Introduction - Un savoir-faire entre tradition et modernité


La fabrication des émaux bressans repose sur un équilibre fragile entre tradition et modernité. Typicité de l’objet et excellence du savoir-faire se perpétuent grâce à la transmission de concepts, de modèles sur papier, de l’outillage, d’objets réalisés par les prédécesseurs, des étapes de production qui se succèdent inévitablement, de la maîtrise du geste et des secrets de fabrication. Néanmoins, cette ultra-spécificité et ce continuum historique imposent leurs propres limites. La codification du décor caractérisant les émaux bressans rend complexe l’identification du style propre à un émailleur. La moindre rupture peut entraîner une perte de connaissance comme c’est le cas pour la création d’une sphère en une seule pièce.

Les émailleurs-bijoutiers sont confrontés au perpétuel questionnement du renouvellement des émaux bressans pour satisfaire les goûts de la clientèle, soutenir les ventes et sauvegarder ce savoir-faire.

Le renouvellement des formes des émaux étant limité par le coût élevé d’un poinçon (300 euros), l’actualisation passe par l’abandon de techniques telles que le filigrane, décor de fils en or, argent ou vermeil, la création de nouvelles montures de bijoux et de nouveaux objets tels que des bouchons de bouteilles de champagne et des pin’s. Quant à la matière, elle offre la possibilité d’élargir la palette de couleurs. De nouveaux coloris, blancs, verts, jaunes et corail, principalement opaques, apparaissent aux côtés des rouges, bleus de Bresse et verts foncés translucides depuis très longtemps appréciés. Susciter la vocation du métier d’émailleur de Bresse chez les apprentis bijoutiers reste une question cruciale.