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Fiche édifice : 113
Commune : Neuville-les-Dames (Ain, France)
Rédacteur de la notice : vigier thierry
Type : Prieuré
Fonction : Il ne reste de cet ancien prieuré que des maisons canoniales devenues des habitations privées.
Datation : Milieu du Moyen Age
Description : Une vingtaine de maisons entourent la place publique.
Historique : Grâce aux archives, on peut affirmer que le prieuré de bénédictines régulières date du 12e siècle. Ces femmes sont issues de familles nobles de la région. Il dépend de l'abbaye de Saint-Oyen de Joux (Saint-Claude dans le Jura). L'administration est bicéphale : un prieur nommé par Saint-Claude administre le temporel (les biens) et est seigneur haut justicier du village. Il accorde le placet, c'est-à-dire l’autorisation d’entrer au couvent, et distribue les prébendes en nature (revenus). Une prieure (supérieure du couvent), élue par ses pairs, gère le spirituel (office et vie à l’intérieur du couvent). Un ensemble de bâtiments constitue le prieuré : dortoir, réfectoire, salle capitulaire et cloitre, articulés autour d'une place nommée place du Chapitre, fermée par deux grilles. Une église romane paroissiale complète ce lieu dans laquelle se trouve la chapelle Sainte-Catherine, patronne des chanoinesses. Par la suite, les religieuses construisent successivement plusieurs églises accolées à l’église paroissiale. Vers 1650, une chapelle est construite mais sa vétusté nécessite son remplacement en 1757. Cette dernière ne résiste pas au temps et devient dangereuse, les moniales réintègrent l’église paroissiale. Finalement, en 1782, une nouvelle église Sainte-Catherine de style classique voit le jour, financée en partie par la loterie royale, sous Louis XVI. Des allées en brique relient chaque maison à l'entrée de l'église. Des bâtiments pour la vie en communauté sont complétés au fil du temps par des maisons particulières, érigées à partir du 14e siècle par ces chanoinesses, au détriment des bâtiments collectifs existants. Cela a pour conséquence la disparition du réfectoire, du dortoir, de la salle capitulaire ainsi que du cloître. Ces demeures s’appellent maisons canoniales (fiches 141,118, 128). Une salle capitulaire, lieu où se tiennent les chapitres (les réunions), est reconstruite en 1755. (Voir la fiche 141). En 1302, trente moniales sont répertoriées, le nombre maximum étant fixé à trente-trois. En 1700, trente chanoinesses vivent dans dix-sept maisons individuelles. Pour entrer au chapitre, il faut demander le placet (parfois à l’âge de sept ans) et présenter les preuves de ses origines nobles. Les familles apprécient ces couvents car cela permet à leurs filles de recevoir une bonne éducation, mais en échange il faut amener une dote. Les « tantes » accueillent les jeunes filles, puis à l’âge requis, elles réalisent le postulat avant le noviciat, puis la profession avec prononciation des vœux de la règle de saint Benoît (chasteté, pauvreté et clôture). Au décès de la tante, la nièce, si elle est professe, récupère la maison. A l’aube du 16e siècle, dix-neuf prébendes (revenus en froment, seigle, vin) sont distribuées aux plus anciennes chanoinesses. La doyenne ou prieure en obtient deux. La prieure est élue à vie et s’entoure des quatre chanoinesses les plus âgées. Elle nomme la chantre (assurant les chants dans les offices liturgiques), la secrette ou sacristaine (prenant soin des ornements sacrés), l’infirmière, la portière et le marguillier (sonneur de cloches et fossoyeur). Jusqu’en 1710, le prieur nomme la cellière (responsable de la nourriture). Ces dignitaires touchent une prébende et demie. La prieure préside les nombreux offices, organise la tenue régulière des chapitres et s’assure de la bonne conduite des religieuses. En effet, ces dames ne respectent plus la règle de saint Benoît quant à la clôture, aux sorties et aux présences des offices. Le prieur condamnant leur attitude, elles écrivent un coutumier leur permettant d'exprimer leur souhait sur leur façon de vivre. Ce manifeste s’est perdu et n’a jamais été validé par l’abbaye de Saint-Claude. Mais les chanoinesses se sont appropriées leurs propres usages en allégeant la règle de saint Benoît. En 1710, il n’existe plus de prieur masculin. Les chanoinesses deviennent « seigneur » de Neuville. Elles récupèrent les dîmes, la haute justice, et la gestion de tous les biens mobiliers et immobiliers. La prieure gère alors les prébendes et les méparts (revenus en argent à distribuer à certaines chanoinesses). L’argent provient des familles qui paient « un droit d’entrée », des biens que le chapitre possède et des fondations (legs qui engendrent la tenue de messes en l’honneur des défunts). Suite à de longues discussions, le prieuré est sécularisé en 1755 et les religieuses sont nommées comtesses-chanoinesses par Louis XV. Il les autorise à porter une croix. Seule la prieure est contrainte de respecter le vœu de chasteté. Les familles nobles de la région, voire plus, réservent dès la naissance des places pour l'éducation de leurs filles : famille de Saxe, de Choiseul, de Beaurepaire, de Brosses, Sophie de Grouchy, future Madame de Condorcet... Les biens du chapitre évoluent grâce à cet engouement. En 1755 et jusqu’en 1791, vingt chanoinesses touchent une prébende. En 1791, soixante-deux femmes vivent au chapitre dont trois dignitaires, dix-huit prébendées, douze semi-prébendées, douze en expectative de toucher une prébende et dix-sept demoiselles brevetées. Pendant cette période faste, le chapitre s'est agrandi jusqu'à compter vingt-cinq maisons canoniales, dont certaines sont remarquables et font la richesse actuelle du lieu. En 1793, lors de la Révolution, l’église Sainte-Catherine est détruite, annonçant la fin du chapitre. Les maisons canoniales deviennent biens nationaux et sont vendues aux enchères si les propriétaires ont émigré. A cette époque, l'église paroissiale romane Saint-Maurice perd son clocher, reconstruit en 1817. En 1889, trop vétuste, trop petite, elle est détruite et remplacée par une église néo romane (fiche 116).
Geolocalisation WGS84 : 46.162539854878915 - 5.002627789748431
Protection : Aucune
Documentation : Sandrine Lamende, Les chanoinesses de Neuville-les-Dames de 1755 à 1790, 1997, Archives départementales de l'Ain, BIB TU 351; Lucien Charrin, Neuville-les-Dames, des origines à nos jours., Regain, 1993, Archives départementales de l'Ain, BIB TU 281