Or, encens et myrrhe

Le Département de l’Ain a acquis en 2007 à un prêtre de Coligny un panneau peint sur bois représentant l’Adoration des mages. L'ancien propriétaire en avait hérité de son père, marguillier et sacristain de la paroisse, à qui le curé en avait fait don pour services rendus.
L’œuvre est en cours de restauration, en vue de sa présentation début 2019 au musée du Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse. Un projet qui donne l’occasion de replonger dans la légende des rois mages.

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Une légende de Noël

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Groupe sculpté Adoration des Mages de Condeissiat, 16e siècle

Le thème des rois mages est très populaire et n’est pourtant cité que dans l’évangile selon Mathieu : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que les mages [astrologues] venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem. Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route et voici que l’astre qu’ils avaient vu à l’Orient avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie. Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leur coffrets ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ».


L’Adoration des mages est l’un des thèmes les plus populaires dans l’iconographie chrétienne, surtout dans les œuvres de la Renaissance italienne. Artistes et théologiens ont largement utilisé et répandu la symbolique de cette légende.


Gaspard, Melchior et Balthazar

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Vitrail, Départ des mages pour Bethléem - Eglise Notre-Dame à Bourg-en-Bresse, 16e siècle

Les rois mages symbolisent les trois continents connus à l’époque : l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Leurs âges représentent les trois âges de la vie : le roi noir Balthazar incarne la jeunesse, Gaspard la maturité et Melchior, avec sa grande barbe, la vieillesse.

Enfin, ils sont caractérisés par leurs offrandes : l’or en hommage à la royauté du Christ, l’encens en hommage à sa divinité et la myrrhe, servant à embaumer les corps, annonce sa mort pour la rédemption de l’humanité.

Aux Baux-de-Provence, une légende locale du début du 13e siècle évoque le passage de Balthazar dans la région lors de son retour chez lui. Les seigneurs des Baux, affirmant être ses descendants, avaient inscrit sur leur blason une étoile d’argent. Leur cri de guerre était « Au hasard, Balthazar ».

D’après un texte apocryphe, nommé Evangile arabe de l’Enfance, les rois mages jetèrent dans un feu sacré un lange de l’Enfant-Jésus offert par la Vierge. Le feu, qui selon les coutumes purifie ce qui est impur, ne brûla pas le linge. Cela représente le triomphe du Christianisme sur le Zoroastrisme.

Des reliques des rois mages sont conservées dans la cathédrale de Cologne en Allemagne.


L'épiphanie

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Galette des Rois

Le terme d’origine latine Epiphania peut être traduit par « apparition ». Fêtée le 6 janvier, l’épiphanie est à l’origine la fête de la lumière. Après le solstice d’hiver, les jours rallongent sensiblement à partir de cette date.
Cette date correspond également à la fête païenne des Saturnales de la Rome antique qui veut que les hiérarchies sociales et la logique des choses soient bousculées ce jour-là :

  • Un condamné à mort devient roi par tirage au sort le temps d’une journée. La sentence est ensuite exécutée.
  • Le maître et l’esclave changent de rôle ce jour-là également par tirage au sort.

L’épiphanie est la seule fête chrétienne jusqu’au 4e siècle. Elle représente la manifestation du Christ dans le monde. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’elle deviendra le Jour des rois commémorant la manifestation de Jésus enfant aux Rois mages venus l'adorer.

La tradition de « tirer les rois » vient des Saturnales romaines, associée au fait de glisser une fève, légumineuse symbolisant la prospérité, dans une pâtisserie. Pouvant être simple gâteau autour de la Méditerranée ou galette ailleurs en France, la tradition veut que le plus jeune convive se cache sous la table pour choisir à qui attribuer chaque morceau. Il est aussi de coutume en France depuis le 14e siècle de couper une part de plus que le nombre de convives pour le premier pauvre qui se présentera au logis.

