Identité culturelle de la Bresse

Pays essentiellement rural, la société bressane, par le passé, était organisée au rythme de l'activité agricole. L'habitat en Bresse est dispersé, de type bocager ; des épis de maïs, panouilles, sont encore aujourd'hui accrochés aux poutres des avant-toits des fermes bressanes.

Les coutumes et particularités bressanes sont toujours vivaces, ainsi la fête des conscrits existe toujours malgré la fin du service militaire obligatoire, les produits gastronomiques de Bresse sont reconnus mondialement et les émaux bressans continuent à être fabriqués.

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Des frontières fixées au gré des alliances

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Cadastre de 1938

On dit en Bresse que « les Capétiens ont fait la France comme les seigneurs de Bagé ont fait la Bresse ». Ainsi, après la domination romaine jusqu’en 443, les Burgondes s’installent sur ce territoire et se partage la gestion de ces terres avec les grandes abbayes. Les habitants de Bresse dépendent alors des seigneurs de Bâgé. En 1272, Sybille de Bagé, unique héritière de la seignerie du Marquisat de Bresse, épouse Amédée de Savoie, qui sera comte en 1285. La princesse apporte en dot le teritoire qui forme aujourd’hui la majeure partie de la Bresse de l’Ain. Ces frontières seront valides jusqu’en 1601, date du Traité de Lyon rattachant les pays de l’Ain à la France.

Saltus Brixiae, terre d’agriculture et d’élevage
Le nom Bresse trouve son origine dans le nom donné à la région « Saltus Brixiae » donné par les Romains lors de la Guerre des Gaules menée par César. « Brixia » est la déesse celtique des eaux, « Saltus » signifie région boisée, il peut évoquer un espace non cultivé ou sauvage, en référence aux vastes forêts recouvrant alors le territoire.

À l’ère tertiaire, la région est recouverte d’une vaste étendue appelée « lac bressan » dont subsiste un sol humide et argileux propice au développement de la forêt. Terre et bois conditionnent les productions humaines bressanes.

Au Moyen-Age, seigneuries, abbayes, chartreuses, se partagent le domaine forestier. Sous l’impulsion de différentes confréries religieuses, le défrichement s’intensifie et le paysage est fortement modifié. Marécages et surfaces boisées cèdent la place aux champs cultivés par une population de plus en plus nombreuse. Poypes et fermes sont bâtis et une économie agricole se développe.


Création d'une identité bressane

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Pendentif-broche en émail peint et émaux bressans, musée de la Bresse-Domaine des Planons

Ce pendentif-broche en émail peint et émaux bressans porte à lui seul la caractérisation de l’identité culturelle bressane. Savoir-faire des émaux bressans et imagerie considérés comme signifiants de la Bresse sont étroitement associés. La scène figurée se situe en milieu rural : à l’arrière-plan, deux fermes à pan de bois implantées dans le bocage encadrent une Bressane vêtue du costume régional dont le chapeau à cheminée domine la composition. Sur un linge blanc, dans un panier posé sur les genoux, reposent deux volailles de Bresse.

Cette image identitaire apparaît à partir de la seconde moitié du 19e siècle, dans un contexte où les régions affirment leur identité face une 3e République fortement centralisatrice. Ce stéréotype réunit les éléments reconnus comme caractéristiques de l’identité bressane telle que les Bressans eux-mêmes pouvaient se la représenter, et au travers de laquelle ils pouvaient se reconnaître et souhaitaient être identifiés au-delà des limites géographiques de la Bresse (de l’Ain).

Elle reste ancrée : elle correspond aujourd’hui encore à notre propre représentation de la Bresse et est largement exploitée dans les outils de communication touristiques.


Le costume bressan

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Bressane en costume traditionnel, G. Surand, huile sur toile, 1892

Lors du processus de la construction identitaire des régions, sous la 3e République, le costume traditionnel régional devient un marqueur culturel fort. L’iconographie de la fin du 19e siècle largement produite par des touristes « éclairés » aux origines souvent citadines, voyageant sous l’impulsion d’un tourisme naissant encouragé par l’extension du réseau routier et ferré, compare et dessine les caractéristiques des costumes régionaux. La démarche aboutit à une simplification extrême : le costume féminin et son chapeau porté lors des fêtes devient le symbole d’une région. Pourtant, le costume varie selon les subdivisions géographiques de la région, le niveau social, et les pratiques culturelles.

En Bresse, le costume masculin comprend une paire de sabots parfois surmontée de guêtres et un pantalon large recouvert d’une blaude (blouse) au quotidien, mais associé à un gilet et à une veste, à un gibus de paille ou à un bonnet de tissu lors des fêtes.

Au quotidien, le costume féminin est le plus souvent composé d’une robe longue, un tablier aussi dit « devanti » et d’une coiffe. Souliers ou sabots finement décorés et châle aussi appelé « pointe de Bresse » complètent l’ensemble. Les mitaines et la gorgerette maintenue par les épingletos (épingles) agrémentent le vêtement des Mâconnaises. Quant au chapeau, il est très varié : à cheminée et pans de dentelle entre Bourg-en-Bresse et Mâcon, il devient « brelot » à Mâcon et « cocardiau » à Feillens.


