Pigeonniers

Constructions singulières du patrimoine rural, les pigeonniers abondent dans l’Ain. Le Val de Saône s’enorgueillit de posséder une centaine de pigeonniers bâtis en pisé sur les 300 à 400 recensés en France. Une autre originalité se retrouve en Bugey avec la forme particulière des pigeonniers à toiture-chauffoir.

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pigeonnier-tour carré à Mogneneins

Une origine ancienne et une particularité géographique

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Pigeonnier-tour rond à Lagnieu

Apparus dès la période romaine, les premiers pigeonniers s’élèvent dans l’Ain à partir du Moyen-Age. Signes extérieurs de richesse, ils sont principalement construits par les seigneurs locaux qui bénéficient même d’un droit de colombier ; son abolition à la Révolution française entraine de nombreuses destructions de pigeonniers comme symboles des privilèges à abattre de l’Ancien Régime. Est édifiée en contrepartie une multitude de pigeonniers en pisé proches des fermes.
Les pigeonniers de l’Ain restent difficiles à dater, les archives à leur sujet étant quasi introuvables. Néanmoins, sur un plan de l’abbaye d’Ambronay du 17e siècle établi par les moines de la congrégation de Saint Maur, figure un colombier toujours présent aujourd’hui ; une carte de la Veyle de 1558 représente le pigeonnier de Genod à Crottet, dont seules demeurent deux de ses colonnes. Certains révèlent parfois une date inscrite sur leurs poutres ou sur les fermes attenantes qui attestent d’une existence au 18e siècle. Bon nombre de pigeonniers encore debout apparaissent sur le cadastre napoléonien certifiant ainsi leur présence dans la première moitié du 19e siècle.
Leur répartition dans le département est assez inégale en raison des conditions géographiques et climatiques que requiert l’élevage de pigeons. Leurs besoins en nourriture abondante lient les constructions aux régions agricoles, en particulier céréalières ou viticoles. Ainsi une grande partie des pigeonniers de l’Ain est concentrée dans le Val-de-Saône bressan et dombiste, riche en céréales, mais également dans le sud du Bugey où la vigne occupe une place importante.


Des architectures variées et complexes

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Pigeonnier intégré à la maison renaissance (Musée du Bugey-Valromey) à Lochieu

Les pigeonniers, lieux d’habitat et d’élevage des pigeons, présentent une diversité de formes architecturales : tours carrées, rondes, sur colonnes ou encore intégrés à une habitation. La majorité, du type pigeonniers-tour carrés, se trouve surtout dans les plaines. Essentiellement bâtis en pisé, leurs dimensions varient de quatre à sept mètres de large. Ils comportent trois niveaux : une cave au premier, un grenier à grains au second et l’espace d’habitation des pigeons au troisième.
Les pigeonniers-tour ronds, moins nombreux, plus souvent construits en pierre, perdurent jusqu’au 16e siècle avant d’être remplacés par les édifices carrés. Les remarquables pigeonniers à colonnes alliant technique et esthétique sont encore plus
rares : il n’en existe plus que deux exemplaires en Bresse (Moulin Grand à Perrex et La Balmondière à Saint-André-d’Huiriat) et un dans le Bugey (le pigeonnier de Coron à Belley). L’habitat du pigeon surélevé par quatre colonnes le tient à l’écart des prédateurs, forme qui rappelle les greniers sur poteaux de la fin de l’âge du bronze utilisés pour protéger les récoltes.
Ils sont couverts de toitures circulaires pour les pigeonniers ronds, à deux ou quatre pans pour les rectangulaires ou carrés. Le clocheton qui domine le toit singularise le pigeonnier de plaine, principalement en bordure de Saône, lui conférant une lisibilité dans le paysage ; il permet l’aération, le passage des pigeons et apporte la lumière déterminante pour la vie de l’animal. Parfois un épi de faitage ou une girouette décorative orne la partie sommitale du toit ou du clocheton. La toiture à un seul versant n’est présente que dans le Bugey avec les singuliers pigeonniers à toiture-chauffoir orientée au sud pour mieux capter les rayons du soleil.
L’Ain possède également des pigeonniers intégrés : les « fermiers » placés dans une tourelle accolée à la façade de la ferme ou dans le bâtiment lui-même, et les « nobles » installés par les seigneurs dans les tours de leurs demeures.


