L’exécution du 19 juillet 1944 à la Croix-Chalon
Le 19 juillet 1944, dans le cadre de l’opération de représailles allemandes « Treffenfeld », neuf blessés, dont certains maquisards, sont extraits de l’hôpital de Nantua. Tous sont fusillés peu après à proximité de la carrière de Montréal-la-Cluse.
L’hôpital de Nantua au début du XXème siècle.
© Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées
Une libération de courte durée
Plaque à l’entrée de l’hôpital de Nantua en mémoire aux blessés soignés à l’hôpital sous l’Occupation.
© Département de l'Ain / S. Champonnois
Le 8 juin 1944, au lendemain du débarquement de Normandie, les Maquis de l’Ain libèrent Nantua et contrôlent la partie montagneuse du département, de Saint-Claude à Hauteville-Lompnès, de Bellegarde-sur-Valserine à Ambérieu, soit environ 600 kilomètres carrés. "Romans", leur chef, proclame la Quatrième République au balcon de la sous-préfecture de Nantua. Des renforts sont attendus pour poursuivre le processus de libération. Mais ils n’arrivent pas.
Le 11 juillet 1944, les Allemands déclenchent l’opération de représailles "Treffenfeld" sur plusieurs axes qui convergent vers Nantua, chef-lieu du territoire libéré.
Face à cette déferlante ennemie, "Romans" donne l’ordre de se replier dans les montagnes du Jura. Les Allemands arrivent à Nantua précédés par des rafales de mitrailleuses d'avions survolant la ville à basse altitude.
Nantua, zone récemment libérée, dispose d’un hôpital où des blessés résistants sont soignés. Devant l'approche ennemie, la plus grande partie est évacuée d’urgence au dernier moment par les soins des FFI (Forces françaises de l'intérieur). Ne restent que ceux considérés intransportables, auxquels il convient d'ajouter quatre prisonniers allemands.
L’hôpital de Nantua au début du 20e siècle.
© Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées
Mais certains convois sont rattrapés par les troupes ennemies et ramenés à l’hôpital. Les Allemands procèdent alors à des fouilles du bâtiment à la recherche d’autres blessés résistants. Le personnel médical est brutalisé et interrogé.
Le 15 juillet, le chef de la Milice régionale, en mission dans l’Ain, fait transférer neuf blessés dont il détient les noms, vers l’hôpital de Bourg-en-Bresse. L’un d’eux notamment, Yves Gaillot, sera atrocement torturé puis exécuté.
L’implacable répression nazie
: Stèle située à l’emplacement de l’exécution perpétrée le 19 juillet 1944 par les troupes allemandes.
© Département de l'Ain / L. Bernolin
Le 19 juillet, les Allemands, à la suite d'une vérification d'identité des blessés demeurés en traitement à Nantua, arrêtent neuf d'entre eux :
- Pierre Gayat, 56 ans, secrétaire de mairie de Saint-Rambert-en-Bugey ;
- André Burtschell, 36 ans, juge de paix à Saint-Rambert-en-Bugey ;
- Adrien Marguin, 50 ans, garde champêtre à Saint-Rambert-en-Bugey ;
- Robert Bertin, 17 ans ;
- Mohamed Kerouni, 25 ans ;
- Roger Morand, 21 ans ;
- Lucien Gay, 24 ans ;
- André Billon, 20 ans ;
- Jean Vuiton, 28 ans,
et ordonnent de les transporter à la morgue pour les fusiller.
Devant l'horreur suscitée par ce procédé et les protestations du personnel de l'hôpital, les Allemands consentent alors à les faire charger, couchés sur des matelas, dans un camion à benne basculante, ajoutant qu'ils les emmènent dans un autre hôpital. Tous ces blessés sont dans l'incapacité de se tenir debout en raison de leurs blessures ou de la gravité de leur état.
Les cadavres de ces malheureux sont retrouvés quelques heures plus tard, dans la carrière de Montréal, (à proximité du carrefour de La Croix-Chalon) alignés régulièrement sur deux rangs, à même le sol. Les matelas sur lesquels ils ont été couchés dans le camion-benne à leur départ de l'hôpital sont jetés sur eux. Il est donc vraisemblable que les victimes ont été étendues, puis mitraillées (douilles retrouvées) et enfin achevées d'un coup d'arme à feu.
