Parachutages à Port

Durant l’Occupation, les parachutages alliés jouent un rôle essentiel pour équiper les résistants. La grande plaine s’étendant entre Port et Izernore offre un terrain idéal, non seulement pour opérer des parachutages mais aussi pour effectuer des atterrissages permettant le transport d’agents entre la France et l’Angleterre.

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Parachutage sur la plaine d'Échallon.

L’opération « Zébra »

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Liste de matériel parachuté dans l’Ain.

Le 8 juin 1944, les Maquis de l’Ain parviennent à prendre le contrôle d’une partie du Haut-Bugey. Henri Petit, "Romans", leur chef, fait de Nantua la capitale de cette zone libérée, en attendant des renforts alliés. Des terrains d’atterrissage et parachutage sont identifiés pour les recevoir : celui d'Arbent, à proximité d'Oyonnax et ceux de Port et Izernore, à proximité de Nantua.

 

Le 25 juin 1944, se déroule sur les terrains de Port et d'Izernore (très proches l'un de l'autre) le premier parachutage en France de jour, opération portant le nom de code "Zébra". Il s’agissait de ravitailler de plein jour, cinq zones d’activité des missions interalliées SOE (dont celle des Maquis de l’Ain). Toutes étaient désignées par le nom de code SOE du chef de mission (Marksman pour les Maquis de l’Ain). Elle était constituée de 180 forteresses volantes de l’USAF [United States Air Force] escortées d’escadrilles de chasseurs longs rayons d’action ayant pour but de répartir 2109 containers d’armes et de munitions ainsi que 176 paniers de matériels divers.

 

Les Maquis de l’Ain reçoivent à Port 420 containers et 35 paniers. C’est un véritable convoi fait de vagues successives qui traverse la France de plein jour, guidé dans un couloir invisible hors des zones de défense anti-aérienne par des balises Euréka installées par la Résistance. Vers Nevers, commence l’éclatement de la formation vers les différentes destinations.


Noël Perrotot

 

Noël Perrotot "Montréal"
© Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées

 

 

Noël Perrotot, "Montréal", chef du groupement Nord des Maquis de l'Ain et du Haut-Jura, qui a organisé la réception de ce parachutage raconte :

 

« 39 bombardiers escortés par 12 chasseurs larguent par moitié près de 700 containers sur les terrains d'Izernore et Port. Le groupement Nord assure la réception du matériel pour Izernore et l'OMA (Organisation métropolitaine de l'armée) [NDLR : ou ORA, Organisation de résistance de l'armée] pour Port.


Des mesures sévères ont été prises pour empêcher la population civile de circuler sur la route et interdire de sortir des villes et villages de 10 heures à 17 heures. En effet, il s'agit d'éviter un afflux de personnes sur les terrains, ce qui risque de perturber la réception et le transport du matériel parachuté, mais aussi d'éviter les pertes en vies humaines au cas où l'aviation allemande basée à Ambérieu-en-Bugey (moins de 50 kilomètres) viendrait bombarder le matériel à terre.


C'est la police et le camp Roland qui assurent l'application de ces mesures pour les villes d'Oyonnax et Nantua. La population, bien que non prévenue des motifs de ces mesures, se montre très disciplinée, malgré le mécontentement des ménagères qui ne peuvent faire leur marché.


À dix heures du matin, en formation impeccable, les bombardiers apparaissent, volant bas, escortés par les chasseurs qui jouent la Fantasia. Ils font lentement le tour du propriétaire et... ensemble... lâchent leur cargaison entière sur le terrain de Port. La récupération du matériel se poursuit jusqu'à la nuit tombante, sans aucune intervention ennemie. La défense aérienne, assurée par les groupements Nord et Sud avec des moyens de fortune (fusils mitrailleurs et une seule mitrailleuse Hotchkiss), n'a heureusement pas à intervenir.


L'arrivée des avions alliés est saluée par toute une population délirante, gagnée par l'optimisme et qui agite des mouchoirs sur les toits des immeubles.
Ce parachutage permet d'armer entièrement l'OMA, soit environ 300 hommes qui sont engagés le même jour au col de Jasseron. Cet envoi de renfort permet au groupement Nord la relève, d'une part, des éléments du groupe "Louis" et, d'autre part, celle des groupes francs Pesce et Werner qui reprennent immédiatement leur action de sabotage sur la voie ferrée Lyon - Lons le Saunier. »


Malgré les précautions prises, le lendemain, l'ennemi riposte et bombarde les terrains de Port et Arbent.

 


Atterrissage forcé

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Avion B24 Liberator atterri à Port le 11 août 1944.

Un autre événement a lieu sur ce terrain de Port.

 

Le 11 août 1944, un avion allié, dont une des hélices est endommagée, tente de gagner la Suisse. Le navigateur dérouté par la topographie et la brume confond le lac Léman et le lac de Nantua. L'avion se pose à Port. Il s’agit d’un B24 Liberator du groupe 491 de l’USAAF (United States of America Air Force).

 

Par sécurité, il est détruit par les maquisards. De nombreux curieux viennent voir l’engin. Certains emportent même des morceaux de cet avion, témoin de l’action des Alliés.