A l’apogée des émaux bressans, de la seconde moitié du 19
e siècle au premier quart du 20
e siècle, un certain nombre de Maisons de bijouterie-joaillerie-orfèvrerie, concentrées au cœur de la ville de Bourg-en-Bresse, se côtoient. Sous la responsabilité d’un directeur, lui-même bijoutier et émailleur, elles abritent des équipes composées de plusieurs artisans spécialisés. Savoir-faire, outillage et secrets de fabrication, parfois jalousement conservés, sont transmis au sein d’une famille d’artisans ou à leurs apprentis et ouvriers qui peuvent créer leur propre Maison. La facture des émaux de cette période se caractérise par l’abondance de paillons, de cabochons et de perles d’émail.
Après la Grande Guerre, la vente des émaux bressans baisse, ces derniers apparaissent comme un produit de luxe. Ils sont concurrencés par les bijoux fantaisies qui, réalisés à partir de matériaux simples et peu coûteux, offrent des prix très abordables, et plaisent pour leur qualité et leur diversité esthétique. Malgré tout, les Maisons Debost, Jacquemin puis Jeanvoine maintiennent leur production, s’évertuent à conserver le savoir-faire, cherchent à s’adapter continuellement aux désirs d’une clientèle à reconquérir. Les émailleurs sont à la fois ouvriers, directeurs, commerçants et communicants. La facture de leurs émaux est simplifiée, elle permet d’apprécier la transparence de l’émail et l’affirmation des paillons.
Pour un certain nombre d'entre elles, les maisons d'émailleurs sont identifiées par un poinçon, tel le poinçon de la maison Bonnet :

Maison Debost
Maurice Debost, émailleur au sein de la Maison Félix Terrier, s’installe à son compte en 1922. D’abord située rue César, l’entreprise déménage vers la rue Charles Robin. Le fils Pierre Debost rejoint son père en 1942, devenant même son associé en 1951. Maurice Debost prend sa retraite en 1964 et laisse Pierre gérer seul l’activité et assurer l’ensemble des étapes de fabrication. Il réalise des pièces d’exception à l’image de la broche et du collier qui lui valent le prix de meilleur ouvrier de France en 1985. Il s’associe également à un bijoutier-joaillier italien nommé Papi Percossi avec qui il réalise un pendentif et des pendants d’oreille. Il poursuit l’activité jusqu’en 1992 et cède la place à son neveu François Merle.
Maison Merle
François Merle, formé par son oncle Pierre Debost au sein de sa Maison familiale au 17, rue Charles Robin, reprend l’affaire avec sa femme Madeleine en 1992. L’activité n’a a priori duré qu’une courte période car l’entreprise a fermé en 1996 sans successeur. Leur production se démarque par des décors épurés et des formes plus arrondies à l’image du pendentif en forme de boule.
Maison Bonnet
Les informations au sujet de la Maison Bonnet sont laconiques. Elles reposent à ce jour sur quelques encarts publicitaires de journaux locaux et sur une étude généalogique des émailleurs bressans menée en 2014 et 2015 par le doctorant en histoire contemporaine Victorien Pliez. À la lecture de ces encarts publicitaires, il apparaît que la Maison aurait vu le jour en tant que bijouterie en 1785 et aurait provoqué un engouement pour les émaux bressans en produisant des épingles à cravates, cet accessoire du vêtement qui répondait alors aux codes de l’élégance masculine. Dans la mémoire burgienne, comme le relate le journal Visage de l’Ain en janvier 1965, « pas un visiteur de marque ne s’arrête à Bourg sans rendre visite à Bonnet ». Quant à la généalogie de la famille Bonnet retracée par Victorien Pliez, elle fait état d’un dénommé François Antonin Bonnet (1821-1902) ayant installé sa boutique au 1, rue Notre-Dame en 1860. Ses neveux Paul et Jean-Baptiste Daude, les enfants de sa demi-sœur Noémie, travailleront quelques années plus tard comme ouvriers bijoutiers au sein de la Maison d’Amédée Fornet, lequel a repris la Maison Bonnet en 1870.
Maison Decourcelles
Charles-Honoré Decourcelles, membre de l’atelier Fornet et associé de Justine Laurent, épouse d’Amédée Fornet, reprend l’activité suite au décès de ce dernier en 1897. Deux autres générations de Decourcelles perpétuent cette dynastie d’émailleurs : Emile (1901-1957), fils unique de Charles-Honoré, qui reste à la tête de l’entreprise jusqu’à sa mort. Et Jean (1925-1980), fils d’Emile qui lui succède et reste à la tête de l’activité jusqu’en 1974, moment où Robert Jacquemin, émailleur de la Maison, lui succède. Cette longue période d’activité de la Maison Decourcelles est marquée par la confiance accordée par la Reine Mère de Savoie qui lui confère le rôle de fournisseur officiel de la Maison d’Italie.
Maison Jacquemin
Robert Jacquemin, émailleur au sein de la Maison Decourcelles depuis 1951, reprend l’activité alors gérée par Jean Decourcelles en 1974. Il travaille avec son frère cadet Henry, ainsi qu’avec les émailleuses Gisèle Convert et Françoise Brazier-Bizaud précédemment membres de l’atelier Decourcelles. La production de cette Maison se démarque de celle de ses prédécesseurs par une composition plus épurée et l’emploi de couleurs opaques, comme le noir ou le rose, jusque-là peu répandues. C’est au sein de cet atelier que David Jeanvoine apprend ce savoir-faire.
