L'école de Saint-Nizier-le-Bouchoux se souvient

À l’école de Saint-Nizier-le-Bouchoux se trouve une plaque commémorative en marbre. Elle remémore  un évènement tragique survenu dans la commune durant l’occupation allemande. Elle porte l’inscription suivante : « Souvenir Ginette Morel 1931-1944 tuée par les allemands le 14 juin 1944 ».

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Premières exactions à Mantenay et Saint-Trivier-de-Courtes

Carte postale en noir et blanc de la Place de la Grenette à Saint-Trivier-de-Courtes (jpg - 544 Ko)

Place de la Grenette à Saint-Trivier-de-Courtes (Balland-Guillermin, éditeur, à St-Trivier-de-Courtes)

Les Archives départementales de l’Ain (cote 1433W8) conservent les éléments de l’enquête de gendarmerie menée suite à cette exaction : procès-verbal du 15 juin 1944, rapport du docteur Poncet, courrier adressé au Service de recherche des crimes de guerres ennemis à Lyon, auditions. L’étude de ces différents documents originaux permet de retracer les faits.

Le 14 juin 1944, des soldats allemands arrivent dans la commune de Mantenay, venant de Saint-Julien-sur-Reyssouze. Les témoins supposent qu’ils sont cantonnés à Bourg-en-Bresse. Ils sont accompagnés de miliciens à cotes bleues, casquettes noires roulant en « Citroën traction avant ». Rentrant des champs, Auguste Mazuy, (âgé de 38 ans), cultivateur, est doublé par leurs véhicules et arrêté. N’ayant pas ses papiers d’identité, il est pris pour un « gens » du maquis. Un soldat allemand tire « un coup de mitraillette » à bout portant. Auguste Mazuy tombé à terre n’est heureusement que blessé. Plusieurs hommes du village sont arrêtés et relaxés sauf monsieur Perrin qui est déporté.

Ils poursuivent leur route et arrivent vers 17h30 à Saint-Trivier-de-Courtes. Narcisse Gonod, boulanger (âgé de 45 ans) assiste, caché dans sa boulangerie, à l’arrestation violente de son voisin Fernand Rude, charron. Léon Froment, cultivateur, témoigne aussi en ce sens. Quant à Emile Frachet, tailleur d’habits, il voit les soldats allemands pénétrer chez monsieur et madame Rybinski (monsieur Rybinski sera tué et son épouse déportée).


Sanglant scénario à Saint-Nizier-le-Bouchoux

Plaque commémorative en hommage à Ginette Morel (jpg - 93 Ko)

Plaque commémorative en hommage à Ginette Morel (1OM17386)

La colonne allemande toujours accompagnée des miliciens (trois ou quatre selon les témoignages) parcourent les six kilomètres qui mènent à Saint-Nizier-le-Bouchoux. À leur arrivée dans le village vers 18h30, ils encerclent le village et ouvrent le feu. Certains habitants pris de panique se sauvent en criant « les voilà ». Des villageois sont rassemblés sur la place du village vers la mairie durant une heure selon certains : Paul Rongeat, commerçant (âgé de 34 ans), Fulgence Maîtrepierre, meunier (âgé de 58 ans) et son épouse, Léonie Morel née Durand (négociante, âgée de 39 ans), Ferdinand Venet débitant de tabac (âgé de 54), Georges Poing, coiffeur (âgé de 44 ans), Evariste Bouvard, cultivateur (âgé de 44 ans) font partie des otages. Ils sont interrogés par les miliciens concernant les jeunes du « pays » ayant rejoint la Résistance. Léon Pirat (âgé de 42 ans) à la fois secrétaire de mairie et garde-champêtre est également présent. Le maire de la commune, Fernand Masson est absent, habitant un hameau trop éloigné du centre bourg. Evariste Bouvard, maire-adjoint pense que c’est à cause de sa fonction qu’il a été retenu comme otage pour représenter le maire.

Pendant ce temps, un drame survient. Mme Hortense Olivier née Rigollet (âgé de 52 ans en 1946), commerçante expliquera plus tard que son mari, Valéry Henri Olivier se trouvait alors dans un pré à 500 mètres de leur domicile avec les enfants de leur voisin, Ginette et Colette Morel. Peut-être s’enfuient-ils… Les Allemands, l’ayant découvert, ouvrent alors le feu. Des balles de mitrailleuse (selon le rapport du docteur Poncet) le frappent ainsi que la jeune Ginette Morel qu’il tentait de protéger sous son bras gauche. Suite à cette fusillade, les otages sont libérés. Paul Rongeat, otage rapporte ensuite dans son témoignage : « les Allemands nous ont alors donné l’ordre d’enlever les barrages que nous avions établis auparavant ». Peu de temps après les soldats allemands et les miliciens quittent les lieux. Mais avant leur départ, le coiffeur Georges Poing dut raser les cheveux de quatre soldats allemands.


Un crime de guerre resté impuni

D’après le témoignage de Léon Pirat, secrétaire de mairie et garde-champêtre, les corps de Valéry Olivier et de Ginette Morel sont amenés dans un local à la mairie sur l’ordre des soldats allemands en attendant la remise des corps aux familles. Ils sont placés sur une table. Léonie Morel, une fois libérée part à la recherche de sa fille, qu’elle ne trouvera finalement pas dans le pré derrière chez elle. Pour cause… Elle croise ensuite des enfants du village qui l’informent que sa fille est à la mairie avec monsieur Olivier. Elle témoigne à ce sujet : « De suite j’ai eu la conviction qu’un malheur était arrivé à ma fille ».
Le lendemain, le gendarme de Saint-Trivier-de-Courtes Jean Chilibolost se rend à Saint-Nizier-le-Bouchoux dans le cadre de l’enquête. Il prend la déposition de Fernand Masson maire et président de la délégation spéciale. Il est ajouté au procès-verbal que « les commandants de compagnie et de section ainsi que les autorités habituelles n’ont pu être avisés du fait que les communications téléphoniques sont coupées ».

Ainsi ont été tués le 14 juin 1944 Valéry Henri Olivier, né le 27 novembre 1888 à Saint-Nizier-le-Bouchoux (fils de feu Valéry Constantin et Stéphanie Forcey) et Ginette Amélie Morel, fillette de 13 ans, née le 5 janvier 1931 à Varennes-Saint-Sauveur en Saône-et-Loire (fille de Alphonse Emile et Marie Léonie Durand). Malgré les témoignages recueillis et le signalement d’un milicien présentant des traces de petite variole au visage et un accent méridional, l’enquête, centralisée par le service de recherche des crimes de guerre ennemis à Lyon, n’a pas permis de retrouver les auteurs ni de les juger.