Château de Saint-Germain à Ambérieu-en-Bugey

Les ruines du château sont situées sur un éperon dominant la vallée de l'Albarine, au-dessus du village de Saint-Germain et de la maison-forte également appelée Tour de Gy. Ce château est l'un des plus anciens et des plus vastes ensembles fortifiés de l'Ain. Des fouilles archéologiques, déjà entreprises dans les années 1970, ont redémarré en 2013 afin de mieux comprendre son évolution.

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Une vue de Saint-Germain-d'Ambérieu, du château et de la maison forte de Saint-Germain.

Bref historique du site de saint-Germain

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Emplacement des bâtiments résidentiels de la cour haute du château

D'après Alain Kersuzan, docteur en histoire médiévale

Fréquenté dès la fin de l'empire romain, le site de Saint-Germain est occupé par une chapelle d’époque mérovingienne. Des fouilles effectuées au début des années 1970 ont mis au jour un mobilier funéraire de grande valeur.

Le château est cité dans les textes en 1141 et à nouveau en 1151. Sa position au sommet d'un promontoire et aux confins de plusieurs grandes seigneuries lui ont, de tous temps, conféré une importance stratégique de premier ordre.

Construit vraisemblablement à la fin du 11e siècle - début du 12e siècle par les sires de Coligny, le château est tour à tour passé aux mains des sires de La Tour du Pin (1210), souche de la dernière branche des dauphins de Viennois (1282), des comtes de Savoie (1321) et enfin des rois de France (1601).

De par son importance politique et stratégique, il eut à subir plusieurs sièges dont ceux de 1283 et 1321. De 1282 à 1355, Saint-Germain est au cœur des plus grandes opérations militaires qui opposent le comte de Savoie au dauphin de Viennois et à ses alliés. À partir de 1326, il est le centre de bailliage du Bugey et fait partie de l'apanage du prince héritier de Savoie dès cette date.

Ainsi, Saint-Germain est non seulement une place forte majeure dans l’histoire du conflit delphino-savoyard, ayant tenu un rôle important durant les guerres des 13e et 14e siècles, mais aussi probablement une fortification de hauteur occupée dès le haut Moyen Âge

Sur ce site au potentiel archéologique particulièrement riche, les nouvelles recherches sont susceptibles de livrer des informations sur la genèse d’un castrum médiéval à l’emplacement d’un habitat fortifié précocement.


L'un des plus grands châteaux de l'Ain

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Plan général de la cour haute et de la basse cour du château

Au sein de plusieurs enceintes emboîtées, une résidence seigneuriale fortifiée côtoie plusieurs bourgs successifs. L'étude archéologique du castrum, reprise en 2013, a permis de documenter le site par des relevés topographiques et des relevés des murs en élévation. Parallèlement, les structures archéologiques conservées ont été rapprochées des sources d'archives.

Visionner le montage audiovisuel "Le château de Saint Germain de nos jours" (5 : 56 mn)


Ce que les fouilles ont révélé

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Porte ogivale du château

Les nouvelles recherches archéologiques relancées depuis 2013 sur autorisation du Service régional de l'Archéologie (D.R.A.C. Auvergne-Rhône Alpes) ont été confiées au bureau d'investigations archéologiques HADES dans le cadre d'une fouille programmée.

Le château se présente sous la forme de deux enceintes, haute et basse, la basse étant flanquée de deux tours semi-circulaires du côté de l'attaque. Il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges, dont la porte ogivale, édifiée par le comte de Savoie, le bastion sud-ouest, le grand mur de la haute cour, les deux tours ouvertes à la gorge de la basse cour et le grand mur de l’ouest et sa tour pleine du bourg vieux.

La porte ogivale
Construite lors de l’ajout d’une épaisseur de mur depuis l’extérieur du château en 1325, elle est constituée d’un arc brisé en ogive très ouvert. Au niveau de la voute, on aperçoit encore les gaines des éparts, qui servaient à la fermeture des portes. Donnant accès à la haute-cour, depuis le chemin en lacet très raide venant du bourg-vieux, elle était réservée aux piétons nobles et aux cavaliers.

