Le Mont Châtel, haut-lieu de l'archéologie mérovingienne
En plein cœur du Revermont, la récente découverte sur le Mont Châtel des vestiges de deux églises des VIe et VIIe siècles fait de ce lieu un site majeur d’implantation du pouvoir chrétien de la période mérovingienne. Un programme de fouilles archéologiques a débuté sur ce site en 2015 sous le contrôle du Service régional de l’Archéologie (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes) et sous la direction de David Billoin, spécialiste des habitats perchés de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge dans le massif du Jura.
Un établissement de hauteur
Plan général du Mont Châtel, état 2019. En rouge les sépultures, en bleu les sarcophages.
© Dao : D. Billoin, V. Bourson
L’occupation se développe sur la partie sommitale de la colline sur 1,2 hectares, selon une orientation nord-sud, et s’étage sur deux terrasses. La plus haute (607 mètres d’altitude), d’une longueur de 160 mètres et large de 15 à 20 mètres, offre un espace relativement régulier sur lequel des édifices prennent place.
Elle est ceinturée d’une seconde terrasse étroite correspondant à un espace de circulation bordé par un système défensif d’ampleur, constitué d’un long rempart maçonné monumental de 2,5 mètres d’épaisseur sur le flanc occidental, renforçant les défenses naturelles marquées par les fortes pentes et les petites falaises au nord.
Des petites plateformes et des anomalies du microrelief signalent de multiples constructions et des aménagements, tels qu’une citerne et une petite carrière.
La présence de deux églises relativement bien conservées et d’un mausolée est exceptionnelle à cette époque et témoigne de l’ancrage d’un pouvoir fort, lié à la christianisation des campagnes.
Une église funéraire
L'église funéraire découverte en 2015
© D. Billoin
Cet important édifice en pierre et à toiture de tuiles occupe la totalité de la largeur de la terrasse supérieure, selon une orientation est-ouest. Il affiche une nef quadrangulaire prolongée d’un chevet plat de 11 mètres sur 16 mètres, puis deux pièces annexes implantées de part et d’autre du chœur l’agrandissent selon un plan classique en tau.
La fonction funéraire des lieux est attestée par de nombreuses sépultures à l’intérieur du bâtiment, avec des dispositifs originaux. Ainsi deux sépultures en coffres naviformes sont construites en même temps que le chœur de l’église, et des sarcophages en grès sont incrustés dans l’épaisseur des murs.
L’un des sarcophages est pourvu d’un motif gravé sur son panneau de tête, représentant un chrisme encadré de deux croix latines. Les différents types de tombes observés sont caractéristiques du domaine romano-burgonde, en usage du VIe au VIIIe siècles.
Une seconde église
Vue générale des édifices cultuels découverts en 2016
© D. Billoin
Une autre église occupe l’extrémité nord de la terrasse sommitale, à une soixantaine de mètres de la première. De plan rectangulaire à chevet plat de 16 mètres sur 12 mètres, le bâtiment est composé d’une nef centrale flanquée de portiques latéraux, une troisième constituant la façade ouest de l’édifice. La présence d’un autel est reconnue dans le chœur.
Seules de rares tombes prennent place à l’extrémité des portiques, dès lors compartimentés à la manière de chapelles funéraires. Elles semblent accueillir, par leur emplacement, des personnages privilégiés.
Un fragment de fût de colonnette en poudingue provenant de la région de Chambéry témoigne du soin apporté à la décoration intérieure de l’édifice. Ce rare élément architectural trouve des comparaisons avec des éléments conservé dans la crypte de l’église Saint-Laurent à Grenoble.
Cette église est apparemment réservée pour le culte et suggère la présence d’un prêtre pour les offices.
Un mausolée
Les deux mausolées successifs et les tombes environnantes.
© Cliché : D. Billoin, P. Haut
Une petite aire funéraire vient s’adosser à l’édifice religieux et se caractérise par des tombes couvertes à dalles monolithiques en calcaire.
Ces sépultures s’agencent autour d’une modeste construction rectangulaire construite au tout début du Ve siècle. Il s’agit d’un bâtiment mémoriel élevé en la mémoire de défunts particuliers, vraisemblablement les fondateurs de l’établissement fortifié.
Ce petit édifice est reconstruit au VIe siècle avec un léger déplacement et il reste en usage jusqu’à la fin VIIe-début du VIIIe siècle.
Plusieurs fragments d’une épitaphe en l’honneur d’un défunt sont retrouvés à proximité. Rarissime, cette plaque complète le corpus des inscriptions chrétiennes de l’Ain représenté essentiellement par les découvertes des Plantées à Briord.
Le complexe funéraire
Tombe double de l’église funéraire.
© Cliché : M. Sévère
La fouille en cours des sépultures révèle une majorité de tombes à dalles verticales et à murets de plan naviforme, le plus souvent maçonnées, à couvercle de grandes plaques de calcaires. Les plus anciennes sont composées de coffrages boisés calés par des pierres disposées de chant. Certaines présentent des aménagements particuliers, tel une encoche pour permettre d’encastrer le couvercle ou des parois lissées au mortier peint en rouge selon une pratique peu courante, reconnue dans la basilique de Saint-Maurice d’Agaune, en Suisse.
Ces types de tombes sont caractéristiques des milieux religieux dans le domaine romano-burgonde. Elles accueillent aussi bien des hommes que des femmes, ainsi que des enfants de tout âge. Les sarcophages en grès provenant du Mâconnais, considérés comme des tombes de « luxe », ne se rencontrent qu’au sein de l’église funéraire.
Des individus sont parfois associés au sein de sépultures, suggérant des regroupements de type familial. C’est le cas des tombes doubles, à deux compartiments, ou lors des cas de superposition de corps dans une même tombe.
Le mobilier funéraire est peu fréquent dans ce contexte particulier et se limite à quelques accessoires vestimentaires portés par les défunts : perles de collier, bagues et boucles de ceinture en fer.
Les habitats
Proposition de restitution d’un habitat.
© M. Sévère
Plusieurs habitats fouillés sur le flanc occidental montre des constructions originales à une ou deux pièces, parfois complétées d’annexes. Ces bâtiments en matériaux périssables, mais à couverture de tuiles, reposent sur de larges murs solins en pierre et s’adaptent à la roche sous-jacente qui est aménagée.
L’un d’eux est doté d’un imposant four domestique construit dans la roche qui pourrait avoir eu une utilisation collective. Les niveaux d’occupation vraisemblablement sur des planchers livrent un matériel divers reflétant la vie quotidienne : restes de céramique, déchets de faune, quelques objets en fer, meules à grain et artisanat de l’os et du fer.




