Eglise Notre-Dame à Bourg-en-Bresse

Construite vers le 12e siècle, dans un terrain marécageux, en dehors de la ville primitive, la chapelle Notre-Dame aurait des origines miraculeuses. Grâce à l’attachement des habitants de Bourg, elle s’est agrandie au fil des siècles pour devenir au début du 16e siècle l’église paroissiale et même la cathédrale d’un éphémère diocèse. Elle est classée monument historique en 1914 et élevée au rang de co-cathédrale en 1992.

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A l'origine, une belle légende

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Tableaux miraculeux, Vierge en majesté et Calvaire

Une image de la Vierge ayant été trouvée dans un saule, on la transporte à l'église Saint-Pierre, l'église paroissiale d'alors située à l’emplacement aujourd'hui occupé par l'église et le monastère de Brou. Le tableau n'y reste pas et retourne vers l'arbre. Le miracle se réitérant, on décide finalement d'édifier en ce lieu une chapelle consacrée à la Vierge qui abritera l'image miraculeuse.

Une première chapelle Notre-Dame est déjà citée dans le testament de Jacques de La Tour-du-Pin, en 1258. L’église sera ensuite agrandie avec l’ajout de plusieurs chapelles, mais à la fin du 15e siècle, elle apparaît vétuste et trop petite pour la population.

Deux représentations de la Vierge sont ainsi vénérées avec ferveur dans l’église Notre-Dame depuis des siècles, liées à cette origine légendaire de sa construction : un panneau peint sur bois représentant une Vierge à l’enfant en majesté et une statue de la « Vierge noire ». Selon le résumé qu’en a fait l’archiviste Brossard en 1883, dans sa Description de la Ville de Bourg : « on vénérait dans cette chapelle une image miraculeuse de la Vierge trouvée par un berger dans un saule. Cette image [le tableau], vénérée depuis des siècles, a échappé à toutes les destructions : elle est conservée en la sacristie de l’église Notre-Dame. La statue, dite de la Vierge noire, a été faite, selon la tradition, avec le tronc du saule sur lequel fut trouvé le "tableau miraculeux". La statue actuelle la Vierge noire en bois polychrome date de la fin du 17e siècle ; adorée au fil des âges, elle bénéficie d’une garde-robe d’apparat depuis le 19e siècle.  


La construction de Jean de Loriol

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Clé pendante du choeur

A la fin du 15e siècle, Notre-Dame de Bourg relève alors du prieuré de Brou, lui-même dépendant de l’abbaye d’Ambronay. Issu d’une famille bien connue de Bresse, Jean de Loriol qui en est le prieur depuis 1491, entreprend la reconstruction de l’église Notre-Dame vers 1495. En 1505 l’ouvrage apparait déjà « somptueux, sublime et mirifique et très digne d’une perpétuelle mémoire ». A la même époque, le 10 mars 1506, le pape Jules II accorde à Jean de Loriol l’union des revenus de l’église paroissiale de Brou à ceux de l’église Notre-Dame. Cet apport permet à Jean de Loriol de s’engager à terminer les travaux entrepris. Par une seconde bulle du 16 juillet 1506, le pape autorise le transfert de tous les offices paroissiaux de Saint-Pierre de Brou à l’église Notre-Dame à la demande de Marguerite d’Autriche qui désire avoir les mains libres pour édifier le monastère et l’église de Brou. Cette date est capitale pour l’histoire religieuse de Bourg, l’ancienne chapelle Notre-Dame devenant officiellement l’église paroissiale de la ville.

Jean de Loriol décède en avril 1507 laissant l’église inachevée. Le relais est pris par le clergé et les habitants de Bourg assez peu enthousiastes, mais encouragés par une rente annuelle de 200 écus léguée par le défunt mécène. Dans un premier temps, faute de moyens, on consolide l’abside déjà réalisée. Ce n’est qu’à partir du 12 janvier 1515 que l’on décide vraiment de poursuivre la reconstruction. Un effondrement partiel de l’ancienne nef, survenu le 3 décembre 1514, n’est sans doute pas étranger à cette décision.

Notre-Dame est la cathédrale de l’éphémère diocèse de Bourg en 1515-1516 et de 1521 à 1534. Le chapitre de chanoines créé à cette occasion subsistera même après la disparition du diocèse de Bourg ; il sera supprimé à la Révolution.


Un chantier de quarante ans

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La rue Notre-Dame et la façade de l'église, carte postale, 1903

La construction se poursuit avec une lenteur due en partie au manque de subsides, pour aboutir travée après travée à la façade en 1528. Celle-ci s’élève très lentement ; les travaux s’interrompent pendant près d’un siècle dès le premier étage et la tribune de l'orgue achevés (1550).

