Pinsard, bâtisseur d'églises dans l'Ain

A l’architecture des églises de l’après seconde guerre mondiale dans l’Ain, Pierre Pinsard apporte des idées novatrices qui mettent fin définitivement aux traditions architecturales issues du 19e siècle et aux « ornementations de mauvais goût » selon les dires du pape Pie XII en 1947. Les quatre églises qu’il a construites dans le département ont reçu le label « Patrimoine du 20e siècle ».

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Eglise Saint-Pierre-Chanel, le jeu de lumière des fenêtres en bandes

Première expérience à Ségny

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Chapelle Notre-Dame de la route Blanche à Segny. Architecte Pierre Pinsard

Après avoir étudié à l’école des arts décoratifs à Paris avec de grands artistes comme Raoul Dufy, puis comme illustrateur pour Blaise Cendrars, Pierre Pinsard (1906-1988) réalise son apprentissage pratique dans le cabinet de l’architecte André Lurçat et se rattache au groupe des architectes « modernes ». Agréé comme architecte-reconstructeur en septembre 1948, il poursuit une carrière centrée sur l’architecture religieuse. Hugues Vollmar, architecte d’origine suisse, est son principal collaborateur de 1960 à 1982.

La première construction entièrement neuve qu’il réalise dans l’Ain est la chapelle Notre-Dame de la route Blanche à Ségny dans le Pays de Gex entre 1949 et 1952. Ni sa conception, ni sa technique de construction ne sont alors révolutionnaires ; seul le clocher hors œuvre flanqué d’une grande croix latérale distingue cette église de ses voisines. Cependant pour la première fois, un programme d’une grande sobriété est voulu dès le départ prenant en compte non seulement le plan, les formes, mais aussi le vitrail et la sculpture comme un ensemble homogène.


Saint-Pierre-Chanel à Bourg-en-Bresse, héritage de Le Corbusier

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Eglise Saint-Pierre-Chanel, intérieur

L’église s’inscrit dans un programme d’équipement de nouveaux quartiers lié à un afflux de population travaillant dans les nouvelles usines qui s’implantent à Bourg-en-Bresse au début des années 1960. La municipalité lance la construction de nouveaux immeubles à loyer modéré entre 1959 et 1962 dans le quartier de la Reyssouze, au nord de la ville. Dès 1959, le père Guerry, curé de la paroisse, recherche un terrain pour la construction d’une nouvelle église. Le projet fait partie du programme de construction « Dix églises en dix ans » établi par monseigneur René Fourrey, évêque de Belley depuis 1955. Avant même que Notre-Dame-de-la-Miséricorde à Ars soit achevée, Pierre Pinsard reçoit la commande de l’église Saint-Pierre-Chanel à Bourg-en-Bresse. Le complexe paroissial est mis en chantier en 1961 et l’église en 1966.

L’ensemble associant plusieurs bureaux, salles de catéchisme et logements, est pensé par l’architecte comme « la maison du peuple chrétien ». L’église répond aussi aux directives du concile Vatican II (1962-1965) qui encourage les tendances vers le dépouillement et demande des modifications de l’aménagement du chœur des églises permettant la célébration face à l’assemblée des fidèles.

Construite en béton armé, elle adopte un style sobre et austère hérité de celui de Le Corbusier et apparaît comme la synthèse de l’art de Pinsard. Sur le parvis extérieur, trois murs isolés surmontés de clochers à claire-voie agencés dans une harmonieuse géométrie précèdent la longue rampe d’accès à la nef rachetant la déclivité du sol. Les cloches coulées à la fonderie Paccard de Sévrier (Haute-Savoie) ne seront été installées qu’en 1998.

