Le Mont Châtel, haut-lieu de l'archéologie mérovingienne

En plein cœur du Revermont, la récente découverte sur le Mont Châtel des vestiges de deux églises des VIe et VIIe siècles fait de ce lieu un site majeur d’implantation du pouvoir chrétien de la période mérovingienne. Un programme de fouilles archéologiques a débuté sur ce site en 2015 sous le contrôle du Service régional de l’Archéologie (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes) et sous la direction de David Billoin, spécialiste des habitats perchés de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge dans le massif du Jura.

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Un établissement de hauteur

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Relevé général du Mont avec les vestiges étudiés en 2015 et 2016.

L’occupation se développe sur la partie sommitale de la colline sur 1,2 hectares, selon une orientation nord-sud, et s’étage sur deux terrasses. La plus haute (607 mètres d’altitude), d’une longueur de 160 mètres et large de 15 à 20 mètres, offre un espace relativement régulier sur lequel des édifices prennent place.

Elle est ceinturée d’une seconde terrasse étroite correspondant à un espace de circulation soulignée au sud par une levée de pierres et de terre et buttant au nord sur de petites falaises. Des petites plateformes et des anomalies du microrelief signalent de multiples constructions et des aménagements, tels qu’une vraisemblable citerne et une petite carrière.

La présence de deux églises contemporaines relativement bien conservée est exceptionnelle à cette époque et donne une ampleur toute particulière au Mont Châtel, site vraisemblablement lié à la christianisation des campagnes.


Une église funéraire

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L'église funéraire découverte en 2015

Cet important édifice en pierre et à toiture de tuiles occupe la totalité de la largeur de la terrasse supérieure, selon une orientation est-ouest. Il affiche une nef quadrangulaire prolongée d’un chevet plat de 11 mètres sur 16 mètres, puis deux pièces annexes implantées de part et d’autre du chœur l’agrandissent selon un plan classique en tau.

La fonction funéraire des lieux est attestée par de nombreuses sépultures à l’intérieur du bâtiment, avec des dispositifs originaux. Ainsi deux sépultures en coffres naviformes sont construites en même temps que le chœur de l’église, et des sarcophages en grès sont incrustés dans l’épaisseur des murs.

L’un des sarcophages est pourvu d’un motif gravé sur son panneau de tête, représentant un chrisme encadré de deux croix latines. Les différents types de tombes observés sont caractéristiques du domaine romano-burgonde, en usage du 6e au 8e siècle.


Une seconde église et un édifice mémoriel

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Vue générale des édifices cultuels découverts en 2016

Une autre église occupe l’extrémité nord de la terrasse sommitale, à une soixantaine de mètres de la première. De plan rectangulaire à chevet plat de 16 mètres sur 12 mètres, le bâtiment est composé d’une nef centrale flanquée de galeries latérales, une troisième constituant la façade ouest de l’édifice. La présence d’un autel est reconnue dans le chœur.

Une petite aire funéraire vient s’adosser à l’édifice religieux et se caractérise par des tombes couvertes de dalles monolithiques en calcaire. Une petite construction rectangulaire est construite parmi les sépultures et a probablement un lien avec la mémoire des défunts.

Un fragment d’épitaphe en l’honneur d’un défunt est retrouvé à proximité. Rarissime, cette plaque complète le corpus des inscriptions chrétiennes de l’Ain représenté essentiellement par les découvertes de la nécropole des Plantées à Briord.


Des études et une exposition en cours

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Un programme triennal de fouilles archéologiques a démarré au Mont-Châtel en 2016 sous le contrôle du Service Régional de l’Archéologie (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes) et s’inscrit dans la thèse en cours de David Billoin sur les habitats perchés de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge dans le massif du Jura (UMR 5140 ASM, Université de Montpellier 3).

Ces travaux enrichissent considérablement la question du perchement de l’habitat et la mise en place d’une nouvelle géographie du pouvoir en amont des occupations castrales.

En parallèle, un comité de travail s'est consitué pour préparer un programme de diffusion des connaissances auprès des habitants et du grand public. Les Journées nationales de l'Archéologie 2017 et 2018 réunissant les services culturels du Département de l'Ain, la direction Tourisme de la Communauté d'Agglomération du Bassin de Bourg-en-Bresse et la commune de Val-Revermont ont permis de redécouvrir le site à la mumière des dernières recherches.

En parallèle et depuis juin 2018, le musée départemental du Revermont à Cuisiat propose l'exposition temporaire "L'énigme du Mont Châtel. Nouveaux regards sur l'Ain mérovingien" jusqu'en novembre 2019. Enrichie de nombreux objets, cartes, chronologie, films et restitutions 3D des édifices récemment mis au jour, cette exposition grand public fait un point d'étape sur le sujet et met en perspective le Mont Châtel avec les sites mérovingiens déjà connus dans l'Ain.



Envie de visiter ?

Exposition à Cuisiat de juin 2018 à novembre 2019

L'énigme du Mont Châtel. Nouveaux regards sur l'archéologie mérovingienne

Des mots à comprendre

Tau : la croix de Saint Antoine ou croix en tau, prend la forme de la dernière lettre de l'alphabet hébreu (Taw), ou de la lettre T de l'aphabet grec. Asscoiée à la Passion du Christ, elle est devenue le premier symbole de la religion chrétienne.

Naviforme : qui prend la forme d'un bateau

Sarcophage : le sarcophage est un contenant funéraire massif en pierre, constitué d’une cuve et d’un couvercle, de forme rectangulaire à plus ou moins trapézoïdale selon la période d’utilisation. C’est un objet lourd, produit d’un long processus artisanal et économique depuis l’extraction des blocs en carrière, sa fabrication et son cheminement jusqu’à l’espace funéraire. Il est donc considéré comme onéreux et réservé à un niveau social élevé. Environ 5 % des sarcophages sont décorés, généralement sur les panneaux de tête par des motifs géométriques ou à caractère religieux affirmé, à l’exemple de celui découvert au Mont-Châtel. L’analyse pétrographique réalisée permet d’identifier une roche exogène en Revermont : un grès en provenance des carrières de la région de Mâcon. 

Chrisme : Le "monogramme du Christ" est un symbole chrétien formé par les deux majuscules grecques X (chi) et P (rhô), la première étant apposée sur la seconde

Monolithique : taillé dans un seul bloc de pierre

Epitapheinscription placée sur une pierre tombale ou un monument funéraire

Contacts

David Billoin, archéologue (contributeur de cet article) 
david.billoin@inrap.fr

Service Patrimoine culturel du Département de l'Ain 
service.patrimoine@ain.fr

Musée départemental du Revermont 
04 74 51 32 42 
musees.ain@ain.fr

Ailleurs sur le web

Service régional de l'archéologie (DRAC Auvergne Rhône-Alpes)

Inrap (institut national de la recherche archéologique préventive)

Histoire de l'archéologie mérovingienne (BNF)

A lire sur le sujet

Il n'existe pas pour l'instant de publication grand public consacrée au site de Mont Châtel, mais des rapports scientifiques actualisés chaque année (consultables dans le fonds documentaire du SRPC)

Rapport de fouille programmée 2016, Pressiat (Ain) - Le Mont Châtel par David Billoin (dir.), Fouille pluriannuelle 2016-2018, ASM, 2016, 60 p.

Prospection thématique avec sondages 2015, Pressiat (Ain) Le Mont Châtel, par David Billoin, programme collectif de recherche : Les sites de hauteur de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge en Franche-Comté (4e-9e siècle), 2015, 99 p.