Monument départemental aux déportés de l'Ain à Nantua
Un mémorial de douleur et d’espoir
Sculpture du gisant dans l'atelier de Louis Leygue, 1948
© Archives Le Progrès
Ce monument a été érigé à partir de 1947, sur décision du Comité des déportés de Nantua. Il est l'oeuvre du sculpteur burgien Louis Leygue (1905-1992), Grand Prix de Rome en 1931 et lui-même emprisonné en Allemagne durant la guerre. L'édifice massif est bâti sur une avancée artificielle sur le lac, le long d'une rive paisible et isolée, nécessitant de lourds travaux de terrassement. Très différent des monuments commémoratifs connus jusqu’alors, l’œuvre représente un sarcophage épais surplombant un gisant, corps nu décharné symbolisant la souffrance de toutes les victimes de la déportation. Une excavation au sommet du tombeau laisse pénétrer la lumière qui irradie le gisant, symbolisant l’espoir de résurrection.
Mémorial à la fois de douleur et d’espoir, cette œuvre évoque avec force l'hommage aux victimes et le droit à la liberté. Inauguré le 6 novembre 1949 par le M. Jacquinot, Ministre des anciens combattants, ce mémorial contient des cendres de déportés de Buchenwald dans une urne scellée dans la pierre. Sur le pourtour du monument, 595 noms ont été gravés. Il s’agit essentiellement d’hommes et de femmes originaires de l’Ain, arrêtés en tant qu’otages (et non comme résistants) et morts en déportation. Le 26 avril 1987, une plaque est posée en mémoire des 44 enfants juifs d’Izieu exterminés.
Chaque année, des cérémonies commémoratives se déroulent à Nantua le 14 décembre et le dernier dimanche d’avril pour la Journée nationale de la Déportation.
La rafle du 14 décembre 1943 à Nantua
La gare de Nantua au début du 20e siècle.
© Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées
Avis placardé par les autorités allemandes dans Nantua le 14 décembre 1943.
© Département de l'Ain / Direction des Patrimoines et des Musées
Il est 7 h 50 environ lorsque des policiers et des militaires allemands, plusieurs centaines, arrivent en gare de Nantua et commencent à quadriller la ville, sur ordre du commandant régional de la Sipo-SD.
Ils viennent punir la population de sa participation à l’humiliation subie, le 6 décembre précédent, par deux collaborateurs qui avaient été forcés de défiler dans les rues de la ville avec, peints sur le corps, au goudron, des croix gaullistes et des croix gammées. Une fois les principaux lieux publics occupés, les soldats investissent les maisons et font sortir un grand nombre d’hommes qu’ils conduisent à la gare.
En fonction de l’âge, des policiers nazis choisissent 150 d’entre eux, dont des élèves arrêtés au lycée Bichat de Nantua. Embarqués dans un train spécial, ils partent vers 13 heures en direction de Bourg-en-Bresse, pour être dirigés le lendemain matin sur le camp de Compiègne.
Si certains réussissent à s’évader lors du trajet, la majorité, près de 90, sera déportée à Buchenwald les 17 et 22 janvier 1944. Les officiers de la Sipo-SD choisissent aussi d’arrêter Paul Maréchal, le maire démissionnaire d’Oyonnax, Auguste Sonthonnax son adjoint, l’industriel François Rochaix et le docteur de Nantua Emile Mercier, arrêté vers 11 h 00 alors qu’il se rendait à l’hôpital. Les quatre hommes sont exécutés quelques heures plus tard.
Des travaux de restauration en 2016
Cérémonie du 14 décembre 2016 à Nantua
© Département de l'Ain / D. Lacrepinière
En 2015, une étude de l'Architecte du Patrimoine C. Guyonnet révèle de nombreuses traces de vieillissement du monument. Le sarcophage, composé d’une enveloppe de béton à granulats, est fissuré en plusieurs endroits et en partie dégradé. Le gisant sculpté est recouvert de micro-organismes créant un dépôt grisâtre. Enfin, les plaques portant les noms des déportés sont en mauvais état et la peinture des lettres a disparu.
Engagés en septembre 2016, les travaux ont permis le nettoyage du gisant sculpté par hydrogommage et sa protection par un produit consolidant et une patine d’uniformisation hydrofuge. La réfection du sarcophage et du socle a consisté en un comblement des fissures et des cassures dans le béton. les dalles du pourtour ont été rejointoyées et la peinture en lettres des noms des déportés entièrement refaite à la main.
Une base de données sur les déportés de l'Ain
Crématorium du camp de Buchenwald
© Collection privée
A partir de 2010, l’association "Mémoire de la Déportation dans l'Ain" a pris le relais et redynamisé les actions de l’ancien Comité des Déportés de Nantua qui était tombé en sommeil. L’objectif est double : perpétuer la mémoire des victimes de la déportation, notamment lors des cérémonies commémoratives, et par des actions mémorielles en direction des jeunes générations ; remettre à jour, documenter et diffuser sur le web la liste nominative des victimes de l’Ain, représentant plus de 1400 personnes, hommes, femmes et enfants.
Les travaux de recherche des membres de l'association, notamment de Guy Léthenet et Elie Ravot, ont permis de créer en 2012 un site internet recensant l'ensemble des déportés de l'Ain et présentant des pages historiques sur la Seconde Guerre mondiale dans l'Ain.
Le site est régulièrement mis à jour et enrichi de photographies, témoignages et documents collectés dans les archives personnelles des familles.


