Du bois tourné à l'art contemporain

Le bois est un élément majeur du Bugey d’hier et d’aujourd’hui. Ce matériau a influencé toute l’histoire de ses habitants et demeure encore maintenant un élément marquant l’identité du territoire occupant près de 60 % de sa surface. Fil rouge au musée du Bugey-Valromey, le bois est omniprésent au musée, notamment dans sa magnifique collection d'oeuvres d'art en bois tourné.

Saturne, Micha, musée du Bugey-Valromey (jpg - 387 Ko)

Le bois fil rouge des collections du musée

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La technique du tournage sur bois est utilisée dans le Bugey de manière ancestrale, notamment dans le Haut-Bugey, pour la fabrication d’objets utilitaires dans les fermes en hiver avant de se développer sous la forme de petits ateliers. C’est à Arbent, en 1927 que naît la société Grosfillex spécialisée à l’origine dans la fabrication de ronds de serviette, coquetiers et manches d’outils, avant de prendre le virage des matières plastiques au milieu du 20e siècle.

À partir de l’an 2000, la Conservation départementale des musées de l'Ain a souhaité présenter une exposition temporaire (aujourd’hui permanente) de tournage sur bois d’art contemporain. Jusqu’en 2005, « Le bois, matière à poésie » puis « L’essence du bois, geste et esprit de la création » ont présenté au public des œuvres issues d’artistes internationaux jouant sur les formes, les volumes et la matière.
Progressivement, l’idée d’intégrer un certain nombre de ces objets aux collections permanentes du musée a émergé. De nombreuses acquisitions ont donc été effectuées pour donner au musée un fonds constitué aujourd’hui de plus de 200 oeuvres d’artistes français et internationaux. Il s’agit d’une des principales collections d’objets d’art contemporain en bois tourné en France. 

L’immense majorité des objets collectés est d’une facture contemporaine témoignant de cet art dans la première décennie du 21e siècle. Les œuvres sont principalement inspirées par la nature à travers le monde végétal, animal, cosmique, minéralogique. D’autres objets, moins nombreux et de facture moderne, sont influencés par le style classique du 18e siècle, époque où le tournage sur bois trouve en France son premier apogée dans le domaine artistique. Enfin, quelques oeuvres récentes sont de facture totalement classique.

Cette exposition, toujours en place, attire un public varié composé de spécialistes et de curieux. 


Daniel GUILLOUX

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Daniel Guilloux. Vase corallien, 1999. Tourné main, sculpté, découpé. Poirier.

1949, Bâgé-la-Ville, Ain

Parallèlement à sa formation au Conservatoire d’art dramatique à Paris, Daniel Guilloux réalise ses premières images photographiques à 21 ans. Durant sept années, il se forme à ces techniques qu’il enseigne à Lyon en 1977, où il travaille également comme caméraman pour la télévision régionale. Photographe-reporter entre 1983 et 1995, il expose, publie de nombreux ouvrages et collabore avec l’agence de presse ANA dans de grands magazines.

Daniel Guilloux découvre le tournage sur bois en 1995 auprès de Jean-François Escoulen, tourneur drômois. Une nouvelle passion naît ! Ses trois premières années de tournage sont faites de tâtonnement et de rencontres avec les plus grands tourneurs internationaux : les Canadiens André Martel et Michael Hosaluk, et l’Australien Terry Martin.
Progressivement, il domine la technique du tournage qu’il finit par maîtriser avec brio. Il crée de manière très féconde malgré le peu d’années de tournage à son actif. Sa préférence va au travail du bois vert qui lui permet de façonner une pièce jusqu’à la transparence, laissant place aux jeux de lumière à travers les fines parois du bois. Érable ondé et érable sycomore, buis, cerisier, poirier sont souvent choisis parmi d’autres essences qu’il affectionne telles l’if, le platane, l’alisier, l’orme, le cyprès, le cormier, le frêne…

Avec ou sans dessins préalables, au moyen d’outils de découpage rotatifs à haute vitesse et d’un tour adapté, Daniel Guilloux est le tourneur agile des formes fragiles. Il avance toujours plus loin dans la recherche de la légèreté. Certaines pièces délicates, simplement posées sur des tiges de rotins semblent flotter dans l’air, objets immatériels : paysages de dentelles, aériens, aquatiques, rêves d’évasion... Poussé par la recherche d’innovation, il aime apporter à ses créations des techniques extérieures au tournage : la rouille ou l’oxyde de cuivre viennent colorer certaines essences. Métal, plastique ou matières minérales sont incrustées ou simplement ajoutées et se mêlent au bois jusqu’à ce que l’objet trouve son équilibre et son style. « Le travail tourné n’est plus une fin en soi mais seulement une étape », dit-il.

