Les maquis de l'Ain

À partir du printemps 1943, des groupes de jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire trouvent refuge dans les montagnes du Bugey. Progressivement pris en charge puis formés par la Résistance locale, ils donnent naissance aux Maquis de l’Ain.

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Construction d’une cabane au camp de Granges.

Du réfractaire au maquisard

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Maquisards en opération.

Fin 1942, début 1943, les hommes requis pour la Relève qui refusent de travailler pour l’ennemi viennent trouver refuge dans des fermes du Bugey. Le mouvement s’amplifie avec la promulgation de la loi du 16 février 1943 qui instaure le Service du Travail Obligatoire et impose aux jeunes des classes 20-21-22 de partir travailler en Allemagne.


En juin 1943, sur 1600 travailleurs convoqués, seuls 324 sont présents au départ.
Seule une minorité des réfractaires rejoint les maquis de combats soit, selon des estimations nationales, 10 à 15 %. La majorité adopte des « stratégies de survie » choisissant de se cacher dans l’attente de jours meilleurs, d’échapper à la conscription grâce à de faux certificats médicaux, ou d’occuper des emplois protégés. Quelques-uns, à l’opposé, font le choix de s’engager dans la Milice pour ne pas partir en Allemagne.
La Résistance change alors de nature, et évolue vers « un mouvement social » massif. Elle glisse vers le monde rural et plus spécifiquement vers la zone de moyenne montagne du Bugey dans l’Ain.


Deux « résistances » se détachent alors, l’une faite d’attitudes d’entraide et de solidarité d’une communauté menacée, l’autre avec un R majuscule incarne une manière d’être, une éthique avec une conscience de l’engagement. Une identité « maquis » émerge peu à peu.


Débordés par l’ampleur du phénomène, les responsables des mouvements et l’Armée secrète dans l’Ain, adoptent une double attitude : « freiner les départs vers les maquis » et accompagner ceux qui ont gagné la montagne. Ces jeunes, futurs potentiels combattants, représentent l’espoir de former une armée pour la Résistance intérieure, d’autant que beaucoup pronostiquent un débarquement pour l’été 1943.


L’origine géographique des candidats au maquis est très diversifiée, montrant l’attrait de cette zone refuge proche de la frontière suisse. L’analyse des effectifs de la Compagnie de Lorraine en 1944 montre qu’à peine plus du tiers sont originaires de l’Ain, près de 20% viennent du Rhône, un autre tiers provient de 30 départements métropolitains, 6% sont des étrangers, mais aussi caractéristique marquante, la majorité a moins de 22 ans.


Former une armée résistante

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En route pour Vosbles, Anonyme.

La perspective de militarisation des maquis au printemps 1943 ouvre de nouveaux horizons à la Résistance. Mais, pour donner à la Résistance une légitimité sociale, elle place aussi les chefs des mouvements devant le défi délicat de bâtir un programme d’avenir mobilisateur dans lequel les Français puissent se reconnaître. Il n’est plus seulement question d’éveiller les consciences, la Résistance entre dans le champ de l’action


Les chefs des MUR et de l’Armée secrète cherchent alors des personnes disposant de compétences militaires pour encadrer les maquis. En avril 1943, Henri Petit, capitaine d’aviation, se voit confier cette charge.


En juin 1943, devenu « Romans », il installe son PC à la ferme des Gorges à Montgriffon et crée une Ecole des cadres, où il délivre une instruction paramilitaire destinée à former les futurs chefs des camps au maniement des armes et explosifs et à la guérilla. Il est confirmé chef des maquis en août 1943 et cumule cette fonction avec la direction de l’Armée secrète après l’arrestation d’André Fornier. Durant l’été 1943, il s’entoure de deux officiers, Noël Perrotot et Henri Girousse et leur attribue l’encadrement et la direction des groupes respectivement du Haut-Bugey et Bas Bugey. Pour les seconder, il recrute principalement des sous-officiers.

 

 

Levée des couleurs au camp des Combettes, automne 1943. © Coll. P. Marcault.

Pour pallier les problèmes d’intendance, un service de ravitaillement sur réquisition est instauré et deux coups de main importants sont opérés sur les chantiers de jeunesse à Artemare et les magasins de l’intendance de l’Armée à Bourg-en-Bresse en septembre 1943. Un centre de triage au camp de la ferme du Mont au-dessus de Nantua filtre les candidats au maquis.


Romans instaure un rapport avec ses troupes selon un modèle proche du système « féodal », où chaque maquisard doit fidélité à son chef.