Il reste encore à réaliser les voûtes de la grande nef, des bas-côtés et des chapelles latérales de la dernière travée, pour réunir l'ensemble de l'église à la nouvelle façade. Il faut attendre 1662 pour que les dernières voûtes soient édifiées par l'entrepreneur Bernard Lacroix sur le modèle exact des anciennes, c'est-à-dire en style gothique.

L’achèvement de la façade est réalisé selon le projet que Philippe Callié, « maçon juré pour le Roi », présente en août-septembre 1654 : chaque étage devant être épaulé par des piliers butants, eux-mêmes surmontés d'« ailes enroulées ». La construction du clocher est menée assez activement jusqu'en 1657 par les maîtres d'œuvre Bernard Lacroix et Claude Dupont qui construisent l'étage ionique. Mais, à la fin de l'année, on leur demande de poser une couverture à ce niveau. Après un arrêt de cinq ans, les travaux reprennent avec la construction de l'étage corinthien ; toutefois en décembre 1663, les chapiteaux n'étaient pas encore posés… En 1666, Bernard Lacroix abandonne le chantier qui est achevé par Milan Calcia et Jacques Fricallet. Ce n'est qu'en 1694 que les deux dômes, le grand et le petit, sont construits par le normand Jacques Gressin. La même année, on pose enfin une croix de fer sur le sommet du petit dôme. La construction a duré quarante ans.

A la suite des destructions révolutionnaires et de la reconstruction par Tony Ferret en 1911-1913, le clocher est transformé dans sa partie supérieure, mais les quatre étages inférieurs restent inchangés. Il installe une horloge dont la décoration extérieure est confiée au sculpteur local Alphonse Muscat. La tour adopte un plan octogonal surmonté d’un dôme à lanternon et croix culminant à 70 mètres.


Une église gothique à façade classique

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Nef de l'église Notre-Dame

La partie gothique de l’édifice, c’est-à-dire sa presque totalité, doit sa sobriété à l’absence de collatéraux et d’arcs-boutants apparents, ceux-ci faisant corps avec les murs séparant les chapelles latérales. L’exiguïté du terrain disponible le long de la muraille de la ville, est sans doute responsable de l'absence de déambulatoire, comme la présence de maisons au sud, de l'étroitesse des chapelles latérales de ce côté.

La façade occidentale se réfère au classicisme, la partie basse de la façade offrant un beau témoin de l’art Renaissance. Le premier niveau est beaucoup plus sobre avec de simples œils de bœuf ouverts au-dessus des portails latéraux ; au centre, une large fenêtre s'ouvre au fond d'un ébrasement décoré, comme son archivolte, de caissons où alternent des soleils et des pointes de diamant. Devant la verrière a été placée une copie d’une statue de la Vierge à l’Enfant de Coysevox. On remarque la superposition des ordres : toscan au niveau du grand portail, successivement dorique, ionique et corinthien selon la tradition grecque et romaine aux trois étages de clocher.

La nef principale est flanquée de chaque côté d’une basse nef, elle-même bordée de chapelles latérales construites par des nobles, des bourgeois ou des confréries. La hardiesse de construction de l'abside est particulièrement surprenante : les murs disparaissent presque entièrement au profit des verrières qui sont parcourues à mi-hauteur par un bandeau de feuillage. La clef pendante centrale, sans doute l'une des plus importantes de France, accompagnée de sept autres plus petites, semble défier les lois de la pesanteur et éclate en gerbe de nervures.

La tribune de l’orgue, édifiée en 1550 entre les gros piliers du clocher a été prolongée en 1682 pour pouvoir poser l’instrument.

La sacristie couverte d’une voûte d’arêtes est construite en 1732 entre l’église et la chapelle des Pénitents (à l’emplacement de la cure actuelle) ; ses boiseries sont de la même époque.


Quelques éléments de mobilier remarquables

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Tableau, La Visitation, Benoît Alhoste, 1662

Outre la Vierge noire et le tableau miraculeux, l’élément de mobilier le plus précieux est constitué par les stalles probablement offertes par Louis de Gorrevod, évêque de Maurienne, et réalisées vers 1530 par l’ébéniste genevois Pierre Mochet, auteur des stalles de la cathédrale de Saint-Jean-de-Maurienne, dont Louis de Gorrevod était l'évêque. Les dossiers sculptés en haut relief des stalles hautes présentent des martyrs, des apôtres et des paraboles de l'Evangile ; les miséricordes et accoudoirs sont ornés de pittoresques portraits de personnages issus de la vie courante, de la ville, de la campagne et du clergé ; des groupes d'animaux en ronde bosse animent les jouées basses.