Une multitude de matériaux liés à la nature du sol

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Pigeonnier sur colonnes à Saint-Jean-sur-Veyle

Le pisé employé pour les pigeonniers carrés est majoritaire en Val de Saône. D’autres sont bâtis en pans de bois conformément au mode de construction traditionnel de l’habitat rural en Bresse. La brique est associée aux pans de bois sur certains pigeonniers à colonnes dont l’apparence extérieure fait alors penser à une petite maison à colombages. La pierre issue des carrières du Bugey, du Revermont ou du Mâconnais, grossièrement taillée en blocs, permet de construire des structures plus résistantes. Quelques rares pigeonniers du Pays de Gex sont entièrement bâtis en bois. En Dombes et sur la côtière comme dans la plaine de l’Ain, certaines constructions utilisent uniquement les galets, ou un assemblage de galets disposés en arrêtes de poisson alternant avec des lits de brique.
Les matériaux de couverture varient selon la pente du toit. Les tuiles plates ou écailles vernissées couvrent les toits pentus pour évacuer l’eau de pluie très rapidement. Les tuiles creuses ou tuiles canal sont réservées à ceux d’inclinaison plus faible. Dans le Bugey, les toitures à un pan sont recouvertes de tuiles plates bordées des lauzes des murs pignons.


Loger et protéger le roi pigeon

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Echelle tournante d'un pigeonnier à Saint-Didier-sur-Chalaronne

Pour mettre à l’abri ces animaux de bon rapport que sont les pigeons et lutter contre la ruse des fouines et rats qui cherchent à tous prix à parvenir jusqu’aux nids, des éléments anti-prédateurs sont prévus. On ceinture l’édifice avec des randières ou des larmiers saillants placés sous les trous d’envol. Les colonnes sont dotées d’un petit chapiteau débordant stoppant ainsi l’ascension des indésirables.
Les aménagements intérieurs destinés à choyer les pigeons diffèrent selon le type d’édifice. En premier lieu, l’espace doit être suffisamment vaste, régulièrement blanchi à la chaux et nettoyé. Un sol en terre cuite procure une protection efficace contre les nuisibles et une meilleure résistance à l’acidité de la fiente. Des boulins, dont le nombre, la taille et la forme diffèrent, sont aménagés ou creusés dans les murs. Dans les solides constructions de briques, pierre ou galets, les creux de forme rectangulaire sont très rapprochés. A l’inverse, les murs en pisé plus fragiles présentent des petites niches semi-circulaires plus espacées, consolidées parfois par une planchette en partie basse. On trouve aussi des cloisonnements en bois dans lesquels s’encastrent des nids en osier, beaucoup plus rarement en terre cuite, permettant d’accueillir un plus grand nombre de pigeons.
Les intérieurs sont dotés d’une échelle tournante, outil pratique pour l’exploitant permettant d’accéder facilement aux boulins pour les nettoyer et récupérer les œufs. Le bâtiment possède une porte fermant à clé, souvent placée dans l’axe de l’habitation pour faciliter la surveillance.



Les mots à comprendre

Pisé : procédé de construction de murs en terre crue compactée dans un coffrage, caractéristique du bâti dombiste

Épi de faitage : pièce ornementale placée au sommet de la toiture qui protège la tête du poinçon de la charpente et assure l’étanchéité

Tuiles canal : en forme de gouttière placée alternativement dessus et dessous, plutôt destinée aux toitures à faible pente

Lauze : pierre plate détachée par lits et utilisée comme dalle ou pour couvrir les bâtiments

Randière ou larmier : corniche saillante en pierre ceinturant extérieurement un pigeonnier

Boulin : trou dans le mur d'un pigeonnier qui sert de nid au pigeon



 



Ailleurs sur le web

A lire sur le sujet

Pigeonniers et colombiers des pays de l’Ain, Fréderic Thouny, collection Patrimoines des Pays de l’Ain, 2008

Etude géographique, patrimoniale et architecturale des pigeonniers dans l’ouest de l’Ain, Frédéric Thouny, Université Jean Moulin Lyon III, 1997

Ouvrages en consultation au
Centre de documentation - Service Patrimoine culturel

 

Sauvegarder, réhabiliter, reconvertir un pigeonnier (Bresse, Val de Saône), CAUE de l’Ain, 1999