Illiat - Le plus ancien décor peint

Les transformations de l'église Saint-Symphorien au 19e siècle dans un style romano-byzantin masque au premier abord l'ancienneté de l'édifice qui domine le village. Son intérêt réside dans l'abside romane décorée de fresques du 12e siècle, les plus anciennes connues à ce jour dans l’Ain. 

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Un édifice transformé

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Illiat - L'abside romane de l'église

A l'époque romane, le plan initial de l'église comportait une nef unique prolongée par une travée de chœur voûtée d'une coupole sur trompes et une abside en cul-de-four. Un petit autel paléochrétien  datant du 5e ou du 6e siècle, découvert en 1981, prouve son ancienneté. Néanmoins, l’édifice dans son état actuel n'est pas antérieur au 12e siècle. A la fin du 18e siècle, l’église subit quelques modifications minimes, comme le lambrissage de la charpente jusqu'alors apparente, ou la suppression du banc en maçonnerie sur le pourtour de la nef. Elle se transforme surtout au 19e siècle avec la construction des deux chapelles latérales formant transept. La nef est allongée à l’ouest avec édification d'un clocher sur la nouvelle façade par Sainte-Marie Perrin, l'architecte de Fourvière à Lyon. La double rampe d'escaliers qui permet d'accéder au portail a encore été ajoutée en 1876. Ces modifications ont malheureusement entraîné la destruction de l'ancien portail roman sur lequel les princes de Dombes avaient fait sculpter leurs armes à la fin du 15e siècle, l'église se trouvant en effet très près de la frontière de la Bresse à l'époque.


Une abside richement sculptée

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Illiat - Chapiteau de l'abside - L'obscurantisme

La richesse de l’église se situe dans l’abside romane à sept arcatures inégales, dont trois sont percées par des fenêtres très anciennes à double ébrasement et quatre décorées de fresques romanes. Les colonnettes portent des chapiteaux sculptés, des bases et des tailloirs ornés, que les spécialistes datent du début du 12e siècle.

L’iconographie des six chapiteaux invite à rechercher le sens spirituel caché que le sculpteur a voulu montrer. Une sirène bifide à longue chevelure propose un choix entre deux chemins. La face humaine qui se cache les yeux avec les mains représenterait l'obscurantisme. La suit, une chimère ailée à bec d’aigle et queue en tire-bouchon, monstre imaginaire très présent dans l'imagerie du Moyen-Age. Puis un chapiteau à décor végétal où des feuilles plates de lotus, symboles de pureté, encadrent une fleur à quatre pétales : l’entrée au paradis ? Le masque grimaçant mi humain mi animal aux oreilles pointues pourrait représenter le Léviathan, monstre marin de la Bible, accusé de provoquer les éclipses. Le dernier chapiteau à feuilles d’acanthe, représenterait la félicité. Autant de symboles, moyens d’expression largement utilisés dans la civilisation médiévale, sur lesquels des réserves quant à leur interprétation s’imposent…


Des personnages énigmatiques

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Peintures murales des arcatures de l'abside

Les fresques de l’abside proposent une représentation d’un épisode de la Résurrection du Christ d’après l'Evangile selon saint Marc, la lecture se faisant de gauche à droite.

Saint Marc, dont le nom sanctus marcus abrégé figure au-dessus de lui, présente deux personnages à sa droite : Marie Salomé et Marie-Madeleine, identifiées par leur nom sancta maria. Celle placée à droite de la fenêtre axiale tient une palme entre le pouce et l’index de sa main gauche, signe d'honneur dans l'antiquité. Celle de gauche, très lacunaire en partie haute, n'a aucun attribut identifiable ; seule une légère trace aux pieds pourrait être un vestige du vase de parfum, attribut habituel de Marie-Madeleine. Un décor géométrique en pointes de diamant orne l’intrados de l’arc.
Saint Pierre tient une énorme clé. Sa présence inhabituelle dans cette scène de la Résurrection s'explique par la présence de saint Marc, qui était son disciple et son secrétaire. Dans le cul de four, devait à l'origine trôner un Christ en majesté.

Les quatre superbes personnages de l’abside d'Illiat sont peints à fresque sur un enduit humide qui absorbe rapidement les pigments et assure une bonne conservation des décors dans le temps. Au cours de la restauration ont pu être repérées les limites de la journée de travail du fresquiste, une giornata à 70 cm de la base sur l’ensemble de l’abside.

La restauration de la seconde arcade a posé un problème particulier du fait de l’importance de la lacune qui occupait toute la moitié supérieure. Les éléments qui subsistaient permettaient de comprendre qu’il s’agissait des saintes Femmes nommées Maria, mais ne donnaient pas la possibilité de préciser laquelle étant donné l’absence d’attribut... Ainsi, il a été proposé de restituer un équivalent de celle peinte dans la troisième arcade en rendant lisibles les limites de cette restitution. L’intervention est réversible et ne peut être confondue avec le décor originel ; elle restitue à distance l’unité plastique des quatre arcades décorées de l’abside.

La frontalité des personnages, les couleurs utilisées, la facture des plis marqués des vêtements, le rendu des yeux en amande cernés aux pupilles dilatées, le modelé des visages et des mains aux longs doigts, indiquent manifestement l'époque romane, ce qui est exceptionnel dans l'Ain.

Les fresques ont été mises au jour dans les années 1979, puis recouvertes de panneaux de bois qui les ont protégées pendant de longues années. Restaurées de 1994 à 1999, elles sont inscrites au titre des monuments historiques depuis 2008.



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Tél. 04 74 24 06 70

Plan et itinéraire

Les mots à comprendre

Tailloir : tablette en pierre couronnant et renforçant le chapiteau d'une colonne.

Bifide : à double queue

Giornata : mot italien signifiant « le travail d'un jour ». Le fresquiste expérimenté connaît la surface qu'il pourra peindre dans une journée, et applique la quantité d'enduit humide nécessaire pour le travail de chaque jour. Généralement, les segments quotidiens ne sont pas visibles.

A voir dans ce site

A lire sur le sujet

Décors peints de l'Ain, collection Patrimoines des Pays de l'Ain 2005

 

Peintures murales médiévales des églises de Rhône-Alpes, Art et Archéologie en Rhône-Alpes, 1998

Ouvrages en consultation au 
Centre de documentation - Service Patrimoine culturel