Des vitraux primitifs, il ne subsiste que quelques fragments déposés provenant du chœur et une seule verrière complète dans la chapelle Saint-Crépin offerte par la confrérie des cordonniers peu après 1530. Dans la partie supérieure figure une Crucifixion surmontée par des anges. Huit panneaux rapportent les épisodes de la vie et du martyre de saint Crépin et saint Crépinien.
Les verrières de l’abside réalisées par Eugène Oudinot en 1872 reconduisent des scènes de la vie de la Vierge encadrées par des personnages de l’ancien Testament traitées dans les panneaux primitifs.

La sculpture est représentée par la chaire monumentale du dijonnais Jean-Marie Fyot (1760), auteur également de la grande porte en façade décorée d’une scène de l’Annonciation (1769-1772). Les panneaux sculptés dans le style rocaille figurent les quatre évangélistes et leurs attributs. Sur le dossier, une représentation de la Pentecôte ; l’abat-voix est surmonté d'un saint Michel terrassant le dragon réalisé par Michel Bontemps en 1841 en remplacement d’une représentation des trois vertus théologales brisée à la Révolution.

La peinture conservée dans l’église illustre les époques : du triptyque offert par Nicolas Chichon en 1523, aux tableaux réalisés par le peintre bressan Benoît Alhoste, la Visitation (1662) et l’Assomption (1667). Le lyonnais Jacques Blangély exécute vers 1720 une commande de neuf tableaux consacrés aux épisodes de la vie de la Vierge. Au-dessus de la porte conduisant à la sacristie, une Cène d’imposantes dimensions est peinte par le toulousain Jean-Antoine Sicard de passage à Bourg en 1756.

L'initiative de la commande d’un nouvel autel revient au curé Carrel qui décide en 1875 de remplacer l'autel existant alors au centre du choeur et de le déplacer dans le bas-côté nord. Il est réalisé dans les ateliers de l'orfèvre lyonnais Armand-Calliat sur un dessin de l’architecte Pierre-Marie Bossan ; les bronzes dorés sont fournis par Charles Dufraine et les émaux bressans par la maison Amédée Fornet.

Autres oeuvres de Jean-Marie Fyot à Chavannes-sur-Suran



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Église ouverte tous les jours de 7h à 19h (dimanche compris). Visites libres possibles sauf pendant les offices

Plan et itinéraire

Les mots à comprendre

Ionique : parmi les trois ordres architecturaux reconnus par les grecs, l'ordre ionique se caractérise par un chapiteau à volutes

Corinthien : parmi les trois ordres architecturaux reconnus par les grecs, l'ordre corinthien se caractérise par un chapiteau à feuilles d’acanthe

Toscan : ordre de l'architecture classique rajouté par les romains qui est une forme simplifiée de l’ordre architectural dorique grec

Dorique : le premier et le plus simple des trois ordres en architecture grecque. Il se caractérise par un chapiteau composé d’une dalle carrée posée sur un disque.

Vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité qui doivent guider les hommes dans leur rapport au monde et à Dieu.

Benoît Alhoste : peintre bressan né vers 1620, fils de Jean Alhoste, peintre de Bourg. On lui attribue une quinzaine de tableaux dans le département de l’Ain.

Amédée Fornet : bijoutier et émailleur spécialisé dans la fabrication des émaux bressans à Bourg-en-Bresse (1870-1897). Son magasin était situé rue Notre-Dame.

à voir aussi dans ce site

Ailleurs sur le web

Les 500 ans de l'église Notre-Dame de Bourg, par Marie-claude Vandembeusche

A lire sur le sujet

La collégiale Notre-Dame de Bourg, Henri Plagne, 1986

Cathédrales de Rhône-Alpes, Cahiers René de Lucinge – Art et Archéologie en Rhône-Alpes, 1988

Richesses touristiques et archéologiques de la ville de Bourg-en-Bresse, les Amis du vieux Bourg, Collection pré-inventaire du département de l’Ain, 2003

Notre-Dame de Bourg au fil des jours, Marie-Claude Vandembeusche, Claude Vigoureux, 2006

Notre-Dame de Bourg, Xavier Roquette, Michel Bricout, Marie-Claude Vandembeusche, Paroisse Notre-Dame, 2008

Ouvrages en consultation au 
Centre de documentation - Service Patrimoine culturel