Émaux bressans et rites familiaux


La croix-pendentif est un marqueur identitaire et social et son traitement esthétique se décline en fonction des savoir-faire locaux. Sa forme symbolise l’appartenance à une société de culture judéo-chrétienne. La taille plus ou moins imposante de l’objet, l’abondance des perles émaillées, l’épuration de l’émail, le nombre d’émaux qui composent la croix, la forme byzantine ou néo-gothique de la monture, relatent la richesse, le rang social, le goût du jour, la région. La Bresse crée sa propre croix : les extrémités des quatre branches sont ornées de cœurs. Le cœur coulant, symbole de fidélité et d’amour profane, permet de régler la hauteur de la croix suspendue. Autrefois cadeau privilégié de la communion et principale pièce de la parure, sa production s’est amenuisée en raison de l’évolution des mentalités. La simple petite croix jeannette dorée avec de l’émail estampé bleu est répandue dans toute la France. Les broches en fer à cheval relèvent de croyances, mais cette fois-ci populaires.

En pierres précieuses, agrémentant la gorge des femmes nobles, le collier d'esclavage est à la mode sous Louis XVI. Progressivement, son usage se diffuse au sein de la paysannerie française (Auvergne, Normandie, Poitou…). Les matériaux, le décor, le nombre de plaques et de chaînettes se déclineraient en fonction de la richesse de la famille qui le possède. En Bresse, il ne semble pas être porté avant le 19e siècle et revêt des émaux. Il est offert au moment des « accordailles » (fiançailles) par le jeune homme à sa fiancée. Le qualificatif « esclavage » trouverait son origine dans la tradition savoyarde et genevoise en référence à l’expression « enchaîner l’épouse ». Souvent attribué aux paysannes bressanes qui le portaient lors des fêtes familiales et villageoises, il n’est pas exclu qu’il fut aussi porté par les riches citadines des 19e-20e siècles.