Haies bocagères

Jadis très présentes dans les paysages ruraux, les haies bocagères n’ont plus la place qu’elles occupaient naguère. Après avoir enregistré une très forte régression, le linéaire bocager parvient à se maintenir et on accorde une importance croissante aux différentes fonctions des haies : lutte contre l’érosion, phyto-épuration, corridor biologique, production de bois, effet brise-vent…

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Haie bocagère

évolution du bocage

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Haie bocagère

En France, le maillage bocager a fortement diminué depuis les années 60. Près de 70 % des 2 millions de kilomètres de haies que comptait la France à l’apogée du bocage ont été détruit, soit 1,4 million de kilomètres. Le déclin des haies est principalement lié au recul des prairies naturelles et aux opérations de remembrement.
La suppression des haies à grande échelle est aujourd’hui révolue. Depuis les années 90, le développement des politiques publiques en faveur des haies ont permis de ralentir drastiquement l’arrachage et de soutenir la plantation sans pour autant compenser les haies supprimées lors des périodes précédentes.

Dans l’Ain, les études paysagères montrent la transformation des paysages bocagers du département en lien avec l’évolution de l’agriculture et de ses pratiques. Le linéaire de haies est fragilisé et la qualité du bocage a été dégradée : moins entretenu, vieillissant et d’une plus faible densité.
Les fonctionnalités économique, agricole et environnementale sont reconnues et s'avérént être l'une des meilleures garanties de la pérennité des haies et du maillage bocager dans l’Ain.


rôles des haies champêtres

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Haie champêtre en bordure de fossé

A l’échelle d’un bassin versant ou d’un territoire rural, la haie champêtre structure le paysage et tient un rôle souvent clef dans l’identité du territoire. Dans l’Ain, les haies sont emblématiques de la Bresse où elles forment un maillage bocager encore dense. En alternance avec les étangs, elles font partie du paysage de la Dombes et leur présence est historique autour des prairies humides du Val de Saône, avec les figures typiques tels que les arbres têtards (chêne pédonculé et saule). Les haies champêtres sont aussi caractéristiques des espaces agricoles du Pays de Gex et l’on retrouve ces structures paysagères dans le Valromey.

Sur un plan fonctionnel, les haies jouent un rôle dans la régulation de l’eau. En bord de cours d’eau, elles maintiennent les berges, épurent le cours d’eau et rafraichissent l’eau. Sur les espaces agricoles, elles ralentissent les flux d’eau et limitent l’effet des crues et de l’érosion. Une haie en bas de pente permet de ralentir le ruissellement et de stopper les particules érodées. Avec leur système racinaire, elles interviennent comme filtres piégeant les fertilisants lessivés ou en excès et les particules polluantes (phytosanitaires et traitements des animaux) et permettent leur dégradation. Lorsque les haies n’existent plus, il faut prévoir des coûts plus importants pour les installations pour prévenir les crues et la dépollution de l’eau.
Les haies présentent un fort intérêt écologique et cynégétique car elles sont un élément majeur pour la circulation de la faune et jouent le rôle de corridors biologiques. Elles offrent aux espèces sauvages un passage abrité, une ressource alimentaire et un gîte. Les haies composées d’essences mellifères (noisetier, saule, lierre, tilleul, aubépine, prunier…) dont les floraisons se succèdent au cours de l’année, sont une source de nourriture pour les abeilles et participent à la production de miel.
Avec une production annuelle de bois variant de 3 à 12 métre-cube par kilomètre selon le type de formation végétale (haie arbustive, haie d’arbres têtards, haie de cépées, haie d’arbres de haut-jet), les linéaires de haies sont une ressource en bois pour les territoires. La valorisation du bois déchiqueté des haies peut permettre le développement d’une activité économique locale à partir d’un combustible renouvelable et économique et renforcer les liens entre les acteurs locaux : agriculteurs, entreprise de travaux agricoles, CUMA (Coopératives d'Utilisation du Matériel Agricole), chauffagistes spécialisés, collectivités… Dans certaines régions d’élevage, le bois plaquette est aussi utilisé comme litière en complément ou substitut de la paille.


Un atout pour l’agriculture

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Haie bocagère et volaille

Sur le plan agronomique, la présence de haie est un atout pour les parcelles agricoles en terme de rendement, de structure du sol et de protection des cultures.
Les haies ont un effet brise-vent sur les parcelles agricoles, qui réduit la force du vent sur une zone représentant 15 à 20 fois la hauteur de la haie. Le vent est ralenti par la haie, l’évapotranspiration limitée et les cultures sont moins soumises à l’assèchement. Cet effet brise-vent a un impact positif sur les cultures et améliore globalement le rendement de la parcelle (en moyenne + 10 % de rendement selon les sources).
Les haies accueillent une faune auxiliaire des cultures très utile pour prévenir les pullulations de ravageurs (petits mammifères et insectes) et contribuent ainsi à la protection des cultures.
Les conditions d’élevage sont améliorées par les haies car elles procurent aux animaux un ombrage en été et un abri quand les conditions météorologiques se dégradent.
La structure du sol est bonifiée par la présence d’une haie qui favorise la vie du sol, capte et redistribue les nutriments et apporte de la matière organique.
Les haies donnent également une image positive des productions agricoles et sont souvent associées à des productions de qualité. Le cahier des charges « Volaille de Bresse » prévoit obligatoirement 25 mètres linéaires de haie par hectare dans le parcours.

Selon les pratiques de gestion mise en œuvre, la haie peut devenir une source de revenu ou d’économie par le bois qu’elle produit. Sous forme de bois-bûche ou de plaquette déchiquetée, le bois issus de la taille de la haie peut être vendu ou utilisé sur l’exploitation agricole pour le chauffage ou la litière ou le paillage.



Les mots à comprendre

Arbres tétards : Un arbre têtard est un arbre dont la forme caractéristique, en « grosse tête », résulte d'un mode d'exploitation spécifique, par étêtages réguliers.

Arbres de haut-jets: Ce sont les arbres les plus grands de la haie, ils sont en général formés d’un seul tronc et d’un houppier. Ces arbres peuvent être utilisés pour la qualité de leur bois d’oeuvre.

Haies de cépées: les haies composées d'arbres conduits en cépées ou taillés au pied périodiquement pour une récolte en bois de chauffage, pieux de clôture. Par définition, les arbres de cépées sont moins grands que les haut jets, certains de ces arbres sont malgré tout relativement grands, et peuvent aussi être utilisés en bois d’oeuvre.