Maison Corsain / Corsin-Guillot
La Maison Corsin-Guillot est l’une des plus anciennes portée à notre connaissance. Auguste Corsain (1834-1877) est attesté comme émailleur à Bourg en 1865 et exerce donc à la même époque qu’Antonin Bonnet. Il s’associe à Louis Guillot au début des années 1870 et à son décès, Guillot maintient l’activité, seul, jusque dans les années 1880. Émile Corsain, fils d’Auguste, crée son atelier et sa propre boutique implantés au 12, rue Notre-Dame et participe à l’exposition
Art Bressan à Bourg-en-Bresse en 1925. Sa Maison reste en activité jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale.
Consulter le rapport :
"La généalogie de l’implantation des émaux bressans et leur diffusion-commercialisation, 19e-début 20e siècles" 
par
Victorien Pliez, doctorant en histoire contemporaine à l’université de Lyon, laboratoire Triangle
Maison Jeanvoine
David Jeanvoine, fils d’horloger et petit-fils de bijoutier prend la suite de Robert Jacquemin en 1998, alors âgé de 20 ans. Il transfère l’atelier et la boutique situés depuis la deuxième moitié du 19e siècle rue Notre-Dame vers la bijouterie-horlogerie familiale déjà en place rue Thomas Riboud. Détentrice du label Entreprise du Patrimoine Vivant depuis 2006, la bijouterie-horlogerie familiale abrite un atelier très semblable à ceux des Fornet, Decourcelles ou Jacquemin. Utilisant certains des poinçons de ses prédécesseurs, la Maison Jeanvoine innove par la production d’objets nouveaux comme les bouchons à champagne ou à vin ou des montres modernes et s’appuie sur une palette de couleurs translucides et opaques qui continue de s’accroître. Entouré d’émailleuses qu’il a lui-même formées, David Jeanvoine représente l’unique Maison d’émailleur bressan en activité.
Voir : http://www.emaux-bressans.fr/
Maison Fornet
L’émailleur burgien Amédée Fornet (1842-1897), fabricant d’émaux bressans le plus renommé, reprend, en 1870, l’atelier des mains d’Antonin Bonnet et contribue immédiatement à populariser ce savoir-faire. Excellent commercial, il profite de l’essor des expositions universelles et de l’important flux de visiteurs qu’elles drainent pour attirer l’œil de clients du monde entier sur les créations de son atelier. Il suscite l’admiration des professionnels et connaisseurs du métier qui le récompensent à de multiples reprises lors de ces évènements. Son travail ne laisse pas non plus indifférentes des personnalités telles que Gabriel Vicaire, poète burgien, auteur du poème Émaux bressans ou le Shah d’Iran qui compte parmi ses clients réputés. D’années en années, il fait fructifier sa production s’appuyant pour cela sur des émailleurs de qualité comme Paul Daude, membre émérite de son atelier. Sa période d’exercice coïncide avec l’apogée des émaux bressans. Il a pour beau-frère Charles-Honoré Decourcelles, marié à la sœur de son épouse, membre de son atelier et futur repreneur de l’activité.
Maison Garnier / Maison Mazuir-Garnier
Pierre Garnier, parent des Bonnet par le biais de sa tante Louise Garnier, reprend l’ancienne Maison Corsin-Guillot au 9, rue Neuve qu’il renomme « À l’étoile d’or ». Selon un encart publicitaire de 1891, il ouvre une seconde boutique au 1, place de l’Étoile. D’après l’étude généalogique de Victorien Pliez, ces deux boutiques semblent avoir fusionné et pris place au 3, avenue Alsace-Lorraine à la toute fin du 19
e siècle. Il exerce seul jusqu’en 1924 et s’associe vraisemblablement à un autre artisan du nom de Mazuir pour former la Maison Mazuir-Garnier à la même adresse. Cette dernière reste en activité jusqu’en 1930.
Ces informations sont issues de recherches historiques. En effet, aucun objet susceptible d’enrichir la collection muséale n’a été collecté.
Maison Paul Sigaux puis Veuve Sigaux
En 1913, l’émailleur Paul Sigaux possède une boutique au 22, avenue Alphonse Baudin. Il exerce jusqu’à son décès en 1925 et l’activité est maintenue par sa femme jusque dans les années 1930.
Ces informations sont issues de recherches historiques. En effet, aucun objet susceptible d’enrichir la collection muséale n’a été collecté.
Maison Félix Terrier / Maison Grandy
En 1925, la Maison A.Grandy, ancienne Maison Félix Terrier, située au 2, place de l’Hôtel de ville, participe à l’exposition
Art bressan. Un encart publicitaire publié dans le catalogue de l’exposition mentionne une médaille d’argent obtenue à l’exposition internationale de Lyon en 1914.
Ces informations sont issues de recherches historiques. En effet, aucun objet susceptible d’enrichir la collection muséale n’a été collecté.