Les usages, les types d’objets et les propriétaires d’émaux bressans sont nombreux et divers. Les émaux bressans sont des objets qui permettent d’exprimer et de servir plusieurs valeurs : la fortune, les référentiels culturels, les modes et les pratiques du moment dans lesquelles il convient de s’inscrire, l’activité économique, commerciale et artistique de la société. En acquérant des objets, souvent achetés, commandés, offerts et portés lors d’occasions particulières, les propriétaires font valoir leur culture et leur connaissance des goûts du jour. En considérant ces valeurs, les émailleurs parviennent à se constituer une clientèle. À ce jour, la compréhension des phénomènes et des processus anthropologiques liés aux émaux bressans est accessible à partir d’un ensemble d’objets datant essentiellement de la période de 1850 à 1914.
Le traitement technique révèle la richesse du propriétaire par la complexité des compositions d’une parure de bijoux, le travail méticuleux du filigrane des cadres des portraits peints ou photographiques, ou encore l’abondance des paillons et des perles sur un pendentif. Quant au traitement stylistique, il peut se conformer aux courants à la mode. Certaines boucles de ceinture et des broches exploitent le motif du papillon qui symbolise l’Art Nouveau, tandis que le bénitier et la croix-pendentif d’inspiration byzantine se réfèrent au néogothisme et à l’orientalisme. Par leur processus de fabrication et de création, les émaux bressans répondent à un référentiel culturel, exalté par les expositions universelles et qui résulte de l’imbrication de plusieurs notions : progrès, industrie, créativité et art. L’adéquation de ce savoir-faire avec ce référentiel a sans doute contribué au succès des émaux bressans.
De prix modeste, mais répondant à des valeurs culturelles, les émaux bressans peuvent devenir l’apanage des catégories sociales aisées vivant quotidiennement en milieu urbain. Cette appartenance est révélée par les vinaigrettes, les jumelles de théâtre, le carnet de bal, les châtelaines ou les boutons de manchette, utilisés lors de réceptions plus ou moins fastueuses tenues dans la demeure privée et familiale ou dans les lieux publics comme le théâtre ou l’opéra où il convenait de se montrer, d’afficher sa culture, sa fortune, sa coquetterie pour les femmes, son élégance pour les hommes. Dans ces lieux de représentations, les artistes telles qu’Anna Pavlova, la bourgeoisie locale et les élites princières deviennent des facteurs du rayonnement des émaux qui accèdent parfois au statut de cadeaux officiels.
Concurremment, la relative modestie du prix des émaux permet à des familles paysannes plus ou moins aisées d’acquérir des objets et des bijoux, certainement substitut aux pierres précieuses, en conséquence de leur richesse. Dans ce cas, l’objet devient présent d’exception et son usage semble étroitement lié à l’ancrage et à la préservation de rites de passage eux-mêmes inhérents à des croyances religieuses et à des actes civils. Une croix-pendentif est donnée lors d’une communion, le prétendant présente un collier d’esclavage à sa future fiancée, mères et filles se transmettent leurs biens. Ces rites donnent lieu à des fêtes qui constituent l’occasion de se parer de ses émaux. L’image de la paysanne portant des émaux bressans apparaissant sur les cartes postales, dans le poème de Gabriel Vicaire, et sur des souvenirs touristiques laissent croire que cet usage est fortement ancré. Cependant, cette image cherche à affirmer la typicité d’une région avant d’en relater les pratiques.