Les conscrits

La conscription consiste à inscrire l’ensemble des hommes aptes à servir les forces armées du pays. Chaque année, les conscrits, hommes et femmes, depuis que la conscription est dissociée du service obligatoire, continuent d’organiser des festivités qui permettent aux différentes classes d’âge, par commune, de se réunir pour défiler, danser, chanter, manger et s’amuser...

Fête des conscrits à St-Cyr-sur-Menthon (Ain) (jpg - 140 Ko)

Les origines de la conscription

Les conscrits, photographie de JB Tournassoud (jpg - 695 Ko)

Apparue en 1798 au conseil des Cinq-Cents avec la loi Jourdan-Delbrel, la conscription, plus communément connue comme le service militaire, devient dès lors obligatoire. La loi indique que la conscription militaire concerne tous les Français âgés de 20 à 25 ans. En 1804, le conseil de révision et le tirage au sort sont institués et le facteur chance, différents critères physiques, comme la taille et la situation maritale du jeune homme, font évoluer le recrutement permettant ainsi aux plus chanceux d’éviter le service militaire. Les familles les plus fortunées ont aussi la possibilité de payer un volontaire afin qu’il prenne la place de leur fils convoqué.

La loi du 21 mars 1905 met fin au tirage au sort et instaure le service obligatoire pour une durée de deux ans. Avant chaque départ, les appelés organisent la fête des conscrits qui se perpétue aujourd’hui encore malgré la fin du service militaire votée en 1997 et définitivement entérinée en 2001 par le rappel de tous les soldats déjà présents sous les drapeaux. La coutume veut que l’on identifie et rassemble les conscrits selon l’année où ils fêtent leurs vingt ans.

La fête des conscrits s’organise généralement en hiver et comprend une série d’événements organisés en plusieurs temps.


La tournée

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Conscrits de St-Cyr-sur-Menthon (Ain), 12 janvier 2013. Cocardes

Les jeunes se rassemblent avec leurs ménétriers jouant clarinette ou tambour et rendent visite à tous les habitants et aux conscrits de la commune pour leur remettre leur cocarde, récolter des dons qui leur permettront d’organiser l’ensemble de la fête, du bal des conscrits au banquet, et les inviter à celui-ci. L’autre objectif de la tournée est de se faire remarquer et de sensibiliser les habitants de la commune à cette fête. Ce moment précédant la fête se déroule généralement autour d’un « quartier général », pouvant être un bar ou une maison, où se réunit l’ensemble des participants.

Vivant en dehors de chez eux sur cette période, dormant de maisons en maisons, les conscrits retournent à l’état sauvage tant par leur attitude exubérante et bruyante que par leur train de vie très éloigné de leur quotidien habituel.


Le jour de fête

Après la tournée vient le temps de la fête. Les conscrits se réunissent le dimanche matin et démarrent traditionnellement les festivités par la messe avant de se rassembler autour du monument aux morts. Vient par la suite le temps du défilé dans les rues qui se passe sous les yeux des familles, amis et voisins. Les « classards » prennent ensuite la pose pour la traditionnelle « photo de classe ».

Cette journée marque une opposition très nette avec les préparatifs de la fête où les conscrits apparaissent complétement décivilisés. Le jour de fête arrivé, ils revêtent leur plus bel habit, parfaitement coiffés, décorés et ne lésinent sur rien pour se mettre en valeur. Drapeaux en main, cocardes et rubans habillant leur costume, ils défilent fièrement au rythme de la fanfare. La journée se termine par le banquet, dont le repas est partagé par l’ensemble des « classards » et leurs conjoints. Très convivial, il est animé par la musique et le chant des ménétriers et chanteurs et annonce le bal qui s’en suit.


Lendemain de fête

Cette période de rituels, de cérémonies et de fête s’achève par la vente et distribution de matefaims, fameuses crêpes sucrées ou salées, auprès des habitants de la commune et notamment les plus jeunes qui sont de potentiels futurs conscrits à sensibiliser.

Mais la véritable dernière étape est l’enterrement de la classe qui consiste en une cérémonie parodiée mise en scène par les « classards ». Drapeaux drapés de noir, robes et costumes noirs, cercueils déposés sur un bûcher, paroles de chants détournées, le tout formant un véritable cortège et démontrant l’importance de cette tradition aujourd’hui encore.



Le mots à comprendre

Cocarde : insigne souvent rond que l'on portait sur la coiffure ou ornement en rubans.

Ménétrier : violoniste de village qui escortait les noces et faisait danser les invités.