Il convient de rappeler que Messieurs Marguin, Burtschell et Gayat étaient les rescapés d'une exécution collective qui eut lieu à Saint-Rambert-en-Bugey, le 8 juillet précédent. Ils ont donc été fusillés deux fois.
Informations sur les victimes
Jean VUITON fusillé le 19 juillet 1944.
© Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées
André BURTSCHELL (1908 – 1944)
Devenu juge de paix en 1938, il est nommé dans le canton de Saint-Rambert (Ain) en novembre 1943. Le 6 juillet 1944, dans ce secteur, six soldats allemands sont tués lors de l’attaque d’un train blindé et un accrochage a lieu entre des maquisards et une patrouille allemande. Le lendemain, en représailles, les Allemands désignent 30 otages, dont André Burtschell et d’autres notables rambertois. 18 otages sont finalement libérés mais 12 autres sont mitraillés dans la soirée. Le juge de paix est l’un d’eux. Pourtant, il échappe à la mort. Blessé, il est soigné à l'hôpital de Nantua (Ain). Malheureusement le 19 juillet 1944, il est à nouveau emmené par les Allemands et exécuté à Montréal-la-Cluse (Ain).
Adrien MARGUIN (1894 – 1944)
Durant l’Occupation, il exerce le métier de garde-champêtre à Saint-Rambert (Ain). Le 6 juillet 1944, dans ce secteur, six soldats allemands sont tués lors de l’attaque d’un train blindé et un accrochage a lieu entre des maquisards et une patrouille allemande. Le lendemain, en représailles, les Allemands désignent 30 otages, dont Adrien Marguin et d’autres notables rambertois. 18 otages sont finalement libérés mais 12 autres sont mitraillés dans la soirée. Le garde-champêtre est l’un d’eux. Pourtant, il échappe à la mort. Blessé, il est soigné à l'hôpital de Nantua. Malheureusement le 19 juillet 1944, il est à nouveau emmené par les Allemands et exécuté à Montréal-la-Cluse (Ain).
En septembre 1944, ont lieu à Cize les funérailles de Jean VUITON auxquelles sont venus assister des maquisards de son secteur. © Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées.
Jean VUITON (1916 – 1944)
Domicilié à Montrevel (Ain), il exerce le métier d’ouvrier électricien au sein de la société l’Énergie électrique. Il rejoint la Résistance au sein de l’Armée secrète de l’Ain sous le pseudonyme de "Jim". Chef d’un groupe franc du secteur C7 en Bresse, il est blessé lors de l’attaque du poste allemand de Marsonnas (Ain) le 10 juin 1944. Transporté à l’hôpital de Nantua (Ain), il reçoit des soins. Mais le 19 juillet, il est désigné par les Allemands pour être fusillé avec d’autres à la carrière de Montréal-la-Cluse (Ain).
Pierre GAYAT (1898 – 1944)
Il occupe le poste de secrétaire de mairie à Saint-Rambert durant l’Occupation. Le 6 juillet 1944, dans ce secteur, six soldats allemands sont tués lors de l’attaque d’un train blindé et un accrochage a lieu entre des maquisards et une patrouille allemande. Le lendemain, en représailles, les Allemands désignent 30 otages, dont Pierre Gayat et d’autres notables rambertois. 18 otages sont finalement libérés mais 12 sont mitraillés dans la soirée. Le secrétaire de mairie est l’un d’eux. Pourtant, il échappe à la mort. Blessé, il est soigné à l'hôpital de Nantua (Ain). Malheureusement le 19 juillet 1944, il est à nouveau emmené par les Allemands et exécuté Montréal-la-Cluse (Ain).