La fève est remplacée à partir de 1875 par une figurine ou un santon dans le Sud-Est. Aujourdhui encore, seule la galette de l’Elysée n’en contient pas, afin de ne pas couronner le président de la République !


Le prénom Tiphaine est fêté le 6 janvier puisque son origine est Théophanie : manifestation de Dieu.


Un tableau inscrit au titre des Monuments historiques

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Panneau peint "L'Adoration des Mages" - 17e siècle - huile sur bois.

Le panneau en bois peint « l’Adoration des Mages » que le Département conserve dans ses collections est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 29 juin 2007.

Cette huile sur bois du 17e siècle pourrait avoir été réalisée dans l’atelier de Frans Francken II. En effet, d’après Louis Réau, selon les artistes et les modes, « la forme des récipients [des présents offerts par les mages] a beaucoup variée… de sorte que l’offrande des mages devient une exposition de vaisselle curieuse ». De fait, la forme de ces « coffrets » facilite la datation et l’attribution des œuvres.

Sur le panneau peint, on remarquera particulièrement le nautile monté en hanap qu’apporte le troisième mage, celui qui se tient debout, et qui rappelle l’orfèvrerie en vogue à la fin du 16e et au début du 17e siècle. Cet objet se retrouve sur les diverses œuvres similaires attribuées au même peintre. L’attribution à ce peintre est également renforcée par la présence du trèfle gravé en creux des tabletiers flamands, sur l’arrière du panneau.

Cette très belle œuvre, restée dans les réserves départementales depuis plusieurs années, vient d’être restaurée par l’atelier de Béatrice Damour à Lyon, et a reçu un nouvel encadrement réalisé par Philippe Boulet. Elle intègrera début 2019 le parcours d’exposition permanente du Musée du Monastère royal de Brou, grâce à une convention signée entre le Département et la Ville de Bourg-en-Bresse.



Article rédigé en partie avec les écrits de Paul Cattin et Catherine Penez.

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Les mots à comprendre

Texte apocryphe : écrit dont l'authenticité n'est pas établie.

Zoroastrisme : religion monothéiste de l’Iran ancien. Les zoroastriens, aussi appelés guèbres, respectent le feu comme symbole divin.

Épiphanie : du grec Epipháneia qui signifie « manifestation », « apparition », son adjectif épi  (sur) et phainein (briller).

Frans Francken II : peintre flamand né en 1581. Il fut actif à Anvers de 1616 à 1642, date de sa mort. Il a produit un nombre considérable d’œuvres, généralement de petites dimensions. Son style se place à la transition entre les « anciens »  comme Bernard van Orley et les « modernes » tel Rubens. Ses  couleurs sont vives et chatoyantes.

Louis Réau : historien de l’art né à Poitiers en 1881 et mort à Paris en 1961. Il a rédigé la monumentale Iconographie de l’art chrétien en six volumes, dans lesquels il étudie successivement les modèles iconographiques de la Bible et des Saints. Son sujet englobe la totalité de l’Europe, y compris la chrétienté orthodoxe jusqu’à la Russie.

Nautile monté en hanap : Le nautile est une coquille naturelle, de grande dimension, dépassant parfois 20 centimètres, et avec de belles irisations de nacre. Le 16e siècle a produit de nombreuses pièces d'orfèvrerie dont la partie principale était une grande coquille de nautile. Les montures sont le plus souvent à personnages ciselés, empruntés au monde des dieux de la mer. Hanap : grand vase en métal monté sur un pied et muni d’un couvercle, dont on se servait autrefois pour boire.

à lire sur le sujet

 

Ain Sacré, Trésors peints sur bois, catalogue d'exposition, Palais épiscopal de Belley, Conservation des antiquités et objets d’art de l’Ain, 1999.

 

Trésors de l'Ain, Objets d'art du Moyen Âge au 20e siècle, Conservation des antiquités et objets d’art de l’Ain, Monastère royal de Brou, Conservation régionale des monuments historiques Rhône-Alpes et Service diocésain de l’art sacré, 2011. 

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