Maison d’Izieu – Mémorial des enfants juifs exterminés

Ouverte à Izieu par le couple Zlatin en mai 1943, la « Colonie d’enfants réfugiés de l’Hérault » a accueilli une centaine d’enfants et leurs éducateurs, tous juifs, pour les soustraire aux persécutions antisémites. Le 6 avril 1944, elle est liquidée par la Gestapo de Lyon sur ordre de Klaus Barbie.

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Le musée, son histoire, les bâtiments

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Vue d'ensemble su site du mémorial

Peu après la rafle, Sabine Zlatin revient à Izieu. Elle découvre la maison mise à sac et ramasse les lettres, les dessins des enfants et les documents qu’elle y trouve.

Le retour de Klaus Barbie et son procès donnent une visibilité à la Maison d’Izieu. La création de l’association en 1988, l’acquisition de la maison en 1990, l’ouverture du mémorial en 1994 et ses activités, font progressivement du site l’un des lieux majeurs du paysage mémoriel.

Le mémorial permet à tous les publics d’aborder le génocide des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et l’histoire des réseaux de sauvetage qui ont voulu soustraire ces enfants aux persécutions antisémites de la France de Vichy et de l’Allemagne nazie.

Deux bâtiments se visitent :

La maison, dédiée à  la mémoire des enfants, est le lieu où ils vécurent avec leurs éducateurs pendant près d’un an. Elle esquisse le quotidien de la vie de la colonie à travers les lettres, les dessins et les portraits des enfants.

La grange et son extension accueillent l’exposition permanente composée de trois thèmes : le contexte historique, les procès d’après-guerre et la construction de la mémoire. Enrichie par des contenus numériques interactifs, elle permet d’appréhender d’une manière supplémentaire les documents ainsi que les parcours des enfants d’Izieu.


La maison

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Dans le réfectoire de la Maison, les lettres et les dessins des enfants

Sur deux niveaux, les visiteurs peuvent découvrir les espaces dans lesquels s’est organisée la vie quotidienne des enfants. Lieu d’évocation, les portraits des éducateurs et des enfants, ainsi que ceux de Sabine et Miron Zlatin, permettent d’approcher un peu plus encore la mémoire de la colonie et de prendre la mesure du crime commis à l’initiative de Klaus Barbie le 6 avril 1944.
L’ancien réfectoire est riche des nombreux dessins et lettres des enfants, mêlant l’innocence de leurs âges et leurs inquiétudes d’enfants dans la guerre, pour nombre d’entre eux coupés de tous liens avec leurs parents.
Une exposition sur Sabine Zlatin est également à découvrir, pour comprendre les différentes étapes de la construction de la mémoire de la colonie d’enfants d’Izieu, menées par cette femme d’exception faite chevalier de la Légion d’Honneur le 23 mars 1989.


Pourquoi des enfants Juifs à Izieu ?

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Intérieur de l'exposition

Arrivées pour la plupart en France dans l’entre-deux-guerres, les familles de ces enfants viennent de toute l’Europe et même d’Algérie. En octobre 1940, elles sont frappées par les lois antisémites du régime de Vichy. La politique d’exclusion qui en résulte conduit d’abord les familles étrangères dans les camps d’internement français. Puis, à l’été 1942, l’Allemagne nazie négocie avec la France leur déportation. Grâce à l’action incessante des œuvres d’entraide, des enfants ont pu sortir des camps d’internement malgré cette collaboration meurtrière et être placés chez des particuliers ou dans des maisons d’enfants. L’une d’elles se trouve à Izieu, dans le département de l’Ain. Elle est dirigée par un couple de Juifs : Sabine et Miron Zlatin. Durant onze mois, ils accueilleront près d’une centaine d’enfants juifs. La plupart d’entre eux rejoindront un parent ou une autre maison d’accueil. Quelques-uns passeront clandestinement en Suisse. Mais, les 44 enfants restés à la colonie d’Izieu voient leurs destinées brisées par la rafle du 6 avril 1944. 
Sur l’ensemble de l’Europe, le chiffre des victimes juives du génocide est estimé entre cinq et six millions. Sur ce total, environ 1 250 000 enfants juifs ont été assassinés, soit près de neuf enfants juifs sur dix.


De Nuremberg à La Haye : juger les criminels

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Extrait de l'exposition

Après la guerre, vint le temps de la justice, l’étape indispensable pour établir les différents niveaux de responsabilité des criminels, mettre en lumière les mécanismes de la destruction conduisant des êtres humains à perpétrer des crimes contre d’autres humains et à violer l’ordre de l’humanité.
Des crimes de masse avaient eu lieu avant la Seconde Guerre mondiale. D’autres ont été commis depuis. Le XXe siècle est celui de la construction de la justice pour prévenir les crimes et lutter contre l’impunité.
Avant la fin de la guerre, les Alliés décident qu’il faudra juger les criminels. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des procès internationaux sont organisés, l’un à Nuremberg (1945-1946), l’autre, à Tokyo (1946-1948).
Au début des années 1960, la construction européenne est en route et l’Europe est en paix. Beaucoup d’anciens criminels de guerre, jugés ou non, se sont fondus dans la masse ; les traces de leurs actes s’effacent. Les familles des victimes et leurs associations ne veulent pas qu’une page se tourne sans que les déportations, les souffrances subies dans les camps et le génocide soient reconnus et les criminels poursuivis, jugés et punis.
En France, Barbie, Touvier et Papon sont jugés et condamnés pour crimes contre l’humanité en 1987, 1994 et 1998.


La mémoire et sa construction

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Colonie d’Izieu, été 1943

Le « Musée mémorial des enfants d’Izieu », comme le Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation de Lyon, est né des suites du procès de Klaus Barbie à Lyon.
Dans les villages d’Izieu et de Brégnier-Cordon, depuis 1946, la mémoire de la colonie est restée vivante. La paix revenue, soutenue par les autorités locales, Sabine Zlatin s’active pour faire inscrire la mémoire de la rafle sur le lieu même où elle s’est déroulée. Dès 1946, des commémorations se déroulent à Izieu et Brégnier-Cordon. Mais c’est une volonté politique, au plus haut niveau, qui a permis la création du mémorial.
Depuis son inauguration le 24 avril 1994 et jusqu’à la fin des années 2000, le mémorial d’Izieu a été le premier, et le seul lieu en France, dédié à la mémoire de la déportation et de l’extermination des enfants juifs. La mémoire de la Shoah s’exprime à partir des années 1970 par la voix des victimes ou de leurs descendants, par les associations et les parties civiles des procès, mais les monuments et les lieux dans lesquels elle s’incarne sont beaucoup plus tardifs.
Partout, en France comme ailleurs en Europe, la construction de la mémoire suit des chemins plus ou moins longs et complexes, intimement liés aux contextes politiques nationaux.