Ferme bressane à cheminée sarrasine

Dans une contrée privée de pierre, les Bressans ont mis en œuvre les ressources issues du voisinage immédiat ou du lieu même de la construction - terre et bois - conciliant ainsi deux principes chers à l’économie paysanne : construire à faible coût en utilisant les matériaux de proximité et profiter d’une main d’œuvre abondante de paysans devenus bâtisseurs le temps d’un chantier.

L’utilisation du bois et de la terre, comme matériaux principaux du bâti a entraîné l’adoption d’une technique de construction aujourd’hui considérée comme typique de la Bresse, à savoir le pan de bois avec remplissage en torchis. Au 19e siècle, l’utilisation de la pierre, devenue plus accessible en raison de l’amélioration des voies de communication reliant Bourg-en-Bresse, Mâcon et la Bourgogne, et des moyens de transport permettra de monter les soubassements de bâtiments en pisé, où la terre coffrée sera utilisée seule, sans recours au bois.

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Mobilier bressan

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Armoire bressane, collection permanente du musée de la Bresse-Domaine des Planons

Forêt de chêne, diversité des bois du bocage et arbres fruitiers fournissent en abondance la matière première et la source d’inspiration aux menuisiers et ébénistes bressans. Le style résulte d’une association de styles classiques et savants, notamment Louis XVI, avec un apport original reposant sur l’alliance de tons de bois. Qu’il soit gravé, sculpté ou peint, mouluré ou chantourné, le décor emprunte ses thèmes à la nature et à la géométrie.

L’armoire ou « cabinet bressan » à deux portes connaît un important développement : spacieux, accolé au mur en terre et en bois sans le fragiliser, décoratif et pratique, il répond aux contraintes de l’habitat bressan et aux usages des habitants. Le nombre d’armoire, le travail des panneaux et du décor sont significatifs du niveau de vie de la famille. Offerts ou apportés par la femme au moment du mariage, transmis de mère en fille, le coffre, puis l’armoire sont une pièce maîtresse des trousseaux. 

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Produits et gastronomie de Bresse

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A la table des grands chefs

Plaine ondulée et bocagère, sol humide et peu calcaire, climat tempéré, offrent à la Bresse un environnement propice à l’agriculture et à l’élevage. Si la paysannerie bressane sait exploiter ses ressources naturelles pour s’alimenter et commercer à échelle du département, de la France et probablement de la Suisse depuis le Moyen-Age, elle trouve un relai avec les gastronomes puis les chefs à partir du 19e siècle. Une production céréalière variée, produits laitiers, vin, porcs, bovidés et volailles sont quotidiennement consommés, vendus sur les marchés et foires animés de Bresse et exportés. Le vincuit, le fromage fort et le pourri, les gaudes et le gaufre bressan constituent des préparations culinaires modestes locales qui ont marqué les mémoires. Quant à la volaille de Bresse, célébrée chaque année, peu avant Noël, au concours des « Glorieuses de Bresse » organisé depuis 1862, elle est cuisinée par les plus grands chefs, trône sur les tables royales et présidentielles et elle suscite l’intérêt des palais gourmets et curieux venus découvrir une Bresse dont elle est devenue l’emblème.

Terre de gastronomie
La physiologie du goût de Brillat-Savarin (1755-1826) originaire de Belley (01) ouvre la voie à la reconnaissance de la Bresse comme un haut-lieu de la gastronomie. Curnonsky confirmera cette reconnaissance en écrivant en 1933 que la Mère Blanc était « la meilleure cuisinière du monde » et en fréquentant les deux restaurants lyonnais de la Mère Brazier originaire de l’Ain qui obtint 3 étoiles au Guide Michelin cette année-là.

Aujourd’hui, l’Ain regorge de chefs étoilés qui se distinguent par leur passion, leur créativité et, pour citer Georges Blanc, leur « cuisine du terroir, simple, d’une grande honnêteté, préparée avec amour et à la perfection, utilisant exclusivement des produits de pays, frais et de grande qualité ».

À Bourg-en-Bresse, Alimentec, technopole des professionnels de l’alimentation, place la Bresse au cœur de la recherche, de l’innovation et de la formation des professionnels de l’alimentation.



Les mots à comprendre

Gibus : chapeau haut de forme que l'on peut aplatir grâce à des ressorts placés à l'intérieur de la coiffe.

Gorgerette : collerette de femme

Guêtre : enveloppe de tissu ou de cuir qui recouvre le haut de la chaussure et parfois le bas de la jambe.

Pan de bois : technique de charpente permettant la création de bâtiments à ossature bois ou à colombages. L’assemblage de charpente créé repose sur un soubassement pour l’isoler de l’humidité. Il nécessite l’utilisation de torchis ou de briques pour le remplissage des murs.

Pisé : du latin « pisa » qui signifie pilon, le terme pisé caractérise une construction réalisée à partir de terre crue placée dans un coffrage puis tassée.

Soubassements : élément de maçonnerie réalisée en brique, en pierre de taille ou en galet, qui permet d’isoler du sol les murs en pan de bois ou en pisé.

Torchis : technique de remplissage d’un panneau en pan de bois fait d’un enduit de terre appliqué de chaque côté d’un tressage de bois souple appelé clayonnage.

à écouter

La direction des musées départementaux a déposé sur la base inter-régionale Patrimoine oral son fonds d'archives sonores " Confréries alimentaires de l'Ain", collectées entre 1991 et 1992. Découvrez ce fonds.