Tous les beaux joujoux que je vois en rêve…

« Les yeux et les mains ne quittent pas l’objet, curiosité et exclamations suivent, l’enfant prend possession de son jouet ! Ce nom générique est attribué à des milliers de choses qui, avant de devenir des produits industrialisés, ont été des créations familiales, puis de l’artisanat, des choix manufacturés et maintenant des jouets de masse.»*

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On a toujours joué

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Fragment du plateau de jeu des Latroncules retrouvé à Izernore

Le premier jeu de société serait né il y a 5000 ans en Egypte. Déjà au Néolithique, l’homme joue pour se distraire.

« On dit que les jouets remontent à la plus haute Antiquité, mais croirait-on que les plus enfantins sont presque pareils à ceux dont se réjouissait Astyanax, fils d’Hector, dans les bras de sa nourrice ? Aujourd’hui en effet grâce aux fouilles archéologiques pratiquées en Grèce, nous en avons la preuve. Le hochet est de très ancienne origine ; dans les fouilles de Mycènes, on a trouvé un enfant à bras articulés et un modèle de chien ; à Myrmo, un cheval à roulettes ; ailleurs un sifflet et une crécelle».*

De la même manière, pour l’époque romaine on connait de nombreux jeux de société, notamment des jeux de plateau dont on a retrouvé des traces à Izernore : ce fragment de plateau en pierre gravée avec ses jetons tournés en os se rapproche du jeu des Latroncules, comparable au jeu de Dames, qui a eu durant l’Antiquité de très nombreuses variantes.

En provenance d’Inde et de Perse, les échecs sont développés au Moyen Âge. La commune de Dortan deviendra plus tard la capitale mondiale des jeux d’échecs, cette cité regroupant des tourneurs sur bois de buis, avant que le plastique ne vienne remplacer cette matière noble.

Au 18e siècle, ce sont les jeux de cartes qui émergent puis la loterie.

L’augmentation de la production et la diminution des prix, l’ouverture des grands magasins à la seconde moitié du 19e siècle démocratisent le jouet. Avec l’apparition des matières plastiques à la fin du 19e siècle (celluloïd, acétate de cellulose, puis polyéthylène et polystyrène), le monde du jouet innove et développe la fabrication de balles, hochets, poupons…

Un siècle plus tard, alors que les jeux vidéo et les nouvelles technologies sont en plein essor, le jouet reste cependant indémodable.


Le cadeau au pied du sapin

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Panneau Adoration des Mages

Les attentions de fin d’année remontent à l’Empire romain ; il était coutume de remette des « étrennes » aux personnes méritantes, à l’aube de la nouvelle année.

Les cadeaux n’apparaitront qu’au 17e siècle dans le monde chrétien, à l’intention des enfants de notables et de souverains. Initialement, dans les familles catholiques, il était dit que les cadeaux étaient apportés par Jésus. La Nativité, l’une des fêtes liturgiques célébrées depuis le Moyen Âge, fait référence aux offrandes apportées par les bergers et les Rois mages à l’enfant Jésus.

Ces coutumes chrétiennes seront largement reprises. L’échange de présents reste un principe universel de l’ordre du don. Progressivement, les habitudes de consommation pour les fêtes de Noël ont évolué. Les cadeaux alimentaires sont devenus des jouets mais les souliers au pied du sapin et la lettre au Père Noël restent de mise…
L’arrivée outre-Atlantique du Père Noël se situe tardivement au 20e siècle (nommé Santa Claus en Amérique).

« Comme toutes les légendes, celle du Parrain Génie tend à disparaître. Les bambins de sept ans et aussi les bambines, en poussant des cris de bonheur devant la cheminée où, dans la matinée du 1er janvier, ils découvrent tout à coup bonbons et jouets, sourient déjà d’un petit air sceptique, si on veut leur insinuer que toutes ces belles choses ont été apportées là par le Parrain Génie. Le plus hardi des bébés se hasardera même à dire, tout en croquant une praline ou en serrant dans ses bras son polichinelle : « le Parrain Génie, c’est papa et maman ». Ces quelques lignes, parues dans le Courrier de l’Ain de décembre 1880, confirment qu’en Bresse, le Parrain Génie (ou Parrain Genie, ou, dans le langage populaire, Parrain G’nie) a précédé le Père Noël. Noël étant avant tout une fête religieuse. Génie a fait un timide retour dans les familles laïques, après la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de décembre 1905 ».*


L'Ain garde son âme d'enfant

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Soldats de Plombs

On pouvait lire dans l’hébdomadaire burgien Le Carillon de janvier 1913 : « En tendant les bras jusqu’à Malines, sait-on que le mot jouet […] est presque d’origine bressane ? En effet, les auteurs s’accordent à reconnaître qu’on le trouve écrit pour la première fois dans notre langue en 1523, lors de l’inventaire du mobilier de Marguerite d’Autriche : « un jué rond de lymeson, le fond rouge et le lymeson vert, et, de l’autre côté, figuré avec certaines cartes et personnages ». Ce « jué rond » provenait, soit des sculpteurs du Jura, soit des tablettes du Limousin, ces deux catégories d’artistes détenant, à cette époque, le monopole de la fabrication du jouet ».*

Un siècle après le début de la révolution industrielle, l’ère du plastique est née. La Plastic Vallée prend son essor.


