Monuments aux morts 1914-1918

Avec la Première Guerre mondiale le 20e siècle débute par la mort de masse. Dès la fin du conflit, face à l'ampleur des pertes humaines, émergent partout en France des monuments dédiés à ces hommes morts pour la Patrie. Ils font définitivement partie de notre paysage et de notre mémoire.

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Monument aux morts de Lavours.

Des monuments dès 1919

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Monument aux morts de Collonges.

L'idée de construire des monuments aux morts a émergé dès la fin du conflit ; les listes des noms affichées dans les mairies ne pouvaient suffire à honorer les nombreux disparus.
Dans d’Ain, si quelques municipalités se sont montrées pionnières dès 1919, il n’en reste pas moins que les trois quart des édifices (199 sur les 264 dont on connaît la date d’achèvement ou d’inauguration) ont été érigés dans les années 1920 à 1922 : 68 en 1920, 76 en 1921 et 55 en 1922. 47 autres monuments sont édifiés à partir de 1923, dont ceux des villes les plus importantes du département : celui de Bellegarde en 1923, de Belley en 1924, de Nantua et de Bourg-en-Bresse en 1925.
Collonges est la première commune du département à inaugurer son monument aux morts le 26 juin 1919 sous le mandat de Lucien Michaux. Fin 1919, huit communes de l’Ain ont déjà leur édifice : Collonges, Peyrieu, Dommartin, Thézillieu, Tramoyes, Volognat, Giron et Guéreins.


La liste des noms

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Monument de Jujurieux, sculpture d'Alphonse Muscat.

La liste des noms est l’élément majeur du monument aux morts. On nomme les morts, leur accordant une identité propre en tant que soldat et homme, affirmant la personnalisation de chaque sacrifice. Ces listes, toujours impressionnantes, concrétisent l’ampleur des pertes pour chaque commune, dans chaque famille. Peu de communes, comme Bénonces, ont inscrit sur leur monument les morts et les autres mobilisés.

La liste et l’affichage par ordre alphabétique soulignent l’unité des soldats et leur solidarité même dans la mort, comme à Injoux. Les noms des poilus sont néanmoins souvent classés par années de décès. Rarement le grade est mentionné comme à Chaley, St Eloi, Ambutrix ou Arbent… ce qui contredit le principe d’égalité républicaine. A Montcet, Loyes ou Cormoranche-sur-Saône, sont même indiqués la date et le lieu de décès de chaque soldat. Ce cas de figure est plus rare, les communes ne disposant pas toujours de ces informations lors de la construction du monument.


Fierté et reconnaissance

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Les géants de pierre, monument aux morts d'Oyonnax

Les inscriptions présentes sur les monuments varient elles aussi mais illustrent les lourdes pertes subies. "A nos morts de la Grand Guerre, ils nous ont donné la victoire et la paix", "A nos enfants tombés au champ d'honneur pour la droit et la liberté", phrases inscrites sur les monuments de Varambon et Lompnes, sont une manière de saluer le courage et le sacrifice des soldats pour leur Patrie. A Izenave, l'inscription "A ses enfants morts pour la liberté du monde" cherche à donner un sens au sacrifice de ses soldats. Le terme de victime est absent car c'est un sentiment de fierté et de reconnaissance qui doit transparaitre.

Ces monuments portent un symbole fort mais leur construction n'est pas gratuite. L'État, par la loi du 25 octobre 1919, prévoit une aide financière aux communes pour ces monuments "en proportion de l'effort du sacrifice". Cependant les sommes allouées sont loin de suffire, et c'est bien souvent par des souscriptions publiques que les fonds sont levés, comme à Vonnas où c'est cette seule souscription qui a permis de financer le monument. A Sutrieu la commune a même organisé une vente de sapin et noyers afin de récolter de l'argent. Les populations entières, touchées par la tragédie de la guerre, se sentent concernées par cet édifice.

Ces monuments, érigés pour la plupart suite à la guerre de 1914-1918, deviennent petit à petit un lieu de mémoire pour toutes les guerres, celle de 1939-1945, mais également celles d'Algérie ou d'Indochine.
Présents dans tous nos villages ils nous interrogent sur la manière dont nous transmettons et maintenons notre mémoire collective.


Plaques et vitraux commémoratifs dans les églises

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Vitrail patriotique, église de Manziat

Apparues dans les églises parfois dès le début du conflit, de très nombreuses plaques commémoratives figurent dans la nef ou au revers de la façade. Elles permettent de matérialiser le deuil et de commémorer religieusement la perte d’un fils ou d’un père. Elles remplissent le même rôle de liaison entre les vivants et les morts que les monuments civils érigés sur les places publiques de tous les villages de France. En marbre blanc, gris ou noir, elles sont de forme rectangulaire simple, ou plus ouvragée avec un fronton surmonté d’une croix, ou encore ressemblent à de petits édicules architecturés. Elles portent les noms des soldats gravés en lettres or, associés à des éléments décoratifs sculptés, des symboles religieux ou d’autres faisant référence au martyre ou à la Patrie.

A l’issue de la guerre, des verrières dites "patriotiques" apparaissent dans les vitraux des églises jusque-là exclusivement réservés aux scènes religieuses. Elles traduisent la volonté de la communauté catholique d’afficher et de mettre en lumière le soutien sans faille apporté par l’Eglise à la défense de la Patrie.
Devant la mort omniprésente, les combattants placent leur vie entre les mains de Dieu. Les représentations de la guerre sont assimilées à celle du calvaire : les hommes portent leur croix et se sacrifient pour sauver l’humanité. Le soldat qui se meurt au combat renvoie à la Passion du Christ sur sa croix. La Vierge apparaît souvent sous la forme de la Pietà où le Poilu prend la place de son fils.
En revanche, la représentation de la mort est à la fois réaliste et idéalisée. Le soldat porte son uniforme peint dans les moindres détails, mais qui reste d’une propreté immaculée. Il repose sans blessures et ne garde aucune trace des combats.

 


Monument pour la paix

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Monument aux morts de Pont-de-Vaux. Statue d'Alphonse Muscat.

Certains monuments aux morts sont qualifiés de « pacifistes » car ils expriment une opinion opposée à la guerre. Ils contrastent avec les monuments centrés sur la glorification des héros morts pour leur Patrie.
Le monument dessiné par Givord et sculpté par Alphonse Muscat à Pont-de-Vaux participe à ce mouvement. Il représente un soldat, sans casque, sans armes, dégrafant  sa ceinture, chaînes cassées à ses pieds comme s’il rejetait la guerre pour regarder fièrement l’avenir. La mention PAX est inscrite à ses pieds.



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1915 - La guerre des tranchées en 14-18, N° spécial des Nouvelles Annales de l'Ain. Société d'Emulation de l'Ain, 2016

Des champs de blé aux champs d'honneur, André Abbiateci. Les amis des Archives, 2001

Témoins de pierre. Monuments aux morts et mémoires de la Grande Guerre. Vademecum clés de gestion et de valorisation. Patrimoine Rhônalpin. 2015


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Centre de documentation - Service Patrimoine culturel