L’organisation structurée des camps constatée par une mission interalliée inspectant les camps en septembre 1943 et l’intérêt stratégique du territoire encouragent les Alliés à favoriser l’approvisionnement en armements du département. Un agent du Special Operation Executive (SOE) s’installe auprès du PC de Romans dès novembre 1943.

Le ravitaillement du maquis à dos de mule. © Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées.


Opération « Treffenfeld », 10-19 juillet 1944

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Le village de Dortan entièrement incendié le 21 juillet 1944.

Après le jour J (le 6 juin 1944), la situation de la France changea considérablement dans le courant de la nuit. Le Maquis se mobilisa dans toute la France et, au lieu de se limiter à attaquer principalement les forces de la police de Vichy, visa également les troupes d’occupation. La menace atteignit un niveau tel que de nombreux militaires furent contraints de repenser la stratégie à adopter contre le Maquis.


Combattre le maquis n’était plus seulement du ressort de la police, c’était devenu une mission militaire importante, et ceci exigeait donc une redistribution des responsabilités.


Les Allemands considéraient le Jura français comme un centre terroriste particulièrement bien organisé qui devait être détruit une fois pour toutes. Autrement dit, il ne devrait pas être fait de prisonniers, les maisons ayant abrité des maquisards seraient incendiées, et les troupes allemandes devraient vivre des ressources de la terre. L’opération se déroulerait dans la même zone que les opérations précédentes, « Korporal » et « Frühling ». Côté tactique, les Allemands choisirent de mettre en place trois groupes de combat qui devraient avancer de manière concentrique autour d’Oyonnax. Différentes unités réunies composaient un ensemble d’environ 6 000 hommes.
L’opération commença le 10 juillet. Dès le premier jour, Klaus Barbie et la Sipo/SD arrêtèrent environ 1 200 civils à Bourg-en-Bresse. Finalement, les protestations des autorités de Vichy conduisirent à la libération d’une grande partie d’entre eux. Cependant, la Sipo/SD exécuta une vingtaine d’otages, la moitié d’entre eux étant juifs. Quelques jours plus tard, c’était au tour de FFI blessés et soignés à l’hôpital de Nantua d’être exécutés par la Sipo/SD.
La Wehrmacht ne resta pas innocente non plus durant l’opération « Treffenfeld » et se rendit responsable d’une série de crimes. Les massacres les plus importants firent 12 victimes à Neuville-sur-Ain, 13 à Nantua, 16 à Charchilla et 24 à Dortan. Dortan, Moirans-en-Montagne, Longchaumois, Cerdon, Lavancia, Pressiat et d’autres villages furent en grande partie pillés et détruits. À Dortan, les Cosaques et autres Osttruppen violèrent un certain nombre de femmes.


Lorsque, peu après le 20 juillet, les derniers Allemands se retirèrent de cette zone, ils laissèrent derrière eux des traces de sang et de destruction. 350 personnes environ avaient été tuées côté français, la moitié d’entre eux environ étant probablement des civils. Cependant, les pertes allemandes étaient cette fois considérablement plus élevées qu’au cours des opérations de l’hiver et du printemps, puisqu’elles s’élevaient à 32 morts et 90 blessés. Contrairement aux opérations « Korporal » et « Frühling », « Treffenfeld » avait été pour les forces allemandes l’occasion de combats âpres et sanglants.


La destruction de la ferme Jacquand

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La stèle de Louis Moreau, à quelques mètres de la ferme Jacquand.

 

Un groupe de maquisards s’installe à l’été 1944 dans cette ferme située sur les hauteurs de Martignat, car elle dispose d’un point d’eau. Lors de l’opération allemande « Treffenfeld », ce secteur se trouve au cœur de la zone visée par les représailles.

 

Les Allemands veulent à tout prix détruire les maquis.

 

Le 14 juillet au matin, un coup de feu annonce leur arrivée à proximité de la ferme. Celle-ci est évacuée très rapidement. Mais l’un des maquisards se fait surprendre. Il s’agit de Louis Moreau. Il est exécuté. Âgé d’environ 25 ans, il travaillait à Lons-le-Saunier (Jura) et avait rejoint les Maquis de l’Ain.

 

La ferme est ensuite incendiée. Il n’en subsiste qu’un pan de mur aujourd’hui valorisé par une plaque mémorielle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les vestiges de la ferme Jacquand. © Département de l’Ain, L. Bernolin