La vie domestique en Bugey

Le musée du Bugey-Valromey révèle le dynamisme d'une région de moyenne-montagne, riche de savoir-faire multiples qui s'articulent autour de l'habitat, l'élevage, la polyculture et l'artisanat.

Entre reconstitutions et expositions dans la maison Renaissance et dans les dépendances, c'est tout ce patrimoine que vous découvrirez en parcourant les salles du musée.

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Naissance d’une économie montagnarde tournée vers la polyactivité

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Au 19e siècle le Bugey, assez peuplé, est plutôt pauvre. En dehors des plaines et des vallons, seules quelques enclaves fertiles au cœur de la montagne sont cultivées. Les bugistes, confrontés aux intempéries et aux disettes doivent trouver des ressources complémentaires afin de se procurer « l’argent frais » indispensable à la vie quotidienne. Diverses activités sont pratiquées : peignage du chanvre, greffage de la vigne dans d’autres régions, enfants pris en nourrice...

Dans le Bugey méridional, bien ensoleillé, la polyactivité associe céréales, prairies artificielles, chanvre, mûrier, vigne et arbres fruitiers. Dans le Haut-Bugey, plus froid, les cultures de type alpin produisent des céréales dites « pauvres » : orge, seigle, avoine, méteil (seigle et froment mêlés semés et récoltés ensemble)… qui assurent à peine les besoins alimentaires. C’est là que l’élevage va s’intensifier avec la création des fromageries ou « fruitières » qui apporteront une source de revenus.

Dès 1850, les petites industries comme le tournage du bois, la tabletterie et le travail de la corne se développent principalement dans le Haut-Bugey. Les cours d’eau offrent une énergie à bon marché permettant l’implantation de fabriques de toiles, filatures de laine et de soie, moulins, papeteries, cartonneries et scieries. À la fin du 19e siècle, les matières plastiques remplacent la corne dans le val d’Oyonnax. Le chanvre reste parfois travaillé à domicile où l’on conserve un ensemble d’outils dont les grands peignes à la denture impressionnante.


L’élevage en Bugey-Valromey

Au début du 19e siècle, vaches et bœufs de race locale rustique « rudes à la tâche et se nourrissant de peu » sont utilisés pour le travail de la terre. Les chevaux, peu nombreux, fournissent force de traction et engrais.
Le paysan veut avant tout du grain, à côté de l’huile et du chanvre qui constituent l’essentiel de sa production. Bovins, ovins et caprins sont élevés principalement pour produire le cuir, l’os, la corne, la laine... et accessoirement la viande et le fromage.
Le gruyère apparaît vers 1820 avec les premières fruitières d’association sur le modèle de celles du Jura central. Vers 1840 les fourrages artificiels, en plus des pâturages communaux, favorisent le développement de l’élevage bovin sur les plateaux de Retord et d’Hauteville, où les domaines sont travaillés par des métayers, des fermiers ou des ouvriers agricoles.

Au début du 20e siècle, la plus forte production laitière se trouve ainsi au cœur de la montagne, encouragée par la sélection méthodique du bétail autour de la race Pie rouge de l’Est.

Le massif, moins peuplé, désenclavé par les routes, s’engage dans une économie rurale moderne, ouverte, où l’élevage associé au travail du bois ou de la vigne offre des revenus enfin convenables.


La cuisine : espace traditionnel de la vie quotidienne

Cuisine reconstituée dans la maison Renaissance, musée départemental du Bugey-Valromey (jpg - 138 Ko)

Cuisine reconstituée dans la maison Renaissance, musée départemental du Bugey-Valromey

Dotée d’un plafond à la française en bois de sapin, la cuisine est la seule pièce de la maison Renaissance comportant une cheminée, « foyer » de vie de la maison. La vie domestique et communautaire s’y déroule du lever au coucher. Les petites ouvertures et le plafond bas permettent une meilleure conservation de la chaleur de cette large pièce.

Tôt le matin, il faut ranimer les braises du feu qu’on a laissées couver sous la cendre afin de réchauffer l’atmosphère, lancer la chauffe de l’eau et démarrer la cuisine. Les aliments sont cuits ou réchauffés dans l’âtre et sur le potager, pierre dont les trous sont garnis de braises et de charbon de bois.

Une fois par mois environ, on chauffe le four à l’aide de fagots de sarments de vigne ou de branchages bien secs pour cuire pain et gâteaux. La voûte du four doit être blanchie par la chaleur, mais pas trop brûlante... L’enfournement des pains, puis des tartes salées et sucrées se fait à l’aide de la grande pelle. Pendant toute la durée de la cuisson, la porte du four est maintenue bien fermée, scellée par un cordon de pâte.

Dans ce théâtre où se déroule la vie familiale et sociale, les visiteurs se succèdent : facteur, voisins, commerçants de passage. Ils se voient offrir une tasse d’un café-chicorée toujours tenu au chaud dans la grande cafetière ou un verre de vin blanc, provenant le plus souvent des vignes familiales.

Rompant l’intimité, les affaires se traitent autour de la table, meuble central de la cuisine. Lorsqu’un visiteur entre, la maîtresse de maison s’adresse à lui tout en continuant sa tâche : préparation des légumes ou des viandes, couture...

Après le temps des repas, rythmant trois à quatre fois la journée ordinaire, la veillée se déroule au coin du feu avec la lecture du journal ou de l’almanach, le récit des petites histoires de la journée, les jeux des enfants. L’aïeule brode, tricote ou passe le chiffon sur la crédence, orgueil de la maison.