Mobilier bressan

L’ébénisterie bressane, dont l’armoire est la pièce maîtresse, se développe au 18e siècle et connait son apogée au 19e siècle. Pour ce mobilier régional, les artisans locaux ont su tirer parti des ressources des haies et du bocage en y puisant les essences locales permettant un jeu raffiné de contrastes de bois. La richesse des éléments de décor révèle une grande technicité dans l'art du meuble bressan.

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Décor de meuble bressan (détail d'une corbeille)

A deux tons de bois

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Mobilier bressan : détail de volutes

La caractéristique essentielle du style bressan tient dans la juxtaposition d'essences aux tons contrastés : chêne, merisier, noyer pour les tons unis et foncés qui composent les traverses, les pieds et les corniches, et pour les panneaux chantournés et moulurés, loupe d’orme ou de frêne pour ses couleurs claires et ses textures compliquées.

Le décor gravé, sculpté ou marqueté s’épanouit sur les faux dormants ou sur les traverses hautes et basses. Le répertoire décoratif emprunte largement à la nature : racines, tiges, feuilles, grappes de raisin, épis de blé, fruits, corbeilles fleuries. Des figures géométriques comme les étoiles, les cœurs ou les étranges « têtes de chouettes » complètent cet ensemble de motifs.

Le mobilier bressan n’est presque jamais signé. Seule l’analyse des décors et des proportions permet d’identifier les principaux centres de productions : Vonnas, Perrex, Pont-de-Veyle, Crottet, Curciat-Dongalon ou Saint-Nizier-le-Bouchoux.


L’armoire bressane

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Armoire bressane exposée au Musée de la Bresse-Domaine des Planons

En Bresse plus qu’ailleurs, l'architecture rurale de terre et de bois conditionne la nature du mobilier. En effet, les murs en pisé ou en torchis n’autorisent pas l’aménagement de placards muraux. Il est alors nécessaire de concevoir des meubles de rangement fonctionnels, adaptés aux dimensions des espaces domestiques, répondant à des nécessités d’usage comme à une fonction décorative.

C’est au 18e siècle, avec le perfectionnement de l’outillage et le tournage des bois, que l’on situe l’apparition des armoires alors appelées « cabinets à deux portes ». Ce meuble fonctionnel offre des espaces de rangement importants et complète les traditionnels « coffres ferrés fermant à clef ».

L’armoire, qui ne mesure généralement guère plus de 2,30 mètres de hauteur pour 1,20 mètre de largeur, s’adapte aux pièces des fermes à plafonds bas. On y range les éléments du trousseau : linge de maison, nappes, draps brodés, torchons de chanvre et de lin (pièces de toile de ménage souvent tissés à la ferme).

Les armoires de mariage les plus anciennes sont le plus souvent ornées d’un cœur sculpté sur le dormant, motif remplacé plus tard par le nom ou les initiales de l’époux ou de l’épouse, et la date des noces. Élément de la dot des filles, acquise ou offerte, l’armoire bressane, emblématique du mobilier régional, atteint son apogée par l’élégance de la facture et le raffinement du décor entre 1820 et 1850.

Dans les fermes, il était d’usage de placer les armoires en ligne, adossées à l’opposé de la cheminée, sur le seul mur disponible sans ouverture : une manière de signifier aux visiteurs la richesse du patrimoine familial.


Décors en loupes et ronces

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Détail de loupe

Altérations, excroissances, boursouflures apparaissent parfois sur le tronc des arbres (loupe) ou à la base du tronc (ronce).

Ces anomalies, souvent volontairement provoquées en Bresse par des élagages réguliers, vont révéler au tranchage une succession de petits nœuds et d’accidents plus ou moins serrés, du plus bel effet décoratif. Noyers, ormes, chênes, frênes sont susceptibles de produire des loupes. 

Les ébénistes bressans en utilisent les effets de couleur et de relief en façade dans des panneaux ou dans des réserves.

 


Feuille d’eau et tête de chouette

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Motif à tête de chouette

Sous son aspect le plus typique, la feuille d’eau est une représentation stylisée de forme lancéolée, munie d’une nervure centrale en relief ou en creux qui sépare la feuille en deux parties symétriques. Elle s’inspire directement des végétaux aquatiques des étangs de Bresse et de Dombes tels que le nénuphar jaune ou la châtaigne d’eau (macre). Elle est considérée comme l’une des signatures ornementales du mobilier bressan. La feuille d'eau s’allie parfois sur une même tige aux fleurs ou aux fruits d’autres végétaux : rose, marguerite ou épi de blé.

Souvent associée à la fleur d’eau, la « tête de chouette » apparaît très souvent comme ornement des traverses et des cartouches d'armoires. Ce motif consiste en un petit médaillon ovale dont la moulure extérieure s’enroule en volute à l’intérieur du motif. Un ensemble de stries complète l’ensemble et évoque des plumes. Les deux yeux matérialisés par les spirales donnent son nom à ce motif. Néanmoins cette interprétation zoomorphique de la figure reste controversée.


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Mots à comprendre

Faux-dormant : désigne le panneau vertical, souvent ouvragé,  situé au centre des deux portes de l’armoire. Visuellement cette partie semble fixe mais elle est en réalité mobile, fixée à un des deux battants, pour permettre l’accès complet au contenu de l’armoire.

Lancéolé : se dit d'un décor ou d'un organe végétal ayant la forme d'un fer de lance.

Loupe : excroissance ligneuse d'un tronc, formant des grappes de petits noeuds dans le bois. En milieu bocager, cette réaction de l'arbre est due aux élégages successifs des haies vives. Une fois sciée et polie, la loupe offre un bel effet décoratif.

Ronceprotubérance présente à la souche de certains arbres (notamment le noyer), donnant un décor d'aspect tourmenté, enchevêtré.

Trousseau : ensemble des vêtements et du linge de maison que l'on donne à une jeune fille qui va se marier.

Volute : motif ornemental constitué d'un enroulement en forme de spirale.

Zoomorphique : qui représente un animal, qui prend la forme d 'un animal

A lire

- L'art du meuble en Bresse 1500-1900, sous la direction de Josette Foilleret, collection Patrimoines des Pays de l'Ain n° 12, 2014. En savoir plus 

Vivre en Bresse (p. 73 à 83), Agnès Bruno, Musées des pays de l'Ain, Conseil général de l'Ain, 2006.

- Le mobilier régional français : Bourgogne, Bresse, Franche-Comté, Suzanne Tardieu-Dumont, Musée national des arts et traditions populaires, Berger-Levrault, 1981.

- Le mobilier bressan à deux tons de bois, Edith Mauriange, Arts et Traditions populaires, revue trimestrielle de la Société d'ethnographie française, année IV, n° 1, janvier-mars 1956.

- Le meuble rustique de la Bresse et du Mâconnais, Gabriel Jeanton, Amis des arts et des sciences, Renaudier éditeur, Tournus, 1938.