Poupons, baigneurs, poupées...

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Affiche des poupées Nano

« En 1860, Marie-Philippe Convert installe une usine à Oyonnax, après avoir monté un commerce prospère d’articles de bimbeloteries, vendus en Europe. En 1884, Gustave Convert prend la succession et achète en 1905 l’usine située au lieu-dit Grand Moulin et le moulin à vent devient la marque de l’entreprise. En 1911, le premier banc de soufflage de poupées et jouets est installé. […] Les fils de Gustave, Victor et Louis, développent l’entreprise par ce secteur, avec de meilleures machines, des prix de vente réduits, le rachat des moules Anel.
La fabrication des poupées prend de l’ampleur après-guerre et elle est complétée par la création de la société Jocello, en octobre 1946 à Pont-d’Ain. […] En 1954, l’ingénieux Louis Convert met au point une machine pour la fabrication des poupées en polyéthylène, bon marché. […] Elle dépose également des brevets : dispositifs d’attaches des membres, procédés de montage de têtes aux yeux riboulants, etc.
Parmi les nombreux modèles de poupées et bébés, Nani, Nanoum, Nanouma, Bob et Babette…, le plus célèbre est Nano, bambin de dix-huit mois joufflu, cheveux moulés bouclés bruns, jambes droites et parfois mains mobiles ».*

« En 1947, les associés Emile Maréchal et Roger Grassard ont, eux aussi, à Oyonnax, une usine de soufflage de celluloïd, où est fabriqué un modèle de baigneur à jambes raides. L’usine fournit aussi des poupées et des jouets premier âge en celluloïd. Après leur séparation en 1950, les Jouets Maréchal poursuivent l’activité, tout en cédant une partie de leurs moules au Comptoir des Plastiques à Virieu-le-Grand (1957).
Les établissements Maréchal produisent des poupées et jouets en polyéthylène, et en 1968 en PVC. Leur activité cesse à la fin des années 1980 ».*


Sans oublier les nounours

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Ourson de la FADAP, 1935

La Fabrique Artistique d’Animaux en Peluche (FADAP) de Divonne démarre en 1924. Avec une centaine d’employés et des exportations à l’étranger, les oursons divonnais vont porter loin leur notoriété. Avec un style particulier, créés par des modélistes  réputés, les nounours sont tout d’abord rembourrés de paille de bois. Le kapok, fibre naturelle, puis des découpes de mousse plastique la remplaceront par la suite. Les gros animaux étaient dotés d’un système à bascule et de roulettes escamotables, spécialité de la fabrique.

Mais les changements de mode des années 1970 relaient les peluches au second plan. La FADAP dépose son bilan en 1978. Elle aura été la seule entreprise industrielle de Divonne.


Les jouets en bois

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Yo-yo

« En 1952 les établissement C. Rollet d’Aromas installent un atelier de bois au 55 de la rue de Montholon à Bourg-en-Bresse. Tournerie et tabletterie, l’entreprise fabrique essentiellement des jouets en bois : dominos, yo-yo, cerceaux, crécelles, poignées de cordes à sauter, meubles de poupées, jeux de dames, petit chevaux, loto…  En débitant de 5 à 10 m3 de bois chaque semaine, elle emploie jusqu’à 52 ouvriers. La commercialisation se fait par les bazars. Victime de la concurrence du plastique, la production cesse en 1960 ».*


Aujourd'hui, faire sa liste de Noël dans l'Ain

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Cheval à bascule Adada

« Indémodable, toujours prisé par les enfants, le cheval à bascule a traversé toutes les époques… Fermob, entreprise implantée à Saint-Didier-sur-Chalaronne, près de Thoissey, créateur-fabricant français de mobilier de jardin et d’accessoires d’extérieur colorés, a revisité le concept en ajoutant à son catalogue en 2016, cet étonnant cheval à bascule, sobre et élégant, appelé Adada ». *

À l’instar de Fermob, plusieurs entreprises fabriquent toujours des jouets dans l’Ain : le groupe Berchet et Falquier et Compagnie à Oyonnax, Majorette Solido à Dagneux, Ecoiffier à Veyziat, Vauchier-Playbox à Dortan, Eligor à Izernore ou encore G&H Educativ games et toys à Ceyzériat…



* D'après les Chroniques de Bresse n°10 Jouets et grands magasins, de l'association Chroniques de Bresse, 2017.

À lire sur le sujet


Chroniques de Bresse n°10 jouets et grands magasins,
Association Chroniques de Bresse, 2017

Quand je serai grand, je serai...., Direction de la Conservation départementale des Musées des Pays de l'Ain ; Association des Amis des Arts et Traditions Populaires de l'Ain, 1997. Édition à découvrir

Le Moutard n°16, histoires de bois ; Édition du Moutard, 1997. Ouvrage en consultation au Centre de documentation - Service Patrimoine culturel :