Les tours ouvertes à la gorge
Les deux tours de la muraille Est ont un plan en forme de fer à cheval. Ce principe, hérité des traditions romaines, permettait en cas de prise par les assaillants d’être inutilisable car exposée aux tirs des défenseurs depuis la haute-cour. Après le démantèlement du château, la tour nord-est a été utilisée comme grangeon, dont il subsiste la trace des annexes rajoutées. À l’intérieur de la tour sud-est, on peut voir les traces des planchers et des poutres de trois étages. Au premier étage, les solives s’appuyaient sur un retrait de maçonnerie encore visible.

Le grand mur de la haute cour
Il s'agit d'un rempart d'une taille considérable, qui séparait l'aire de la basse-cour de celle de la haute-cour. Coté haute-cour du château, contre la partie centrale du rempart, s'appuyaient les bâtiments du château proprement dit. Il a fait l’objet d’une restauration entreprise par l’association «Les Amis de Saint-Germain et son Château». On peut y voir deux grandes archères, murées coté haute-cour. À son extrémité Nord, se trouvent les vestiges de la chapelle, qui était située à la base d’une petite tour. On distingue la niche voutée dans laquelle a été percée une fenêtre longiforme qui pouvait servir d’archère. À son extrémité Sud, l’observation des vestiges actuels de la grande tour, nous apprend que le donjon avait une base légèrement rectangulaire (10 mètres sur 11 mètres). Ses murs étaient massifs puisque nous mesurons une épaisseur de mur de 2 m.

Le grand mur de l’ouest et la tour pleine du bourg-vieux
Ce rempart s’appuie contre la colline en pente du bourg-vieux et se termine par une tour pleine qui protégeait une porte dont on peut encore voir le seuil.



Les mots à comprendre

Epoque mérovingienne : Epoque du règne de la dynastie des Mérovingiens, rois francs de la tribu des Saliens qui régnèrent en Gaule dès la fin du 5e siècle (Clovis 481-511) jusqu'au milieu du 8e siècle. Elle fut évincée par la dynastie des Carolingiens en 751.

Sires de Coligny : Descendants de comtes carolingiens, les sires de Coligny sont à la tête de nombreuses possessions en Bresse et Revermont dès le 10e siècle. La règle de l'héritage dans cette famille est la transmission des terres aux descendants, qu'ils soient filles ou garçons. Cela amènera l'éclatement de leur territoire originel avec une multitude de fiefs.

Haut Moyen Age : période historique qui commence en 476 par la chute du dernier empereur romain d'Occident et s'achève en l'an 1000.

Castrum : à l'époque romaine, désigne un camp fortifié. Au Moyen Âge : petite agglomération fortifiée, ou encore château-fort, parfois maison seigneuriale avec la localité qui en dépend.

Topographie : technique de représentation sur un plan des formes du terrain, avec les détails des éléments naturels ou artificiels qu'il porte.

Epart : en charpenterie, pièce de bois placée horizontalement.

Solive : en charpenterie, pièce de bois placée en appui sur les murs ou sur les poutres pour constituer le plancher d'une pièce.

Archère : sorte de meurtrière, ou petit orifice dans une muraille, afin de tirer à l'arc ou l'arbalète.

Donjon : au Moyen-Age, tour la plus haute d'un château fort. Résidence du seigneur, cette structure fortifiée sert aussi de poste d'observation et de refuge en cas d'attaque.

A lire sur le sujet


Châteaux et fortifications au Moyen-Age dans l’Ain des montagnes, Alain Kersuzan. Patrimoine des Pays de l'Ain, Bourg-en-Bresse, 2015

Ouvrage en consultation au 
Centre de documentation - Service ressources patrimoniales et culturelles

Les fouilles du château de Saint-Germain-d’Ambérieu, Bernard Mandy, Ain, Mémoires et documents
n° 2, 1975

Origine et évolution du château de Saint-Germain à Ambérieu-en-Bugey (Ain),‎ Bernard Mandy, 1978

Saint-Germain d'Ambérieu, merveille du Bugey, Armand Decour, Éditions du Trévoux,‎ 1977

Défendre la Bresse et le Bugey - Les châteaux savoyards dans la guerre contre le Dauphiné (1282 - 1355), Alain Kersuzan, Lyon, Presses universitaires de Lyon, collection Histoire et Archéologie médiévales
n°14,‎ 2005.