A l’intérieur une vaste salle très sobre est éclairée par des fenêtres en bandes verticales et carrées percées sur toute la longueur du mur latéral ; l’autel reçoit un éclairage zénithal par un puits de lumière. Pinsard s’inspire de Notre-Dame du Raincy bâtie par les frères Perret pour les piliers très effilés et le renfoncement de l’abside. Au Corbusier, il emprunte la pureté des lignes et la brutalité des matériaux, le jeu de lumière formant la seule décoration. Le plafond est constitué d’une dalle en béton armé dont la sous-face est ornée de douze mille briques creuses pour améliorer l’acoustique. L’aménagement du chœur est également conçu par Pinsard dans un jeu de lignes très pures ; autel, sièges des célébrants, fonts baptismaux, tout le mobilier liturgique de forme géométrique simple est réalisé en béton brut et fait corps avec le sol. Une des chapelles latérales est dédiée au saint Sacrement, l’autre aux funérailles.


Un architecte productif dans l’Ain

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Ars-sur-Formans, église Notre-Dame de la Miséricorde

Dans la même veine, Pierre Pinsard a également construit la chapelle souterraine Notre-Dame de la Miséricorde de la basilique d’Ars-sur-Formans. Cet admirateur de Le Corbusier et de l’école du Bauhaus achève de construire avec Pierre Vago la basilique souterraine de Lourdes lorsqu’on lui commande en 1960 celle d’Ars qu’il réalise toujours en collaboration avec Hugues Vollmar. Pinsard rompt totalement avec le parti retenu lors de ses débuts à l’église de Ségny et propose une vaste construction qui devient le modèle de référence des édifices religieux de la seconde moitié du 20e siècle. Basé sur les principes d’économie et de fonctionnalité, il utilise le béton brut pour présenter des formes épurées. Le mur sud est percé de sept alvéoles abritant des confessionnaux. L’église est couverte par une simple terrasse reposant sur des poutres en béton de plus de 30 mètres de long.

En 1965, il construit encore avec l’assistance d’Hugues Vollmar, l’église Notre-Dame-de-la-Plaine bâtie au cœur des nouveaux quartiers d’Oyonnax qui peut accueillir 700 personnes. Il y décline les mêmes principes novateurs d’une construction en béton brut de décoffrage baignée d'une lumière naturelle zénithale. L'intérieur de l’église est sobre et clair. Le chœur éclairé par des puits de lumière donne à l’espace liturgique toute son intensité. L'église est inaugurée en 1971. La croix métallique au-dessus du clocher ajouré a été ajoutée en 1994.

Comme à Saint-Pierre-Chanel à Bourg-en-Bresse, le centre cultuel bâti sur deux étages se compose de salles de catéchisme, d'une grande salle polyvalente, d'une chapelle de semaine, d'une chapelle du Saint-Sacrement et de bureaux pour les prêtres au rez-de-chaussée, l'église proprement dite et le logement du presbytère étant au premier étage. Une place légèrement en creux est aménagée de part et d'autre du bâtiment ainsi qu’un jardin dans le but d'éviter le stationnement des voitures.



Les mots à comprendre

Le Corbusier (18871965) : architecte suisse, représentant du mouvement moderne auquel il apporte des idées nouvelles comme le fonctionnalisme, le purisme et le lien entre nature et architecture. Il utilise les pilotis, la fenêtre-bandeau, le plan libre, la façade libre et le toit-terrasse. Le Corbusier a construit 78 bâtiments dans 12 pays différents et a travaillé sur près de 400 projets architecturaux.

Bauhaus : l'institut des arts décoratifs et industriels fondé en 1901 à Weimar (Allemagne) prend le nom de Bauhaus en 1919 avec la direction de Walter Gropius. Par extension, le Bauhaus désigne un courant artistique qui posera les bases de la réflexion de l’architecture moderne. L’école, installée à Berlin, est fermée par les nazis en 1933.

En savoir plus sur Pierre Pinsard

A lire sur le sujet

Mille ans d’art religieux dans l’Ain – De la Renaissance à nos jours, Paul Cattin, La Taillanderie, 2005

Patrimoine sacré – 20e-21e siècle, Pascal Lemaître