, Turin), dans tout le Maghreb, en Orient (Liban, Turquie, Syrie, Egypte), à Madagascar et jusqu’à à Rio-de-Janeiro !

Main et Fils fournit aussi des dizaines d’entreprises en petite machinerie, pièces pour automobiles, cuves et alambics et sulfateuses pour la viticulture, des appareils de lutte contre l’incendie, des casques de pompiers et même du matériel pour la Marine militaire ! La qualité de ses produits sera reconnue lors des expositions de Lyon en 1872 et surtout l’Exposition Universelle de Paris en 1889 où la maison Main sera récompensée pour sa maitrise technique.



Contact

Département de l'Ain
Service Patrimoine culturel
04.74.32.76.10
service.patrimoine@ain.fr

Les mots à comprendre

Maillechort : alliage inoxydable de couleur blanche composé de cuivre, de zinc et de nickel. D’aspect semblable à l’argent, il est utilisé en orfèvrerie pour sa couleur, sa malléabilité, son étirabilité et sa dureté. Le maillechort est fondu ou estampé, et peut-être doré ou argenté.

Dévidage : action de dérouler le fil du cocon de soie afin de le mettre en bobines.

Sériciculture : Élevage des vers à soie et récolte des cocons qu'ils produisent.

À lire sur le sujet

Anciennes usines à eau de Cerdon et Labalme : 3è volume, Jacques Grimbot. 2016.

Quatre mille ans d'histoire du cuivre : fragments d'une suite de rebonds. Ausonius éditions. Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2017

Ouvrages en consultation au 
Centre de documentation - Service Patrimoine culturel