Robert BERTIN (1925 – 1944)
Ouvrier en soie, le jeune Robert habite avec sa mère dans un hameau de Saint-Rambert (Ain). Il rejoint les Maquis de l’Ain du groupement Sud et participe au combat du col de la Lèbe le 11 juin 1944. Blessé, il est hospitalisé à Nantua (Ain). Mais les Allemands sont sur le point d’envahir la ville tenue alors par les maquisards. Avec d’autres résistants blessés, il est évacué dans l’urgence. Mais l’ambulance le transportant tombe en panne vers Sylans (Ain) et les Allemands le reprennent et le ramènent à l’hôpital avec d’autres. Le 19 juillet, il fait partie de ceux emmenés à la carrière de Montréal-la-Cluse (Ain) et fusillés.
André BILLON (1924 – 1944)
Cultivateur à Thézilleu (Ain) avec ses parents, il rejoint les Maquis de l’Ain. Il est blessé lors d’un combat à Lompnes (Ain). Transporté à l’hôpital de Nantua (Ain), il s’y trouve encore lorsque les Allemands prennent le contrôle de la ville, le 12 juillet 1944. André Billon n’a pu être évacué vers un lieu sûr, en raison de la gravité de ses blessures. Le 19 juillet 1944, il est emmené avec d’autres pour être fusillé à la carrière de Montréal-la-Cluse (Ain).
Lucien GAY (1920 – 1944)
Domicilié à Lompnieu (Ain), le jeune homme exerce le métier de tourneur sur métaux. Il rejoint d’abord l’Armée secrète de Ruffieu (secteur C3) puis le maquis de Richemont, rattaché au Groupement sud des Maquis de l’Ain. Blessé dans une embuscade près de Vieu (Ain) le 14 juin 1944, il est soigné à l’hôpital de Nantua (Ain). Le 19 juillet, les Allemands le désignent pour être fusillé avec d’autres à la carrière de Montréal-la-Cluse (Ain).
Roger MORAND (1923 – 1944)
Né en Suisse, Roger habite Lyon. Il intègre les Maquis de l’Ain au sein du camp de Cize (Ain).
À la suite d’une blessure accidentelle par arme à feu, il est hospitalisé à Nantua (Ain). Jugé intransportable lors de l’évacuation des blessés vers La Gotette le 12 juillet à l’annonce du retour des Allemands, il reste à l’hôpital avec huit autres blessés français et quatre blessés allemands. Le 19 juillet 1944, la Gestapo ordonne de conduire les blessés à la morgue pour les fusiller. Ceux-ci sont chargés sur une benne basculante et conduits à 16 heures dans une carrière au lieu-dit La Croix-Chalon, à Montréal-la-Cluse où ils sont mitraillés. Roger Morand se trouve parmi eux. Il est inhumé au cimetière communal, à Montréal-la-Cluse (Ain) et partage sa tombe avec une autre victime de ce massacre, Mohamed Kérouni.
Tombe de Roger Morand et Mohamed Kérouni au cimetière de Montréal-la-Cluse. © Département de l'Ain / L. Bernolin
Mohamed KÉROUNI ou KHEROUNI (1915 – 1944)
Né en Algérie française, il travaille à la construction du barrage de Génissiat. En 1943, il rejoint les Maquis de de l’Ain comme tireur FM (fusil mitrailleur). Grièvement blessé lors de l’attaque du tunnel de Virieu-le-Grand (Ain) le 6 juillet 1944, il est transporté à l’hôpital de Nantua (Ain), alors sous contrôle des maquisards. Le 12 juillet 1944 à l’approche des Allemands, les résistants soignés sont évacués, à l’exception de neuf blessés jugés intransportables et de quatre blessés allemands prisonniers des F.F.I (Forces françaises de l’intérieur) qui ont été bien traités. Le 19 juillet, malgré l’intervention des médecins français et du médecin de la Wehrmacht, les neufs blessés sont chargés sur une benne basculante et conduits dans une carrière au lieu-dit La Croix-Chalon, à Montréal-la-Cluse (Ain) où ils sont mitraillés. Mohamed Kérouni se trouve parmi eux.
Il obtient la mention « Mort pour la France » avec attribution de la Croix de guerre avec étoile d’argent. Il est inhumé au cimetière communal, à Montréal-la-Cluse (Ain), où il partage la sépulture avec Roger Morand.



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