Un musée dans une ancienne prison

Prison au 19e siècle, musée au 20e siècle, ce bâtiment peu commun vit aujourd'hui un nouvel épisode de son histoire. Abritant l'une des plus belles collections de France sur le thème de la Seconde Guerre mondiale, il connaît actuellement une importante rénovation pour entrer pleinement dans le 21e siècle.

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La prison de Nantua

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Plan de la prison de Nantua en 1876

Vers 1834, les autorités envisagent de reconstruire la prison et le tribunal sur l’emplacement de l’ancienne église paroissiale et de l’ancien cimetière. Le 4 juillet 1840, les travaux débutent. Le chantier est attribué à Stanislas Millet et Georges Sourd. Très vite, de nombreuses anomalies dans les travaux sont signalées. En février 1848, les travaux sont achevés, néanmoins les déboires se poursuivent : chauffage défectueux, humidité excessive, toiture inadaptée aux intempéries, mauvaise évacuation des eaux usées... Mais, pour des raisons financières, les travaux sont plusieurs fois ajournés. En 1861, les autorités compétentes s’accordent finalement sur la solution d’assainissement de l’édifice existant. En raison de l’excès d’humidité, il est décidé qu’aucun détenu ni membre du personnel ne sera logé au rez-de-chaussée. Les premiers détenus arrivent en 1864.

La prison de Nantua remplit alors une double fonction :

- Maison de correction pour les condamnés dont la peine n’excède pas 1 an (supprimée en 1934)
- Maison d’arrêt pour les prévenus en attente de jugement mais aussi pour des prisonniers de passage, civils ou militaires

Prévenus et détenus sont néanmoins séparés dans le bâtiment.

Conçue pour un maximum de  27 détenus, elle n’a jamais atteint ce chiffre (seulement 8 détenus en 1876) en raison de dysfonctionnements récurrents : risque important d’évasion, non-conformité à la loi obligeant à l’emprisonnement individuel, problèmes sanitaires…

Au 20e siècle, la prison accueille des « pensionnaires » divers et variés. Ainsi en 1936, des gardes mobiles venus réprimés les grèves y sont logés. En 1937 et 1939, des réfugiés républicains espagnols y sont accueillis, sans être incarcérés (seulement « contrôlés »). Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle retrouve sa fonction initiale. Les prisonniers sont des droits communs. A partir de 1943, on y trouve également quelques résistants qui  ne font que transiter avant d'être envoyés à Lyon. A la Libération, des collaborateurs les remplacent.

En 1953, la prison ferme définitivement ses portes.


De la prison au musée

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Utilisé par les associations sportives depuis sa fermeture, le bâtiment connaît une nouvelle vie dans les années 1980. En 1983, une association est fondée avec pour objectif de créer un musée de la résistance et de la déportation. À sa tête, Pierre Mercier, fils du docteur Mercier assassiné par les Allemands en décembre 1943. La mairie de Nantua leur attribue le bâtiment de la prison et met ainsi fin à la querelle naissante autour du lieu d’implantation de ce musée, les villes d'Oyonnax et Dortan ayant tenté de développer un projet concurrent. Les premières pièces de collections sont rassemblées et d'importants travaux sont entrepris dans la prison : il faut décaisser le sol sur plusieurs centimètres, couler une dalle, gratter les murs, les badigeonner...
Le 12 août 1985, le musée de la Résistance et de la Déportation ouvre ses portes pour la première fois au public. Une équipe de bénévoles assure l’accueil des visiteurs. L’inauguration officielle a lieu le 18 octobre 1986 en présence de membres du gouvernement de l’époque. Associatif, le musée évolue rapidement vers un statut municipal et obtient également le soutien du Conseil général. En 1990, un agent municipal est embauché pour tenir l’accueil. Progressivement le musée se professionnalise.

En 2004, il devient départemental. Aujourd’hui l’équipe se compose de cinq personnes et accueille plus de 10 000 visiteurs par an, dont une bonne moitié de scolaires. La collection rassemble plus de 15 000 objets et documents liés à la Seconde Guerre mondiale dont certains très rares ou à la valeur historique essentielle. Des expositions, des conférences et diverses animations en font un lieu très actif dans le paysage culturel du département. Le travail scientifique mené par les équipes a permis d’obtenir la reconnaissance des instances culturelles. Le musée de la Résistance et de la Déportation de l'Ain est désormais un lieu incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en France. 

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Une collection exceptionnelle

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Alors qu’à sa création, l’association des Amis du musée ne possédait aucun document ni objet, les collections actuelles comptent plus de 15 000 pièces. Leur richesse et leur diversité illustrent de nombreux aspects de la Seconde Guerre mondiale : vie quotidienne sous l’Occupation, régime de Vichy, organisation de la Résistance, vie et actions des maquis de l’Ain, aide des alliés, déportation...

La plupart de ces pièces proviennent de dons d'habitants de l'Ain. Certaines ont été acquises lors de ventes aux enchères. Le musée dispose notamment d’une exceptionnelle collection d’affiches de propagande de la période 1939-1945. Les collections militaires rassemblent aussi bien des armes françaises, anglaises, américaines ou allemandes que des uniformes. Le domaine de la vie quotidienne est quand à lui largement représenté dans la collection au travers de tickets de rationnement, d’objets liés aux ersatz (produits de substitution), documents administratifs utilisés sous l’Occupation (autorisations de circuler, Ausweis...).

Le musée dispose aussi d’un important fonds photographique. Ces clichés d’époque illustrent notamment la vie au maquis et montrent le portait de nombreux résistants locaux.

Enfin, un fonds d’archives conséquent est conservé au musée. Il  s’agit essentiellement de rapports de gendarmerie et de documents dactylographiés ou manuscrits liés aux actions de la Résistance locale (notes, rapports, consignes...). Ce fonds est accessible aux chercheurs (sauf restriction particulière) et fait l’objet de valorisations diverses (expositions, publications...).


2015, un musée repensé

En juillet 2015, le musée a fermé ses portes pour entamer d’importants travaux de rénovation. Ceux-ci ont deux objectifs principaux :

  • Faciliter l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. L’ancienne prison n’est pas adaptée aux fauteuils roulants ou aux poussettes. Un ascenseur et une circulation aménagée (percement de portes, élargissement de passages existants...) sont crées ainsi que des toilettes utilisables par les personnes à mobilité réduite.
  • Moderniser les espaces : les pièces du bâtiment seront redistribuées et de nouveaux espaces créés. Il s’agit notamment d’un nouvel espace d’accueil construit dans la cour jouxtant le tribunal. Pour le public, cela facilitera l’identification du musée. Cet espace abritera également la boutique, l’ascenseur, les toilettes et disposera d’une banque d’accueil adaptée à tous les publics (adultes, enfants, personnes en fauteuil...). Le deuxième bâtiment créé est une salle pédagogique afin de mieux répondre aux besoins des groupes scolaires. Celle-ci prendra place dans l’une des cours arrière de la prison. Modulable, cette salle pourra également accueillir diverses animations grand public (conférences, ateliers). Les parties administratives seront également modifiées et rénovées.