Son talent est remarqué aux États-Unis en 1998, lors des Échanges internationaux de Tournage sur Bois de Philadelphie, auxquels il participe. Résolument innovant, il invente, dépose et fait breveter un nouvel outil de creusage sur bois « le Profileur », commercialisé dès 2002 en France et dans le monde entier aujourd’hui.
En recherche artistique permanente, Daniel Guilloux élargit aujourd’hui sa démarche de création par ses sculptures sur fil de fer, mettant au service de ce nouveau matériau toute son inventivité et son exigence de qualité pour la finition de ses pièces.

Son atelier est installé aujourd’hui à Cruzille en Saône-et-Loire, après avoir été situé de nombreuses années à Bâgé-la-Ville, dans l’Ain.


Alain MAILLAND

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Alain Mailland, sans titre, 1999

1959  Uzès, Gard

Né en Afrique en 1959, Alain Mailland grandit dans la région parisienne et suit ses études à l'École nationale d'Art de Cergy-Pontoise. Devenu artisan maçon, puis charpentier-menuisier, il s'installe dans le sud de la France, région riche pour ses bois de caractère, et découvre le tournage sur bois en 1987.

Ses premières années de travail sont consacrées à la production de pièces utilitaires en bois brut et vert de pays. Peu à peu, le tourneur se spécialise dans les techniques de creusage. Au contact des tourneurs étrangers : le Canadien André Martel, l'Australien Terry Martin, l'Américain Mark Sfirri, Alain Mailland affine son approche très personnelle de la sculpture tournée.

Le tournage du bois vert, matériau vivant qui se déforme au séchage, lui donne une nouvelle ouverture et lui permet d'exprimer toute son originalité à travers des pièces creuses et fines aux diamètres parfois impressionnants telles les grandes coupes à la périphérie ondulante.

Les « créations organiques » mi-animales, mi-végétales aux volutes et filaments enchevêtrés, côtoient des jarres à collerettes évasées, révélant les lignes naturelles, la texture et la couleur du bois. Les mondes subaquatiques et floraux l'inspirent largement, aussi s'oriente-il, selon son expression, « vers des petites choses précieuses », telles les fleurs aux pétales serrés en corolles concentriques tournées dans des racines ou des loupes de pin, de bruyère ou de pistachier lentisque. Son approche très particulière du monde subaquatique influence ses oeuvres devenues créations coraliennes, algues mouvantes...


Elisabeth MOLIMARD

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Elisabeth Molimard, Remember Murano, 2000. Bois tourné main, buis.

1950 Saint-Laurent-les-Bains, Ardèche

Titulaire d'un diplôme d'éducatrice spécialisée, Elisabeth Molimard apprend le tournage dans les années 1980 auprès de Jean-Dominique Denis. Peu de femmes exerce ce métier en France. Elisabeh Molimard a longtemps travaillé seule, l'essentiel de son apprentissage s'effectuant par la production de pièces utilitaires. Elle s'exerce à la technique du creusage au crochet en bois de bout.

La reconnaissance de ses pairs et les nombreux échanges lors de stages en présence de Jean-François Escoulen, André Martel, Ernie Newman, Terry Martin ou Mark Sfirri la pousse à créer davantage, à « oser d'autres gestes », à dépasser ses limites. Au contact de Michael Hosaluk et de John Gordan elle perfectionne sa technique de creusage à petites ouvertures grâce à l'utilisation de racloirs droits et coudés.

Son tournage d'inspiration classique exprime particulièrement bien la sobriété de la forme ronde. Ses pièces ne sont pas reprises hors du tour : l'artiste n'ajoute ni sculpture ni recomposition.

Créations et choix du bois se font en général au coup de coeur, malgré une prédilection pour les arbres fruitiers de sa région : noyer, cerisier, châtaignier et pour le hêtre échauffé. « L'échauffement est un début de moisissures qui se produit habituellement (mais pas systématiquement) après la coupe, lorsque le bois est en contact avec l'humidité. Viennent alors ces belles marbrures, joli cadeau de la nature », dit-elle.

Dans cette perpétuelle quêtes de formes nouvelles, son travail de création s'oriente dès 2000 sur le tournage multi-axes de petits verres ou de boîtes « instables ».


Les artistes de nos collections

Nous vous invitons à découvrir dans l'exposition permanente les œuvres de :

François Achilli, Pierre Antoine, Georges Baudot, Thierry Berthéas, Gérard Bidou, Jérôme Blanc, Philippe Bourgeat, Gilbert Buffard, Luc Caquineau, Bernard Chiappero, Jean-François Delorme, Christian Delhon, Jean-Dominique Denis, Maria Di Prima, Cyril Drivière, Jean-François Escoulen, Gérard Genestier, François Grignon, Henri Gröll, Laurent Guillot, Daniel Guilloux, Alain Mailland, Gil Manconi, André Martel, Thierry Martenon, Jean-Luc Mérigot, Fabrice Micha, Sébastien Molard, Elisabeth Molimard, Christophe Nancey, Eddy Parkiet, Christian Pral, Marc Ricourt, Daniel Salvucci, Roman Scheidel, Jean-Renaud Scordia, Mark Sfirri, Bruno Suire, Blaine Taylor, Claudine Thiellet, Brigitte Trier, Rémi Verchot.